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 Corcelles: le Dog Palace harcelé

26/3/2008

Qui veut la peau du Dog Palace de Serroue?

Serroue-Corcelles • Depuis bientôt une année, le Dog Palace de Serroue connaît un succès grandissant. Dans un cadre verdoyant, sans boxe, ni béton, chaque chien est accueilli et hébergé de manière personnalisée et dans le plus grand confort. Mais voilà, ce chenil ne plaît pas à tout le monde : dans une lettre signée par Claude Gygax, les autorités de Corcelles menacent Carine Bridy de faire révoquer son autorisation d’exploiter son chenil, de saisir ses chiens, de «les vendre ou les faire abattre si nécessaire».

Dog Palace à Serroue
Pas de boxes au Dog Palace de Serroue ! En plus des soins personnalisés, le chenil
de Carine Bridy (en médaillon) propose de grands parcs en lisière de forêt, et des
dortoirs pour la nuit – dont l’un est équipé d’une caméra de surveillance – où chaque
chien dispose de son panier individuel.                                              Pascal Tissier


Carine Bridy est dépitée, abattue et se fait énormément de soucis. Elle est convaincue qu’une épée de Damoclès plane au-dessus de son chenil. Que les autorités de Corcelles-Cormodrèche veulent lui faire fermer son chenil.
Carine Bridy est une femme passionnée. Elle s’est beaucoup investie pour le Club de Tennis de Neuchâtel, dont elle a tenu la présidence pendant huit ans. L’an dernier, avec des amis, elle a créé la Fondation Enfants & Sports, Main dans la Main, au profit d’enfants défavorisés. Une fondation aujourd’hui reconnue et qui vient d’être récompensée par des dons de Nez Rouge (voir notre édition du 12 mars), et par le Rotary-Club (voir dans cette même édition). Tourmentée par ce qui lui arrive, elle a préféré renoncer au bain de foule et a laisser le soin au vice-président de représenter la fondation à ces manifestations.

Carine BridyUn succès grandissant

Carine Bridy a accueilli les premiers pensionnaires du Dog Palace en mai 2007 : « C’est un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps. Créer une pension canine telle que j’aimerais en trouver une pour mes quatre chiens. Dans un cadre verdoyant, sans boxe, ni béton, où chaque chien, du toutou p’tit au toutou grand, est accueilli et hébergé de manière personnalisée et dans le plus grand confort. J’accepte même les mâles non castrés, ce qui n’est pas le cas de la plupart des chenils ».
Ouvert tous les jours de l’année et situé au cœur de la forêt de Serroue, à quelques minutes (en voitures) de Neuchâtel, le Dog Palace s’étend sur plus de 25'000 m2 clôturés, en pleine nature.
Aussitôt ouvert, le chenil connaît un succès grandissant, favorisé notamment par un bouche à oreille élogieux. A chaque période de vacances, elle doit refuser du monde. C’est que l’autorisation qu’elle détient du Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) ne lui permet pas d’accueillir plus de vingt chiens.

Les menaces des autorités

Dans une lettre adressée à Carine Bridy, datée du 31 janvier 2008 et signée par Jean-Marc Nydegger, secrétaire du Conseil Communal et Claude Gygax, président de la Commune de Corcelles-Cormondrèche, est écrit notamment : « Au mois de septembre 2007, trois de vos voisins se sont plaints des nuisances sonores générées par la gestion de votre chenil. (…) Les documents sonores remis au début de ce mois sont clairs : des enregistrements fait par exemple le 26 décembre 2007 ou le 1er janvier 2008 montrent que les aboiements de vos chiens et des chiens dont vous avez la garde constituent une nuisance pour le voisinage. C’est pourquoi, en application de l’article 7.10 du règlement communal de police (…), nous vous ordonnons de prendre toutes les dispositions utiles pour faire cesser les nuisances sonores pour votre voisinage, dans les plus brefs délais. Si nous devions encore enregistrer une plainte de vos voisins, nous ferions appliquer les dispositions de l’article 7.12 du règlement susmentionné, qui prévoient notamment, en cas de non respect de mesures ordonnées par l’autorité communale, que celle-ci peut saisir les chiens et peut les confier à la SPA, les vendre ou les faire abattre si nécessaire. Nous nous approcherions alors également des autorités cantonales compétentes pour faire révoquer l’autorisation qui vous a été délivrée pour la gestion du chenil ».
En dessous des signatures, il est indiqué que des copies de cette lettre ont été adressées à Arthur Wilkinson, Didier Leuba et Jean-François Colin, tous trois à Serroue, ainsi qu’au Service de la consommation et des affaires vétérinaires, et à Gianni Turcato, du Service de l’aménagement du territoire.

Quelles preuves ?

A noter que, selon Carine Bridy, les autorités communales n’ont pas pris contact avec elle avant de lui adresser cette lettre qui a tout d’un ultimatum.
Cette missive ne dit pas comment les « plaintes » ont été reçues (écrites, orales). Apparemment les enregistrements « clairs » semblent constituer une preuve suffisante pour que les autorités communales adressent des menaces tout aussi « claires ». Si elle mentionne des dates, cette lettre ne précise pas par qui et dans quelles conditions les « documents sonores » ont été enregistrés : rien sur le lieu où ils ont été réellement effectués, rien sur le type d’appareil utilisé, aucune précision sur la distance entre le micro et la source du bruit, ou sur la durée des échantillons sonores.
Finalement, comme le dit la propriétaire du Dog Palace, « qu’est-ce qui prouve que ce sont mes chiens que l’on entend sur ces enregistrements ».
Carine Bridy ne prétend pas que ces animaux n’aboient jamais : « Lorsque des visiteurs arrivent chez moi, il peut arriver qu’un des chiens se manifeste et déclenche un concert d’aboiement. Mais ça ne dure jamais longtemps. Il y a toujours quelqu’un au chenil, si ce n’est pas moi, c’est mon compagnon. Nous serions les premiers à être dérangés par ces nuisances sonores et ce serait aussi invivable pour nous ».

