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Des "Copains" pour les personnes handicapées

Added 12/2/2011

 

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Article publié dans Le Chien Magazine No.2 - Février 2011

Société

Chien d’utilité:

plus qu’un «copain» pour les personnes handicapées


Créée en 1993, l’association Le Copain s’est donnée pour mission de former et d’offrir des chiens d’assistance spécialement formés pour aider et améliorer l’autonomie de personnes handicapées. Portrait de cette association – reconnue d’utilité publique – à travers les propos de trois personnes concernées : une responsable du Copain, un moniteur régional et un «cabossé de la vie» cloué dans un fauteuil.

Nicole Boyer
Selon Nicole Boyer (photo) «Placés ou non auprès de personnes handicapées,
les chiens restent toujours la propriété de l'association» - Photo Le Copain


«En décembre dernier, soit après 18 ans d’existence, l’Association Le Copain avait remis 233 chiens d’assistance à des personnes handicapées, pour un tiers en Romandie et deux tiers en Suisse alémanique.» Nicole Boyer, assistante de direction à l’Association Le Copain, ne se lasse pas de parler de cette institution créée en 1993 par Jean-Pierre Fougeiret et dont le centre de formation est installé à Granges, en Valais: «C’est important que l’on parle de nous, ce d’autant que nous sommes financièrement dépendant et que nous n’existons que grâce à la générosité du public, de dons et de sponsoring.»
C’est inscrit dans sa raison sociale: «Le Copain : Association suisse d’éducation de chiens d’assistance pour personnes handicapées au plan moteur». Tout est dit dans cette appellation, sur le but qu’elle s’est donnée. Ce qu’il faut imaginer, c’est l’énergie qui a été dépensée et le réseau de bénévoles (familles d’accueil et moniteurs régionaux) qu’il a fallu mettre en place pour que «Le Copain» puisse offrir des chiens spécialement dressés pour améliorer le confort de vie de personnes handicapées.

Quinze mois en famille d’accueil

Si on excepte l’élevage des chiens, «Le Copain» fonctionne sur un concept quasiment semblable à celui de l’Ecole Romande pour chiens-guides d’aveugles, de Brenles, dans le canton de Vaud (voir à ce sujet nos deux derniers numéros de novembre et décembre 2010). «Certes, nous n’élevons pas nos propres chiots, mais nous travaillons depuis de nombreuses années avec des éleveurs français de golden retriever ou de labrador retriever qui nous donnent entièrement satisfaction», confie Nicole Boyer, «mais effectivement nous faisons, nous aussi, appel à des familles d’accueil pour sociabiliser les chiens durant les 15 à 18 premiers mois de leur vie… de leur apprentissage. La suite de leur formation est assurée par nos soins avec des moniteurs certifiés.»

Cours hebdomadaires
 
Si les familles de parrainage en charge des futurs chiens-guides d’aveugle ne sont pas obligées de suivre des cours, les familles d’accueil du Copain – qui reçoivent un chiot âgé d’environ huit semaines – sont amenées à participer à des cours au moins une fois par semaine. A entendre Nicole Boyer, cela va même plus loin: «En plus des cours hebdomadaires à suivre durant les quinze mois de parrainage, nous demandons à nos familles d’accueil d’amener leur hôte à l'école des chiots, indiquée par leur moniteur régional, au moins une fois par semaine durant les deux premiers mois de leur séjour.» Bien entendu, tous ces cours sont gratuits. Il faut juste offrir de son temps libre pour y participer.

Association Le Copain
Les chiens d'assistance du Copain sont capables d'effectuer
plus d'une cinquantaine de tâches différentes - Photo Le Copain

Tout est pris en charge

La mission première des familles d’accueil est de sociabiliser leur «filleul» à quatre pattes, de le familiariser au monde urbain, aux mouvements de foule, aux bruits les plus divers, à l’ambiance des magasins ou des restaurants, aux transports en commun sur rails ou sur route et l’habituer à croiser des congénères ou d’autres animaux sans qu’il ne réagisse. De son côté, l’association Le Copain prend en charge tous les frais inhérents au séjour du chien, de la nourriture aux consultations vétérinaires.

