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 Lac - Les déchets déversés dans le lac

23/4/2008

Des toilettes au lac

Littoral • Troisième volet de notre saga du lac avec cette fois un regard sur ces déchets – pas très hygiéniques – qui sont déversés épisodiquement dans lac, essentiellement après de violents orages.

step

«Actuellement, les eaux usées des ménages arrivent dans les STEP avec l’eau des routes. Tant qu’il fait beau, les stations peuvent retenir, grâce à des grilles, tout ce que les gens jettent dans les toilettes, serviettes hygiéniques, tampons, papiers, cotons-tiges, préservatifs, tandis que l’eau et les matières fécales finissent dans les bassins de décantation. Mais ça ne fonctionne pas toujours comme ça», explique Olivier Junod. Et c’est les sourcils froncés et le ton plus sévère que le pêcheur d’Auvernier, poursuit son discours: «Le problème, c’est que lors de fortes précipitations ou d’orages violents, une partie de l’eau qui arrive à la station d’épuration est rejetée directement dans le lac avec tout ce qu’elle peut contenir. Si à ce moment-là on a le malheur d’avoir des filets à l’eau non loin de ces STEP, ils sont foutus ! Ils pèsent des tonnes et sont complètement envahis de déchets, notamment du papier, des serviettes hygiéniques et des protège-slips, que les gens ne devraient pas jeter dans les toilettes… bonjour l’odeur! Et comme les bouches d’évacuation sont sur la rives, ça explique pourquoi on retrouve parfois des déchets sur les plages où la baignade est généralement déconseillée».

La question est posée

Discuter quelques heures avec un pêcheur attaché à son lac, sensible à l’écosystème de son environnement, et qui plus est ne se gêne pas de clamer tout haut ce qu’il pense, peut amener des réflexions intéressantes et des questions pertinentes qui méritent des réponses ou tout du moins l’avis des gens concernés par les problèmes soulevés.
Ainsi, après avoir expliqué pourquoi la majorité du poisson prélevé dans le lac par les pêcheurs professionnels du canton est revendue directement en Suisse alémanique (notre édition du 9 avril), après avoir souligné l’incidence sur les poissons des œstrogènes éliminés par les femmes qui prennent la pilule (notre édition du 16 avril), pourquoi retrouve-t-on des serviettes hygiéniques au bord des cours d’eau et des lacs?

Les déversoirs d’orage

«Le problème est récurrent et lié directement à des conditions météorologiques extrêmes», explique Jean-Michel Liechti, le responsable du Service cantonal de la protection de l’environnement. «Lorsque le volume d’eau est trop important ou que le courant est trop fort, des déversoirs d’orage libèrent une partie du flux. Mais cette eau rejetée est bien diluée».
Les déversoirs d’orage sont des ouvrages installés sur le réseau d’évacuation des eaux des agglomérations possédant un réseau unitaire. Ces «trop-pleins» permettent de rejeter une partie des effluents dans le milieu naturel ou dans un bassin de rétention, sans passer par la station d’épuration.

Un vrai problème

Arthur Fiechter, chef du Service cantonal de la faune est plus pessimiste: «Ça c’est effectivement LE problème, selon moi. On accuse toujours les stations d’épuration de ne pas travailler correctement, mais d’une manière générale elle fonctionne très bien. Par contre, on a de plus en plus de situations avec beaucoup de pluie ou des orages violents, au cours desquelles d’énormes volumes d’eau claire s’écoulent dans les égouts… malheureusement. Et comme il n’y a pas de séparation entre les eaux claires et les eaux usées, les STEP se retrouvent parfois dans l’impossibilité de résorber de telles quantités d’eau et c’est ainsi qu’une bonne partie va alors directement dans les cours d’eau ou dans le lac. Dans le meilleur des cas elle est grossièrement filtrée pour retenir les papiers et d’autres déchets, mais dans le pire des cas, tout va dans les cours d’eau ou dans le lac. C’est un vrai problème, mais c’est partout comme ça».

C’est pire pour les rivières

Selon le chef du Service cantonal de la faune, la généralisation d’une double canalisation est la seule solution: «L’eau des routes, peu polluée, devrait s’écouler directement dans les cours d’eau, mais ça coûterait des millions pour ouvrir toutes les routes et doubler les canalisations. En cas de crues ou de gros orages, aucune station d’épuration n’a les capacités de traiter ces énormes quantités d’eau. Des résidus peuvent ainsi se retrouver sur les rives du lac, mais également au bord des cours d’eau où le facteur de dilution est plus faible. Si vous suivez un ruisseau ou une rivière, vous pouvez trouver du papier de toilette, des serviettes hygiéniques et d’autres déchets accrochés à des arbres ou dans les buissons. Il suffit de voir les berges du Seyon lors de périodes sèches… »

Aux communes d’agir

Arthur Fiechter va même jusqu’à critiquer la politique d’urbanisation de certaines communes: «Tous les villages sont très contents de se développer, de construire des blocs locatifs, de vendre des lots pour des villas, mais ils ne se soucient guère d’agrandir leur station d’épuration ou d’investir dans le dédoublement des canalisations. Ils sont heureux, voilà nous avons gagné mille habitants, c’est magnifique! Et même si maintenant on impose aux nouvelles constructions une double évacuation des eaux, sous les routes, à beaucoup d’endroits, tout se retrouve mélangé».

Les orages en cause

Responsable de la station d’épuration de Colombier, Denis Fahrni, n’est pas tout à fait d’accord avec les propos du chef du Service cantonal de la faune: «Le problème des déchets déversés dans le lac est plus complexe qu’il n’y paraît. La Saunerie a une capacité maximale de 4’600m3/h, soit 1'300 litres par seconde. Au-delà de cette limite, les eaux usées sont rejetées sans traitement dans le lac: «Statistiquement, nous ne traitons pas vraiment plus d’eau d’année en année. Le problème c’est que les orages sont de plus en plus violents et nous amènent vite à saturation. Mais les rejets sans traitement dans le lac restent exceptionnels, pas plus de cinq heures cumulées par année».

Responsabiliser le public

Pour le responsable de la Saunerie, doubler toutes les canalisations poserait d’autres problèmes, car «les eaux usées ne seraient plus assez diluées. Par contre, il serait temps de sensibiliser la population sur l’usage des vécés. Les grilles ne devraient retenir que du papier toilette, on pourrait encore tolérer les lingettes, même si elles nous posent des problèmes. Mais les tampons et les serviettes hygiéniques, les protège-slips, les préservatifs, la ouate, les cotons-tiges, n’ont rien à faire dans les égouts. Et encore moins les restes de repas, les huiles usagées, ou la litière pour chat. Si l’on peut considérer que des téléphones portables ou des prothèses dentaires ont pu tomber accidentellement dans la cuvette, il n’est pas normal de trouver des sous-vêtements, des piles, des emballages de mouchoirs en papier, de cigarettes ou de médicaments». Cette situation affecte les vingt-quatre STEP du canton de Neuchâtel, comme toutes celles de Suisse romande.


Pascal Tissier

 

 

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