Bôle: l'entreprise Ceramaret a 100 ans » Blog de PasTis

 Bôle: l'entreprise Ceramaret a 100 ans

29/8/2007

Soixante pages pour «Un siècle de micromanies» chez Ceramaret

Bôle • Installée à Bôle depuis 1952, l’entreprise Ceramaret a cent ans. Spécialisée dans la conception et la production de composants dans des matières d'une extrême dureté – céramiques techniques (zircone, alumine), saphir ou rubis synthétiques – la firme bôloise ne cesse de se développer au point d’être trop à l’étroit dans ses murs. Une plaquette a été éditée pour marquer son centenaire : cet ouvrage, bien documenté et richement illustré retrace « Un siècle de micromanies » chez Ceramaret.

Jean-Bernard Vuillème et Martin Knechtli
Pour marquer le centenaire de son entreprise, Martin Knechtli (à droite) a fait
éditer une plaquette rédigée par Jean-Bernard Vuillème (à gauche) qui retrace
toute l’histoire de Ceramaret.                                                          Photo pti

 

Au premier abord, Martin Knechtli peut sembler bourru, mais il ne l’est pas, au contraire. Une fois le contact établi, le patron de Ceramaret, devient attachant et n’hésite pas à ponctuer son discours de touches d’humour. Ainsi, lors de la conférence de presse organisée à l’occasion du centenaire de son entreprise, Martin Knechtli ne s’embarrasse pas d’une introduction et a tôt fait de passer la parole : « la tradition veut que pour les centenaires de leur entreprise, les patrons glorifient leur société. Moi je vais me faciliter la tâche avec Jean-Bernard Vuillème ». Un peu surpris, l’auteur de la « biographie » de Ceramaret, rassemble ses notes : « heu ! Bon, et bien mon travail a débuté en avril. J’ai exploré les archives de l’entreprise, j’ai fait des recherches dans les bibliothèques et j’ai rencontré de nombreuses personnes, notamment des retraités, pour réunir un maximum d’informations et rendre ce texte vivant à travers des témoignages ».

Des hauts et des guerres

L’écrivain – né à 9h05 en 1950 à Neuchâtel, à une date qu’il a oubliée – revient sur l’ouverture de l’atelier Maret en 1907, à la rue du Marais au Locle, à une date qui a été oubliée : « aucun document ne permet d’établir formellement à quelle date Fritz Maret a créé son entreprise, mais la date de 1907 a toujours été retenue pour marquer les jubilés de la firme ».
L’atelier survit à la Première Guerre mondiale, puis connaît des années assez prospères. La « Fabrique Maret » est inscrite au Registre du commerce depuis juin 1928, avec la mention : fabrique de levées et ellipses pour assortiment. Jean-Bernard Vuillème révèle que : « Fritz Maret a aussi fabriqué des aiguilles de gramophone en appoint de son activité horlogère ».
La crise économique issue du krach boursier de 1929, est une période très difficile : l’entreprise locloise est au bord du gouffre, mais résiste. Privée de ses ouvriers lors de la Seconde Guerre mondiale, la production continue tant bien que mal, jusqu’au décès de Fritz Maret en 1941.

Les «Maret» débarquent à Bôle

René Maret, alors âgé de 25 ans, prend la succession de son père. « Un homme que tous les témoignages que j’ai recueillis décrivent comme un personnage charismatique. Quoi qu’il en soit, c’est sous sa direction que la « Fabrique Maret » va obtenir ses lettres de noblesse, se développer, se délocaliser et connaître une véritable succès-story », raconte Jean-Bernard Vuillème. « En 1951, René Maret achète une villa à Bôle dotée d’un énorme terrain, sur lequel il fait aussitôt construire une usine qui ouvrira ses portes en juin de l’année suivante. Dans un premier temps, ces « communistes » qui débarquaient du Locle n’ont pas fait l’unanimité auprès des six cents habitants que comptait Bôle à l’époque. Mais très vite la Fabrique Maret va contribuer au développement du village : des villas seront construites pour les cadres, des immeubles locatifs pour les employés. L’entreprise sera même à l’origine de la création, en 1956, du Groupement de l’Entente communale, un parti villageois encore actif aujourd’hui ».

