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Des chiens chez les douaniers

Des chiens chez les douaniers

Added 7/3/2011

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Article publié dans Le Chien Magazine No.3 - Mars 2011

Chiens d’utilité

L’atout des gardes-frontière : les conducteurs de chien

Outre la perception de la TVA et des droits de douane, l’une des tâches principales des gardes-frontière est de lutter contre le trafic et le commerce de stupéfiants, ou d’armes et de matériel de guerre. Dans ce type de mission, le chien est devenu indispensable pour améliorer l’efficacité des contrôles quotidiens. Si la plupart des chiens sont formés à la protection, beaucoup sont polyvalents et capables de dénicher aisément de la drogue ou des armes. Rencontre avec des responsables de la région gardes-frontière VIII qui couvre les cantons du Jura et de Neuchâtel.

 

Vincent Chapuis
Vincent Chapuis et son chien Vandam

«On n’entre pas chez les gardes-frontière directement comme conducteur de chien. Il faut d’abord suivre une formation standard et accompagner durant au moins un an l’équipe cynophile en tant que piqueur.» Imposant par sa taille et le timbre de sa voix, le caporal Vincent Chapuis est intarissable lorsqu’il s’agit d’exposer le rôle des chiens chez les gardes-frontière: «A partir du moment où un conducteur de chien se voit remettre un chiot de dix semaines, il l’emmènera constamment avec lui, à son domicile comme à son lieu travail et il est tenu de suivre tous les cours et chaque entraînement.»
C’est à Porrentruy, dans les locaux du poste de commandement de la région gardes-frontière VIII, que Vincent Chapuis nous reçoit en compagnie de Jean-Claude Thüler, l’officier opérations. «Chez nous, dans la région VIII, qui couvre le Jura et le canton de Neuchâtel, nous formons des chiens de protection, des chiens recherche de stupéfiants ou d’explosifs. Dans les cantons du Valais et des Grisons, des chiens peuvent encore suivre une formation avalanche et catastrophe.» Responsable technique de la formation des chiens, Vincent Chapuis précise le statut des neuf chiens qui composent l’équipe canine: «actuellement nous avons trois chiens qui ne font que les stups, un fait de la protection et les explosifs, deux autres font de la protection et les stups, et trois sont en formation.» A entendre le caporal, les chiens polyvalents peuvent assurer la protection et les stups ou la protection et les explosifs «Mais vous n’aurez jamais un chien qui fait les stups et les explosifs.»

Douanes Chien

Le malinois a la cote
La Suisse compte huit régions gardes-frontière et chacune s’occupe de former sa propre équipe cynophile. En tant que responsable, Vincent Chapuis sélectionne «ses» chiens  dans différents élevages situés dans la région de Fribourg ou de Neuchâtel, mais aussi en France voisine: «Actuellement, le berger belge malinois prend le dessus sur le berger allemand, mais il faut également ajouter l’épagneul, qui se révèle très performant dans la recherche de stupéfiants ou d’explosifs. Un temps, nous utilisions aussi le cocker, mais il n’y en a plus en service aujourd’hui. Si le cocker se montrait très efficace et passe-partout dans la recherche de stups, il était plutôt fragile et peu adapté aux missions de protection.»

Conducteur de chien

Des particules aux molécules
De 10 semaines à 18 mois, les chiens suivent tous l’entraînement dit de protection, avec de la piste, de la recherche de personne. A entendre Vincent Chapuis, le temps où les chiens faisaient de la recherche la truffe collée au sol, en suivant les traces laissées par des particules est révolu: «Depuis le milieu de l’année dernière, on exploite la faculté qu’ont les chiens de suivre une trace en humant l’air pour capter des molécules. Imaginons qu’en forêt, qu’une personne aille d’un point A à un point B en zigzaguant entre les arbres. Avant, le chien de recherche, suivait exactement le parcours de la personne en slalomant entre les arbres, alors qu’aujourd’hui le chien suit une ligne droite entre le point A et le point B, en suivant les molécules laissées dans l’air par l’odeur de la personne recherchée.»(*)

Jean-Claude Thuler
Jean-Claude Thüler, officier opérations

Une technique éprouvée
Selon Vincent Chapuis, pour lancer le chien dans une recherche, il suffit de lui faire sentir une odeur de référence, ça peut être un objet que la personne a touché ou a abandonné, ou une poignée de porte qui aurait été manipulée. «Dans ce cas-là, on frotte l’objet avec un tissu propre que l’on met ensuite dans un cornet en plastique pour conserver les molécules d’odeur et pour, tout au long de la mission, faire sentir à nouveau l’odeur au chien. Cette technique permet de lancer une recherche jusqu’à six heures après le passage de la personne.»
Cette technique «aux molécules» est enseignée au chien dès son plus jeune âge. L’instructeur insiste sur le fait que cette formation doit rester un jeu pour l’animal: «Au début, on peut «jouer» à retrouver de la nourriture, comme du «Parfait» en tube. Cet exemple du pâté constitue d’ailleurs la première des sept phases de cette formation de recherche par molécules.»

