Zippo: plus de 70 ans d'histoire » Blog de PasTis

 Zippo: plus de 70 ans d'histoire

15/1/2004

Article publié dans le n.12 du mensuel Market Magazine (Suisse) en janvier 2004


La flamme Légendaire
du briquet Zippo


Sa coque rectangulaire aux angles arrondis, cette odeur d’essence qu’il laisse échapper en s’ouvrant et le bruit inimitable du capot que l’on referme sont les principales spécificités de ce briquet qui, depuis plus de 70 ans, enflamme la passion des collectionneurs.

Zippo SauberVoilà plus d’un quart de siècle que la maison Oettinger-Davidoff à Bâle est l’importatrice et la distributrice exclusive des briquets Zippo en Suisse, via sa société Contadis. Chaque année, Carmen Schiliro et Daniela Rümmele, sélectionnent les briquets qui seront proposés dans le nouveau catalogue. Cette année, sur près de 130 pages, ce dernier présente 300 briquets-tempête, ainsi que des accessoires (essence, pierre à briquet, mèches, étuis, vitrines et même quelques livres). Plusieurs pièces du catalogue sont inédites, spécialement conçues pour le marché suisse: outre la série des signes astrologiques ou la paire de briquets estampillés du logo d’Expo.02, le distributeur propose notamment une gamme de superbes Zippo à l’effigie de l’écurie suisse de Formule 1, Sauber-Petronas.

Des Zippo dans les casernes

Carmen Schiliro s’occupe également de toutes les commandes de clubs, d’entreprises, de restaurants ou d’associations qui souhaitent produire des Zippo personnalisés. Les militaires sont aussi de bons clients. Au gré des cours de répétition ou des écoles de recrue, des commandes en provenance de diverses casernes suisses arrivent en effet régulièrement à Bâle.
Contadis n’est toutefois qu’un intermédiaire. Toutes les commandes sont expédiées aux Etats-Unis, où un vaste département de la manufacture Zippo prend en charge la préparation des motifs qui seront sérigraphiés ou gravés sur la coque ou le capot des briquets. Régulièrement, le lancement d’un film, la sortie d’un disque ou d’un jeu vidéo, l’organisation d’un concert, des offres publicitaires ou un simple concours, donnent lieu à un tirage limité de briquets. Dernièrement, Philip Morris a offert aux collectionneurs de «Miles» Marlboro, un magnifique coffret de douze Zippo: un «collector» produit à seulement cent exemplaires et exclusivement réservé au marché suisse.

La naissance d’un mythe

George Grant BlaisdellIl y a un peu plus de 70 ans, dans un petit garage de Bradford, en Pennsylvanie, George Grant Blaisdell, intrigué par un briquet importé d’Autriche par l’un de ses amis, se lance dans la conception d’un briquet qui doit pouvoir s’allumer d’une seule main et par tous les temps. Au départ, Blaisdell reproduit fidèlement le mécanisme de son rudimentaire modèle viennois, lui ajoute un capot relié au corps par une petite charnière externe, et une cheminée ajourée de trous pour protéger la mèche du vent. Il baptise son briquet Zippo, un nom inspiré par la toute récente invention de la fermeture éclair, «zipper», en anglais. Un objet mythique est né. Nous sommes en 1932. Au cours de ses premières années d’existence, le briquet subit quelques modifications: sa taille est réduite et sa charnière est cachée à l’intérieur du corps. Le Zippo classique ou «regular» vendu aujourd’hui et qui se caractérise par des coins arrondis est apparu dès 1938. Cent huit étapes - hors marquage - interviennent dans sa fabrication. Par la suite, la manufacture produit quelques briquets de table (dont le célèbre Barcroft) architecturés autour du même mécanisme d’allumage. La gamme Zippo est encore complétée en 1956 par le «slim», un briquet aminci, spécialement destiné aux femmes.

Coup de pub

Zippo anatomySa solidité, son mécanisme rudimentaire et sa forme particulière ont largement contribué à la pérennité du mythe Zippo (l’un des très rares objets de consommation réellement garanti à vie!). En 1936, jamais à cours d’imagination et avec la volonté de dynamiser les ventes, George Grant Blaisdell va à nouveau avoir une idée de génie: il met les flancs de son briquet au service de la publicité. Le succès est immédiat et de nombreuses compagnies pétrolières de Pennsylvanie font graver des Zippo à leurs couleurs. Dans le même temps, Blaisdell produit des séries ornées de motifs sportifs ou d’animaux, et les briquets sont proposés sous différentes finitions (en simple laiton jaune, chromé, peint en noir, etc.).