Les voisins concernés

« J’ai effectivement écris à la commune pour signaler que ce n’était plus supportable, confirme Arthur Wilkinson, le voisin le plus proche du Dog Palace (plus de 100 mètres à vol d’oiseau). Le vétérinaire de Serroue poursuit : « Ça c’est calmé, mais il faudra voir comment ça va se passer aux prochaines vacances. Madame Bridy a ouvert ce chenil en douce, sans nous informer. Tout d’un coup on s’est retrouvé devant le fait accompli avec un bruit du diable. Heureusement que ça s’est calmé ».

« Je n’ai pas porté plainte, j’ai simplement demandé une explication à la commune, pour savoir comment un chenil avait pu ouvrir sans que l’on soit consulté », précise Didier Leuba, l’un des voisins qui a reçu copie de la lettre de Claude Gygax. « Bon depuis j’ai déménagé, c’est beaucoup plus simple. Monsieur Gygax a quelque chose contre elle effectivement, mais il n’a pas tout à fait tort. Je ne dis pas qu’il a raison sur tout, mais Madame Bridy n’a pas respecté les règles. Le problème c’est de savoir comment elle a fait pour avoir l’autorisation pour exploiter ce chenil ».

« Je ne veux pas attiser cette histoire », souligne Jean-François Colin, le troisième voisin cité dans la missive des autorités et qui habite à plus de deux-cents mètres du Dog Palace. « Ça me gêne un peu. Je ne vais donc pas commenter cette lettre. Depuis j’ai eu l’occasion de m’expliquer longuement avec Madame Bridy et ça va mieux. C’est au Conseil communal de s’exprimer ».

La position de Claude Gygax

« C’est vrai que l’on a du intervenir par courrier en raison de plaintes reçues à la Commune », confirme Claude Gygax. « Mais ce n’était qu’une lettre pour l’informer que des gens se plaignaient à cause des aboiements. A ma connaissance, il n’y a plus eu d’autres remarques après ça ».
L’an dernier, dans son édition du 20 juin 2007, Le Courrier Neuchâtelois avait consacré un article à l’ouverture du Dog Palace. Le jour même de la publication du journal avait lieu une petite cérémonie organisée par les Conseils communaux de Peseux et de Corcelles pour présenter les armoiries de La Côte. Le Courrier Neuchâtelois y était, Claude Gygax aussi : « Ah, c’est vous qui avez consacré une demi-page sur Madame Bridy. On lui a fait démonter sa piscine, on lui fera démonter son chenil ». Aujourd’hui, lorsqu’on lui rappelle cet épisode, le Conseiller communal ne se souvient pas avoir tenu ses propos : « Je n’ai pas dit ça ! La piscine c’est un autre problème. Elle l’a construite sans déposer de plans. Si une construction est illicite, il y a des dispositions cantonales qui s’appliquent et elle a dû effectivement démonter sa piscine. Mais ça n’a rien à voir avec son chenil. En ce qui concerne ce Dog Palace, c’est une autorisation cantonale qui lui a été délivrée. Ce n’est donc pas de notre compétence et on a pas d’intérêt, ni l’envie de lui causer des nuisances ».
Comment sont arrivées les plaintes ? « Ça m’a été rapporté au niveau du Conseil communal. Sauf erreur il y a eu des écrits ».
Des enregistrements ? « Si on l’a écrit, il faut croire que l’on a des pièces à conviction ».
Comment peut-on être sûr de la fiabilité de ces enregistrements ? « On n’est pas au tribunal. Si l’on reçoit des plaintes de plusieurs personnes, on ne va pas aller camper là-bas pour voir si c’est vrai ! »

Carine BridyUn chenil familial

Rancœurs, jalousie, ou simple querelle de voisinage ? Difficile de cerner les vraies raisons de ce malaise dans ce coin de nature où les hommes et les animaux devraient pouvoir vivre en harmonie. Carine Bridy avait préparé une réponse à l’attention du Conseil communal. Elle a préféré s’abstenir pour ne pas envenimer la situation. Et bien que cette affaire lui cause bien des soucis, elle continue à se consacrer passionnément au bien-être de ses hôtes à quatre pattes et à l’entretien constant de son chenil. Ce qui est indiscutable, c’est que Carine Bridy dispose bien d’une autorisation, valable jusqu’en 2012, délivrée par le Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV). Cette autorisation lui permet d’accueillir une vingtaine de chiens. De fait elle sujette à la visite inopinée d’inspecteurs plusieurs fois par année.
« Comme pour mon contrôle d’autorisation, je fais toujours mes visites à l’improviste », souligne Caroline Mellier, inspectrice vétérinaire au SCAV. « J’ai déjà fais plusieurs inspections impromptues au Dog Palace, toujours accompagnée d’un collègue. Les installations sont aux nomes requises et le bien-être des animaux est assuré. Carine Bridy fait tout dans les règles de l’art. C’est le genre de chenil que les gens recherchent de plus en plus. Les propriétaires de chien ne veulent plus voir leur compagnon dans des boxes. Ils veulent des pensions de plus en plus familiales et c’est ce qu’ils trouvent chez Carine Bridy. Je n’ai entendu que du bien des personnes qui ont placé leur chien chez elle ».


Pascal Tissier

 

 


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Catégorie : ARTICLES PRESSE

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