Tâches diverses

Au terme de leur séjour en famille d’accueil, tous les chiens reviennent au Centre Suisse d’éducation de chiens d’assistance de Granges (VS) où, durant six mois, leur formation sera peaufinée. Selon Nicole Boyer, au terme de cette période, seuls les chiens les plus doués, obéissants, calmes et attachants seront placés auprès d’une personne handicapée: «Seul 20% des chiens sont réformés. En général, parce qu’ils sont craintifs ou vraiment trop dissipés pour assurer une aide optimale. Contrairement aux chiens pour personnes handicapées de la vue, les chiens d’assistance aux personnes à mobilité réduite ne les guident pas, mais effectuent des tâches difficiles ou impossibles pour elles.»
A la fin de la formation, chaque «Copain» est capable d’effectuer plus d’une cinquantaine de tâches, comme: ramasser des objets sur le sol, même très petits ou délicats ; d’apporter des objets à la demande, comme un téléphone ou un livre ; de remettre un porte-monnaie à une caissière et de le ranger ensuite ; d’ouvrir et de fermer les portes (avec en général une corde suspendue à la poignée) ; d’allumer et d’éteindre la lumière ou une télévision ; et bien d’autres choses, auxquelles s’ajoutent évidemment des tonnes d’affection.

Association Le Copain
Signe distinctif des chiens d'assistance, la chabraque aux couleurs du Copain - Photo Le Copain

Le coût d’un chien

Il est toujours délicat de parler d’argent, mais Nicole Boyer n’esquive pas les questions: «L’association fonctionne avec quatre salariés et un budget de fonctionnement d’environ 900'000 francs. Sans l’aide de nos moniteurs régionaux, tous bénévoles, de notre réseau de familles d’accueil, des dons de particuliers ou de clubs service et l’apport de nos sponsors, on n’y arriverait pas.» Reconnue d’utilité publique, l’association Le Copain offre chaque année entre 15 et 20 chiens à des personnes handicapées. Lorsqu’on évoque l’aide éventuelle de l’AI, la responsable du Copain est catégorique : «Nous avons fait récemment quatre demandes, mais nous attendons toujours une décision. C’est compliqué. Nous n’avons pas d’interlocuteur à l’AI, les dossiers que nous avons constitués doivent passer par les autorités cantonales concernées.»

Portes ouvertes

L’Association Le Copain organise régulièrement des journées «portes ouvertes» à Granges (VS), qui permettent aux visiteurs de découvrir les infrastructures (chenil et centre de formation) et d’assister à une démonstration du travail d’un chien d’assistance.
Cette année, ces «portes ouvertes» sont prévues les, 26 février, 26 mars, 28 mai, 27 août, 24 septembre et 26 novembre 2011. Plus de renseignements sur ces journées et sur l’Association en général sur le site www.lecopain.ch


Pascal Tissier

 

Jean-Jacques Thiébaud:
«je ne pourrais plus vivre sans un chien à mes côtés»

Jean-Jacques Thiébaud
Divine est le deuxième chien d'assistance à partager la vie de Jean-Jacques Thiébaud - Photo Pascal Tissier