Un vrai livre d’images

Zippo VietnamAvec plus de 400 millions de briquets vendus dans le monde depuis 1932, affichant des centaines de milliers de marquages différents, il est rapidement devenu évident que ce petit objet de 57 grammes n’échapperait pas au phénomène de la collection. Depuis longtemps, tel un témoin de l’histoire, le briquet Zippo en effet voit sa coque décorée d’une multitude de logos, d’effigies ou de portraits. Gravés peints ou collés, ces marquages publicitaires, militaires ou à thème sont souvent présentés en série. Les pièces les plus prestigieuses font l’objet d’un tirage limité, voire numéroté.
Un catalogue Zippo, c’est un peu un livre d’histoire rempli d’images: tous les grands événements culturels, politiques, tous les personnages qui ont marqué le siècle dernier ont été immortalisés sur ce briquet garanti à vie: du «D-Day» (Jour J) à Woodstock, en passant par la conquête lunaire et par la guerre du Vietnam; de James Dean à Bill Clinton, sans oublier Elvis, Marilyn ou James Bond. Des milliers de gravures ou de sérigraphies et presque autant de thèmes qui, depuis bien longtemps ont conquis l’âme de nombreux fumeurs et autres collectionneurs.
 
Zippo D-DayLe débarquement

Le briquet Zippo est arrivé en Europe au lendemain du débarquement sur les plages normandes. Les produits «made in USA» n’avaient pas attendu les événements de juin 1944 pour pénétrer en Europe, mais c’est quand même bien après la libération et dans les années qui suivirent qu’une foule d’objets se sont mis à débarquer d’outre-Atlantique. Aujourd’hui, on ne peut plus évoquer le Zippo sans l’associer immédiatement à l’image du soldat américain: le GI. A l’origine, l’appellation «GI» désignait tout ce qui était «fourni par le gouvernement» (Governement Issued). Ainsi dès la Seconde Guerre mondiale, les soldats furent baptisés Gl’s en raison de leur équipement militaire. Tout, des vêtements à la nourriture, était en effet estampillé des lettres «Gl». Et pourtant, un objet inclus dans chaque paquetage ne portait pas cette mention... le Zippo.
C’est que le briquet-tempête ne faisait pas partie officiellement du bagage du soldat, mais chacun en recevait un gratuitement, à l’initiative de George Grant Blaisdell. A cette époque et du fait que le laiton était réquisitionné pour la fabrication des munitions, les Zippo étaient en acier poreux recouvert d’une peinture noir époxy qui, une fois cuite, prenait un aspect craquelé: raison pour laquelle ces briquets – très recherchés aujourd’hui par les collectionneurs – sont appelés les «Black crackle finish».

The Mambo KingsZippo de stars

Depuis la fin des années 40, le Zippo est apparu dans des milliers de films, de téléfilms, de séries, aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Etablir la «filmographie» complète du Zippo relève de l’impossible tant ses rôles sont nombreux! Il y a deux ans, en produisant une série à la gloire d’Hollywood, la firme de Bradford a bien tenté de répertorier toutes les apparitions de son briquet sur le grand et le petit écran. Un appel a même été lancé au public afin de constituer la liste la plus exhaustive possible. Sans remonter trop loin dans le temps, on peut se rappeler du générique d’«Apocalypse Now» où la caméra de Francis Ford Coppola vient caresser le Zippo de Martin Sheen. Plus récemment, le fameux briquet-tempête est apparu entre les doigts de Bruce Willis dans «Le dernier samaritain», le même – ou presque – que celui que l’acteur tenait déjà pour s’éclairer et progresser dans les conduits d’aération d’un «Piège de cristal» ou celui qui lui avait permis d’incendier un avion de ligne en plein décollage pour marquer la fin explosive de «58 minutes pour vivre». Tout aussi brûlantes, les dernières séquences de «Terminator» avec Arnold Schwarzenegger, comme les premières de «Last Action Hero» qui montre l’actuel gouverneur de Californie en train d’allumer son célèbre cigare avec un Zippo au cours d’une scène très shakespearienne. Quant à Indiana Jones, pourtant non-fumeur, c’est bien avec un Zippo qu’il libère son père (Sean Connery) des griffes des nazis de «La dernière croisade». Dans «Faute de preuves», Liam Neeson est reconnu coupable de meurtre sur le témoignage d’une femme qui n’a pas vu le visage de l’assassin mais qui a reconnu sa façon si particulière d’allumer son Zippo. La télévision n’est pas en reste. William Friedkin («L’exorciste») a été l’un des premiers à souligner la symbolique du Zippo dans un épisode de «La cinquième dimension» intitulé «La lumière des ténèbres»: la flamme du briquet tient éveillé un soldat, qui risque, en s’endormant, de plonger dans des cauchemars hantés par d’horribles scènes de combat. Il y a encore «Etat d’esprit»,
le sixième épisode de la quatrième saison de la série «Columbo», réalisé par Harvey Hart. Le célèbre inspecteur (Peter Falk) y allume son cigare avec un Zippo emprunté à un médecin (George Hamilton) soupçonné de meurtre avant de démontrer sa culpabilité grâce à un morceau de pierre à briquet découvert sur les lieux du crime.