Le polissage «Maret»

L’arrivée de la Fabrique Maret à Bôle coïncide avec la mise au point d’un système de polissage inédit qui va permettre à l’entreprise de se développer sur le marché de l’horlogerie, d’agrandir ses infrastructures et de devenir le principal employeur du village. Sans cesse perfectionné, toujours inégalé, le fameux « polissage Maret » demeure – encore aujourd’hui – l’un des plus précieux secrets de fabrication de l’entreprise. Cette prospérité et l’expansion du site va se poursuivre jusqu’au premier choc pétrolier qui mettra un terme aux « Trente Glorieuses », au début des années septante.

Un troisième Maret aux commandes

En 1973, alors que René Maret est encore bien présent à Bôle, son fils Jean-Jacques devient directeur de l’entreprise. Economiste, il considère la « production horlogère classique très risquée » et prône la diversification. Persuadé qu’il peut se spécialiser dans la céramique technique, il se lance  dans la fabrication d’implants dentaires et de prothèses chirurgicales (hanche ou tête de fémur) en céramique. Ce sera un échec, non pas technique, mais commercial. Les investissements consentis pour le développement de ces produits mettent l’entreprise dans une position financière délicate. Le salut viendra d’un contrat signé en 1976 avec une grosse société américaine pour laquelle la nouvelle société Maret SA va produire des guide-aiguilles en céramique et des aiguilles en tungstène pour imprimantes matricielles. Dans ce domaine, l’entreprise neuchâteloise va connaître un succès planétaire, jusqu’à s’accaparer 85% du marché mondial. Dans le même temps, Maret SA développe d’autres produits en céramique à usage chirurgical, dentaire ou pour des systèmes d’analyses.
René Maret décède en juillet 1982, l’année du 75e anniversaire de Maret SA.  

Partie de Monopoly

Lorsqu’en 1986 il décide de vendre son entreprise et de se retirer des affaires, Jean-Jacques Maret laisse derrière lui une société saine qui emploie plus de quatre-vingts personnes. Le nouveau propriétaire est Anton Schrafl, un ingénieur qui rêvait d’avoir sa propre entreprise. Chez Maret depuis 1953, René Sagesser devient directeur général intérimaire, alors que dans le conseil d’administration apparaît le nom de Martin Knechtli, un jeune économiste, également juriste et avocat, chargé de gérer une partie de la fortune d’Anton Schrafl. Ce dernier, non content de s’être « offert » Maret SA, achète encore deux entreprises en 1988 : Nova Werke (Effretikon/ZH) et Bieri Hydraulik (Liebefeld/BE). En 1989, la direction de Maret SA est confiée à Martin Knechtli qui, deux ans plus tard (1991), rachète les trois entités d’Anton Schrafl et fonde avec son épouse Susanne la MK Holding (Maret, Nova Werke, Bieri Hydraulik), basée à Thielle-Wavre.

Martin KnechtliL’ère Martin Knechtli

En 2005, Maret SA est devenue Ceramaret, une raison sociale qui unit en seul mot la spécificité de l’entreprise (la céramique technique) et ses origines. Mais que l’on ne s’y trompe pas, depuis le départ de Jean-Jacques Maret, jusqu’à aujourd’hui, la petite usine ouverte à Bôle en 1952 n’a cessé de se développer dans tous les sens du terme : « On doit absolument s’agrandir, clame Martin Knechtli, nos infrastructures ne sont plus assez grandes pour accueillir de nouvelles machines. Nous avons déjà dû louer un local de 400 m2 à Boudry. Actuellement nous sommes en transaction pour acquérir des terrains qui devraient nous permettre de tripler notre surface de production. Nous avons déjà les plans et la maquette des futurs bâtiments ».
Ceramaret emploie aujourd’hui plus de 130 personnes et devrait réaliser cette année un chiffre d’affaires de 25 millions de francs. Quand Martin Knechtli évoque l’avenir, il est certain d’une chose : « ça fait bientôt vingt ans que je suis là. Avec ma femme, on n’a pas de famille. C’est vrai, je devrais déjà envisager le futur de la société, mais si je dois la revendre un jour, ce ne sera pas à des Russes ! » 


Pascal Tissier

 


Category : ARTICLES PRESSE Print

| Contact author |