«L’Association Le Copain m’a donné goût à la vie. Depuis que je dispose d’un chien du Copain et que je m’investis dans l’association j’ai vraiment l’impression d’être utile.» Jean-Jacques Thiébaud est handicapé de naissance, cloué dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative du tissu musculaire. «Je suis entièrement dépendant pour m’habiller, manger ou m’installer sur ma chaise électrique. Si je devais me retrouver seul, je mourrais de soif à côté d’un robinet.» Heureusement, Jean-Jacques Thiébaud peut compter sur l’aide de son cousin Olivier, omniprésent, et sur Divine, un(e) superbe golden retriever qui partage sa vie depuis bientôt deux ans: «Avant Divine, il y a eu Iaca de 1999 à 2008. Sa mort a été un déchirement et durant les huit mois qui ont précédé l’arrivée de Divine, ma santé s’est sensiblement dégradée. Je ne pourrais plus vivre sans un chien à mes côtés.» Pourtant, à l’entendre, son «copain» est peu sollicité à effectuer des tâches particulières: «C’est vrai, ici il y a des portes électriques qui s’ouvrent automatiquement et je ne peux pas tenir les objets qu’il vient m’apporter. Mais Divine m’apporte énormément d’affection. Elle est là lorsque je me lève ou que je me couche, elle m’accompagne pour faire des courses. En fait, elle ne me quitte jamais et ne rate jamais une occasion de me témoigner de la tendresse.»

Inséparable, ou presque

Jean-Jacques Thiébaud vit dans la ferme familiale installée sur les hauteurs de Buttes, dans le canton de Neuchâtel. Lorsqu’il se déplace dans le village avec sa chaise électrique, la présence de Divine est précieuse: «Quand je vais dans les magasins, au restaurant ou que je me ballade dans la rue, elle porte la chabraque du Copain. Du coup, les gens ont un autre regard sur moi, la plupart me saluent, d’autres s’arrêtent et échangent quelques mots. Le plus souvent on me demande simplement son nom et la discussion s’entame toujours sur son rôle à mes côtés. Il est certain que si Divine n’était pas là, les gens n’oseraient pas m’aborder spontanément.»

Photo 7 - Divine est le deuxième chien d'assistance à partager la vie de Jean-Jacques Thiébaud - Photo Pascal Tissier
Pour Jean-Jacques Thiébaud, sa relation avec Divine est surtout affective - Photo Pascal Tissier

Plus qu’un «Copain»
 
Malgré son handicap, Jean-Jacques Thiébaud n’est pas inactif. Grâce à une installation informatique adaptée, il s’occupe de la gestion administrative et comptable du domaine agricole familial. Avec son cousin Olivier, il édite également le bulletin d’information de l’Association Le Copain qui paraît deux fois par année. «Je m’implique beaucoup pour Le Copain. Je suis entré au comité et je participe quasiment à toutes les assemblées, à toutes les sorties et autres manifestations. Je loue même un studio en Valais pour être le plus souvent possible sur place sans devoir effectuer d’incessants allers-retours. Il est évident que cette association est d’utilité publique… et pas que pour les personnes handicapées, mais pour leur entourage aussi. Les chiens offerts par Le Copain font plus qu’améliorer la qualité de vie de personnes handicapées … ils les sauvent souvent. Je suis bien placé pour le dire.» pti

Jean-Jacques Thiébaud

Pour Giuseppe Merola,
éduquer des chiens est une passion

Photo 4 - Depuis près de cinq ans, Giuseppe Merola est l'un des deux moniteurs de la région neuchâteloise - Photo Pascal Tissier
Depuis près de cinq ans, Giuseppe Merola est l'un des deux moniteurs de la région neuchâteloise
Photo Pascal Tissier

«On peut faire beaucoup de choses avec un chien, en bien ou en mal, mais il faut bien être conscient que c’est toujours celui ou celle qui tient la laisse qui commande.» Giuseppe Merola, est l’un des deux moniteurs de la région neuchâteloise travaillant bénévolement pour l’association Le Copain. «Cela fait environ cinq ans que je m’occupe des jeunes chiens en formation placés dans le canton de Neuchâtel. J’adore ça, c’est une véritable passion!» Ce maçon à la quarantaine bien entamée prend son job très au sérieux: «J’organise un cours par semaine pour toutes les familles d’accueil. Ces cours sont dispensés, quelle que soit la météo, dans différents endroits et par groupe de quatre à six chiens.» Selon Giuseppe Merola, «le travail en groupe est primordial. Il faut apprendre à l’animal à ne pas se laisser distraire par ses congénères, même si l’un d’eux se montre dissipé.»

