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 Neuchâtel: Espace des migrations 2007

30/5/2007

Un camp de réfugiés installé sur la scène du Temple du bas

Neuchâtel • Samedi, au troisième jour d’animations au Péristyle de l’Hôtel de Ville, l’«Espace des Migrations» avait un air de fête. Sur le coup de 9h00, le bruit assourdissant d’un bombardement, des sirènes hurlantes, des cris et des ordres lancés par mégaphone se sont fait entendre: la tension était à son comble pour la vingtaine de personnes qui se sont retrouvées parquées dans un camp de réfugiés installé dans le Temple du bas… le temps d’un jeu.

Jean-Daniel Muller
Porte-voix en main, Jean-Daniel Muller enregistre les nouveaux
arrivants dans le camp de réfugiés.

 

De jeudi à samedi, le Péristyle de l’Hôtel de Ville a été le cœur de l’«Espace des migrations», une manifestation festive et pluriculturelle sous-titrée «Nous sommes tous des migrants: découvrons-nous», organisée par les Marchés de l’Univers et InterNos, en partenariat avec Bel Horizon, la Joliette-CSP, Caritas, la FéNeCo, les Brigades de Paix, RECIF et la Journée des réfugiés/Caravansérail. Outre les traditionnels stands d’artisanat et de spécialités culinaires exotiques qui ont permis à différentes communautés de se présenter aux Neuchâtelois, l’«Espace des migrations» a aussi donné lieu à des conférences, des spectacles et des animations pour les enfants. Présidente des Marchés de l’Univers, Catherine Garrigues ne cache pas sa satisfaction devant le succès populaire de la manifestation: «c’est génial, les gens sont venus en nombre et la météo parfois menaçante n’a pas gâché la fête».

AfficheAme sensible s’abstenir

L’un des points forts de l’«Espace des migrations» a eu lieu samedi matin, au Temple du Bas où une bonne vingtaine de personnes se sont rassemblées pour participer à «Passages», un jeu de rôle conçu par le Haut Commissariat des Réfugiés pour les Nations Unies (UNHCR). Sous-titré «Entrez dans la peau d’un réfugié le temps d’un jeu», ce concept est censé permettre aux participants de prendre conscience des difficultés, des angoisses et des tensions que peuvent rencontrer ceux qui subissent des conflits militaires et qui sont contraints à l’exil.
En guise de prologue, Jean-Daniel Muller, responsable de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) et en l’occurrence animateur du jeu, donne quelques recommandations. Il s’inquiète aussi de savoir si l’un ou l’autre des participants a déjà vécu un événement traumatisant. Il propose même de distribuer des cartes «SOS» qui permettent de quitter le jeu à tout moment. Personne ne s’annonce, mais on sent bien, malgré les sourires de façade, une certaine nervosité au sein du groupe.

Bienvenue en enfer

UNHCR
Des militaires pour le moins hostiles, viennent semer la peur auprès des réfugiés.


L’un des cinq animateurs entreprend alors de raconter une histoire qui se déroule dans un pays «étranger» : il est question d’un village, de quelques familles réunies à l’occasion d’une fête traditionnelle. Le récit est interrompu subitement par un vacarme assourdissant, où se mêlent des explosions, des sirènes et des cris. Les yeux bandés, les participants sont déplacés manu militari. Interdiction de parler, de se plaindre: les ordres sont hurlés à travers des mégaphones… plus vite! Dans le noir complet, les «otages» doivent monter et descendre des escaliers… plus vite! A gauche, à droite, plus vite!
Plus tard, tout le groupe se retrouve dans un camp de réfugiés. Certains sont blessés, des familles sont séparées. Des milices menacent, effectuent des arrestations, l’UNHCR s’interpose…
Quand le jeu est arrêté, la grande aiguille a presque fait deux tours de cadran. Jean-Daniel Muller demande alors aux participants d’exprimer ce qu’ils ont ressenti au cours des différentes phases du jeu. Les émotions exprimées par les «joueurs» lors de ce débriefing sont alors mises en parallèle avec celles exprimées par d’anciens requérants d’asile qui se souviennent de leurs péripéties pour quitter leur pays. C’est souvent saisissant.
Jean-Daniel Muller a l’air satisfait de sa mise en scène malgré les restrictions imposées par le système d’alarme incendie du Temple du Bas: «le début du jeu est toujours assez impressionnant, pourtant ici nous n’avons pas fait usage de pétards et de fumigènes. Quand nous organisons ce même jeu pour recrues de l’Ecole régionale pour aspirants policiers (ERAP), on se lâche un peu plus».
Il est un peu plus de midi, les «otages» ont retrouvé leur liberté, certainement enrichi par cette expérience riche en émotions.


Pascal Tissier


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