Vincent Chapuis
Vincent Chapuis, responsable technique de la formation des chiens

Un programme de formation chargé
Chaque conducteur en possession d’un chien opérationnel, doit suivre régulièrement des cours, à savoir 65 heures minimum par année, ce qui correspond à environ un jour plein par mois. A cela s’ajoutent 30 heures de cours pour les jeunes chiens en formation et 48 heures de formation continue par année pour les chiens spécialisés dans la recherche des stups. Si la plupart des cours sont organisés dans la région où le garde-frontière travaille, le conducteur de chien doit régulièrement passer par le centre de compétence et sécurité d’Interlaken, pour une semaine de cours tous les deux ans par spécialité.
Tous ces cours de formation sont imposés et se déroulent durant les heures de service. Mais Jean-Claude Thüler tient à souligner que les conducteurs de chien sont des hommes passionnés par leur travail et leur compagnon à quatre pattes: «Ils s’investissent énormément à titre privé et en dehors des heures de service pour entraîner leur chien quasiment tous les jours.»

Conducteur de chien

Des chiens «stupéfiants»…
Pour sélectionner les chiens «stups», un test est effectué lorsqu’ils ont 18 mois. Il s’agit d’une formation de base intensive de quatre semaines à Interlaken. Au départ, les chiens travaillent sur quatre odeurs : héroïne, cocaïne, amphétamine et haschich. Avec ces quatre sortes de stupéfiants, le chien peut détecter une multitude de produits dérivés de ces drogues.
«Il y a une chronologie dans la formation des chiens stups», révèle Jean-Claude Thüler. «On commence par les drogues naturelles, comme la marijuana et le haschich qui libèrent les odeurs les plus fortes, viennent ensuite l’héroïne et la cocaïne, puis les drogues synthétiques.»

Conducteur de chien

…et des chiens «explosifs»
 Pour les chiens formés à la recherche d’explosifs, il y a aussi deux jours de cours spécifiques par mois à Interlaken où dans les différentes régions où ils sont affectés. Selon les termes de Vincent Chapuis, le terme «explosif» ou «explo»  englobe les armes, les munitions, les engins pyrotechniques, les détonateurs et autres pains de plastic. «Au terme de sa formation, le chien est capable de déceler 26 odeurs différentes. Selon le modèle appliqué pour les stups, les chiens choisis pour la recherche d’explosifs suivent également une formation de base intensive de quatre semaines à Interlaken.»
Pour Jean-Claude Thüler, les chiens sont indispensables dans les contrôles quotidiens «pour détecter des objets illicites dans les véhicules, dont les fusées et autres pétards, transportés par des supporters de football». Mais les conducteurs de chien des gardes-frontière peuvent aussi être appelés pour des engagements plus spécifiques: «Lors du World Economic Forum de Davos plusieurs de nos chiens ont été affectés aux contrôles des salles. En ce qui concerne les feux d’artifice qui ont semé la panique lors du dernier Forum, il est bon de signaler qu’ils étaient dissimulés dans une salle qui n’a pas été inspectée par des chiens.»

Conducteur de chien

L’efficacité par le jeu
Paroles d’instructeur: «La première qualité d’un chien «stups» ou «explo», c’est d’être joueur. Et l’art du conducteur est de savoir jouer avec son chien.» Pas besoin de droguer un chien pour en faire un renifleur de produits illicites. Cette rumeur urbaine fait sourire Vincent Chapuis. En réalité, le secret de la motivation du chien et de son efficacité tient dans un linge éponge roulé et ficelé pour obtenir une sorte de boudin: la manicotte. «Le chien devient comme fou lorsqu’il voit son jouet, c’est presque une jouissance lorsqu’il l’obtient. Toute la subtilité de la formation est d’associer l’odeur d’une drogue ou d’un engin pyrotechnique à son jouet. Ainsi, lors d’une mission, lorsque le conducteur dit «cherche !» à son chien, celui-ci se met en réalité en chasse de son jouet. Le conducteur doit rester vigilant, bien observer les réactions de son chien et le guider constamment dans sa recherche, que ce soit dans un véhicule ou dans un appartement ou à l’extérieur.»

En règle générale, même s’il s’en occupe comme si c’était le sien, le conducteur de chien n’est pas le propriétaire de son équipier à quatre pattes: c’est l’administration qui achète le chien et qui couvre tous les frais d’entretien et de formation. Si des problèmes ne viennent pas interrompre sa carrière chez les gardes-frontière, le chien sera opérationnel durant neuf ans, parfois davantage.


(*) Dans notre prochain numéro, nous reviendrons sur la technique de recherche par les molécules.

 

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Article publié dans Le Chien Magazine No.3 - Mars 2011

 

 

 

 

 

Category : ARTICLES PRESSE

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