Avec ou sans cervelas…

Pour en savoir plus, nous avons rejoint un groupe en plein travail à Planeyse, le terrain d’entraînement des soldats affectés à la caserne de Colombier, près de Neuchâtel. Ce matin-là, il y a un brouillard à couper au couteau, il fait froid et des chars d’assaut manœuvrent à moins de cent mètres en tirant des coups de feu. Alfredo Abela assiste au cours, mais il n’a pas de chien: «Je suis là pour l’ambiance, pour apprendre. Je viens de rendre mon chien au Copain… c’est dur après quinze mois. Mais je vais recevoir un nouveau chiot dans quelques jours. Je m’en réjouis.»
Pendant ce temps-là, Giuseppe Merola ne laisse rien passer: «Sois plus ferme dans l’intonation de ta voix lorsque tu lui donnes un ordre. Fais-le recommencer! Encourage-le!» Entre deux exercices, le moniteur évoque encore son rôle: «Vous remarquerez que c’est le conducteur que j’éduque. Il doit être constant et s’imposer un code de conduite. C’est important pour  l’animal. Le maître doit toujours avoir la même attitude.» Apparemment, ça marche! Avec sa chabraque aux couleurs du Copain sur le dos, l’un des chiens enchaîne les exercices en suivant scrupuleusement les indications de sa maîtresse. Au terme du parcours, pas le moindre bout de cervelas en guise de récompense: apparemment un câlin lui suffit. Même le cadet du groupe semble concentrer et fière de porter le dossard orné d’un «L»: tout à l’écoute de sa maîtresse, le chiot s’assied, se relève, vient au pied. Trop chou! Pour le moniteur, rien de plus normal: «Assez rapidement, le chien comprend que la chabraque est sa salopette de travail et qu’il doit être attentif.»

Photo 5 ou 6 - Giuseppe Merola donne ses cours partout et par tous les temps, même au milieu d'un exercice militaire en plein brouillard - Photo Pascal Tissier
Giuseppe Merola donne ses cours partout et par tous les temps, même au milieu d'un exercice
militaire en plein brouillard - Photo Pascal Tissier

… ou juste pour une caresse
 
La fin du cours a sonné. Les chiens sont lâchés et ils en profitent aussitôt pour se courir après, se défouler durant quelques minutes.
Tout en gardant un œil sur les chiens, Giuseppe Merola exprime son admiration pour ses élèves à quatre pattes: «Ce sont des animaux fantastiques. Bientôt ils seront capables de ramasser un étui à lunettes, d’ouvrir et de fermer des portes, d’allumer ou d’éteindre la lumière. Certains seront peut-être amenés à remplir une machine à laver le linge ou à changer les programmes de la télévision. Et tout ça, juste pour des caresses.»

Paroles d’expert

Giuseppe Merola est un autodidacte. Il reconnaît volontiers avoir beaucoup appris sur les chiens en ayant fait lui-même des erreurs par le passé: «je participe régulièrement aux cours techniques organisés par Le Copain, mais je continue d’apprendre tous les jours…  au contact de mes chiens ou de ceux qui viennent à mes cours.»
Ce Chaux-de-Fonnier au grand cœur s’implique également dans le choix des familles de parrainage: «Lorsqu’une famille de la région se propose d’accueillir un chien du Copain, je vais lui rendre visite accompagné de mon chien, histoire de faire connaissance, de voir le cadre, l’appartement ou la maison. Je suis aussi attentif aux rapports entre les parents et les enfants.» Avec un sourire qui ne le quitte jamais, Giusepe Merola livre même l’un de ses secrets: «Le truc infaillible, c’est d’arriver avec un chien tout mouillé ou avec les pattes pleines de terre. En quelques minutes et quelques questions, je sais si une famille est capable d’assumer un bon parrainage ou non. C’est important pour l’association, mais surtout pour le chien qui sera confié durant quinze mois.» pti

Giuseppe Merola

 

 

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Article publié dans Le Chien Magazine No.2 - Février 2011






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