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 Peseux: Hommage à Hans Bussinger - Xocolatl

30/1/2008

Hans Ruedi Bussinger est parti : les lumières s’éteignent au «Paradis du chocolat»

Peseux • Installée à Peseux depuis plus de dix ans, la boutique Xocolatl – du nom aztèque du chocolat primitif – était devenue LA bijouterie de la gourmandise. Au fil des ans, les diamants, les saphirs et les perles chocolatés ont contribué à répandre, bien au-delà de nos frontières, la réputation de Hans Ruedi Bussinger. Il est parti Hans, sans rien dire. Le samedi, il décorait encore des bonbonnières dans son «Paradis du chocolat», à l’aube du lundi suivant la Faucheuse l’emportait…

Hans Ruedi Bussinger

« Il avait toujours des anecdotes à raconter, le Hans. Sa vie est un vrai roman ». Au centre de Peseux, tout le monde connaissait de près ou de loin Hans Ruedi Bussinger, le patron de Xocolatl, « Le Paradis du chocolat ». Au matin du 14 janvier, le chocolatier a tiré sa révérence, « emporté après une courte maladie », selon le faire-part publié par sa famille. Au 13 de la Grand-Rue, le magasin est toujours ouvert et Susy Do, l’une des deux vendeuses, ne parvient pas à cacher sa tristesse : « On ne s’y attendait pas, il était très discret sur son état de santé. Depuis plusieurs mois, on voyait qu’il n’était pas bien, mais il était toujours au travail et continuait à fabriquer ses spécialités comme d’habitude. Le samedi avant son décès il s’occupait encore à faire la décoration de ses bonbonnières. Son fils aîné a pris des dispositions pour laisser le magasin ouvert, en tout cas jusqu’à la fin de ce mois, mais on ne sait pas ce qui va se passer ensuite ».

Un parcours étonnant

Bien que parlant couramment quatre langues, Hans Bussinger a toujours gardé l’accent transalpin du Tessin où il est né en 1943. Et si l’homme a beaucoup voyagé à travers le monde, il est resté très attaché au littoral neuchâtelois. Peut-être parce qu’à l’âge de quinze ans, le maître-confiseur est venu à Colombier pour y apprendre son métier. Peut-être parce qu’à la fin des années 80, après deux ans passés aux Etats-Unis, il est revenu dans la région pour intégrer l’équipe recherche et développement de Suchard. Gilles Ballet, l’un de ses très nombreux copains, se rappelle du temps où « le Hans » s’est installé au 10 de la rue Jean-de-la-Grange, à Serrières : « A cette époque on habitait dans la même rue et on se retrouvait chez des amis communs. Des soupers et des soirées mémorables au cours desquels il aimait raconter les innombrables anecdotes – souvent drôles – qui ont jalonnées sa vie. Parfois, il nous faisait déguster – ou offrait à nos enfants – les produits qu’il développait pour son employeur. Quand l’entreprise est devenue Kraft-Jacob-Suchard et qu’elle a quitté Neuchâtel pour s’installer à Berne, Hans faisait les courses pour aller travailler. C’est lorsque le centre de recherches du groupe a été déplacé en Allemagne, qu’il a décidé de se mettre à son compte et de créer ses propres spécialités de chocolat ».

«Le Hans» en Amérique

A l’intérieur du magasin, de nombreux cadres résument les souvenirs les plus prestigieux de sa carrière : des distinctions, des photos, des articles de presse et une superbe lettre de remerciements signée par l’ancien président américain Jimmy Carter qui lui avait commandé personnellement un gâteau pour 1'400 convives. Susy Do, la vendeuse, ouvre l’énorme classeur déposé sur une table : « Monsieur Bussinger gardait toutes les coupures de presse qui le concernait. Ici on le voit avec une énorme réplique en chocolat du Carnegie Hall, réalisée en 1991 à l’occasion du centenaire de la grande salle de concert new-yorkaise. A l’époque il travaillait pour Suchard. Il aimait raconter comment il avait amené lui-même cette pièce en réservant plusieurs sièges d’un avion. Mais ce qui l’avait le plus impressionné, c’est la traversée de Manhattan en voiture, escorté par des motards de la police ».

Il s’est juste absenté

Entre deux clients, Susy parle encore de son patron : « Il était attentif à tout. Aux stores qu’il fallait abaisser dès qu’un rayon de soleil touchait les vitrines. Le chocolat, c’était vraiment sa passion. Il adorait honorer des commandes particulières, fabriquer des pièces compliquées. Pour nous, il s’est juste absenté. Il est parti chez le dentiste et il va revenir d’ici peu ».
Dans les vitrines bombées du comptoir, tout l’art de Hans Ruedi Bussinger s’étale encore en plusieurs pyramides de petits bijoux chocolatés, un assortiment de petites boules aux teintes et aux finitions subtiles : pralinés à la liqueur, au champagne, à la crème ou à la cannelle, truffes blanches ou noires. Toute la passion d’un artiste est dans ce savant mélange de chocolat, de beurre, d’alcool, de fruits ou graines, sans aucun colorant, ni de produits conservateurs. Joaillier-confiseur, Hans Ruedi Bussinger a su transformer la graine de cacao en de multiples diamants, saphirs et autres perles chocolatés. L’artiste est parti : le littoral neuchâtelois a perdu l’un de ses meilleurs ambassadeurs. Les lumières s’éteignent au « Paradis du chocolat »…


Pascal Tissier

 


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