Zippo VietnamPile ou flamme

Les collectionneurs de Zippo ont des profils variés qui correspondent à des budgets, des cultures et des âges différents. Si les «vrais» collectionneurs sont des chercheurs d’objets rares, le clan des initiés Zippo est de plus en plus envahi par des jeunes gens détenteurs d’une série de briquets récents. Ces derniers, fascinés par une époque qu’ils n’ont pas connue, influencés par la mode et le retour des produits et de la musique des années 60 ou 70, cristallisent leur passion sur ce petit objet mythique. Témoin de 70 ans d’histoire, le briquet Zippo est un objet si démultiplié qu’une collection «absolue» est impossible et que pour l’amateur néophyte, le choix est aussi varié qu’inextricable. Une collection Zippo peut prendre plusieurs formes. Tous les angles d’attaque sont bons et le renouvellement est infini: par la finition (chromé, brillant ou brossé, en laiton pur, en acier poreux, en argent ou en or), par la technique de décoration (collage, peinture au pochoir, gravure chimique, cuir ou nacre, par les thèmes représentés (publicité, guerre, sport, cinéma ou les tirages limités), ou encore par année de fabrication. Comme il n’existe aucune cote officielle, l’évaluation du prix d’un Zippo de collection est très hasardeuse. De nombreux collectionneurs se retrouvent sur ebay.com, le site d’enchères en ligne, du coup, les prix ont tendance à grimper de manière vertigineuse. Pour un «Black Crackle Finish» de la Seconde guerre mondiale en parfait état avec sa boîte d’origine, les enchères peuvent atteindre plusieurs milliers de francs. Pour un briquet «rescapé» de la guerre du Vietnam, il faut compter entre cent et deux cents francs. Même tarif pour les Zippo promotionnels (cinéma, musique, marques de cigarettes) destinés au marché japonais.

Zippo GuaranteeGarantie à vie

Sur toutes les boîtes noires qui servent d’emballage au Zippo, il est indiqué en lettres d’or: «Lifetime guarantee» (garantie à vie) ou «It works always or we fix it free» (il fonctionne toujours     ou nous le réparons gratuitement). Comble du comble, ces deux slogans sont respectés à la lettre. La garantie à vie est née en même temps que le briquet et fait intimement partie de la philosophie de son créateur George Grant Blaisdell. A l’usine de Bradford, un atelier baptisé «clinique», a été spécialement aménagé pour accueillir les briquets défectueux qui, après avoir bénéficié des soins prodigués par l’une des quinze «infirmières», sont renvoyés gratuitement à leur propriétaire. La règle veut qu’un briquet «malade» ne reste pas plus de trois jours à l’«hôpital» et qu’il soit réexpédié chez lui au plus vite accompagné d’un mot de remerciements dans lequel l’entreprise se dit honorée d’avoir eu l’opportunité d’effectuer les «soins». Une petite attention est même glissée dans l’enveloppe.
Dotée d’un système de gestion informatisé, la «clinique» accueille et restaure entre 200 et 250’000 briquets par an.
En Suisse, lorsqu’un client apporte un briquet abîmé chez son revendeur, ce dernier l’expédie à Bâle, chez Contadis, le distributeur suisse de Zippo. Là, un technicien «ausculte» le briquet et, dans la majorité des cas (environ 95%), le répare lui-même (l’incident le plus courant se situe au niveau de la charnière). Seuls les cas graves ou désespérés sont envoyés aux Etats-Unis. Et si le briquet devait s’avérer irrécupérable, la firme Zippo se fait un plaisir de le remplacer sans aucuns frais. Indémodable, solide et toujours prêt à fonctionner (quelques gouttes d’essence suffisent), le briquet Zippo semble éternel. Sans doute, fascinera-t-il encore très longtemps les collectionneurs du monde entier.


Pascal Tissier

Zippo Anatomy

Zippo Codes

Le Zippo dans le film Faute de preuves

George Grant Blaisdell

 

 

 

 

 


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