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 Peseux: Patrice Neuenschwander s'explique

21/5/2008

Patrice Neuenschwander:
«j’en ai pris plein la gueule»


Trois semaines après son échec aux élections communales à Peseux, Patrice Neuenschwander nous a confié ses états d’âme. Si aujourd’hui le président de commune relativise sa non-réélection, le comportement de certains de ses camarades de parti lui laisse cependant un goût amer.

Patrice Neuenschwander

 

«C’est une blessure… une blessure narcissique. Pourquoi les gens ne m’aiment pas? Qu’est-ce que j’ai fait de mal? Qu’est-ce qui s’est passé? C’est ce que je me suis demandé en apprenant les résultats des élections communales».
Conseiller général pendant huit ans, puis Conseiller communal durant quatre ans, verdict des urnes oblige, Patrice Neuenschwander va laisser la présidence de l’exécutif de Peseux à un ou une autre. Sollicité pour cette interview, celui qui a porté à bout de bras le projet de fusion des communes de Peseux et Corcelles-Cormondrèche accepte sans hésitation. «Je vais pouvoir expliquer ce que j’ai sur le cœur». A l’heure du rendez-vous, deux jours plus tard, à la Maison de commune, Patrice Neuenschwander, pas rasé, malmène quelques feuillets. «Avant de venir ici, il m’a semblé utile de coucher sur le papier les points qui me paraissaient importants d’aborder». Mais Patrice Neueuschwander n’a pas pour habitude de lire ses exposés et il a suffi de lui demander ce que lui inspire son échec aux élections pour qu’il se lance dans une longue analyse des hauts et des bas de sa législature à l’exécutif.
«Pendant quatre ans j’ai travaillé comme un fou, j’ai sacrifié mes loisirs, ma famille et beaucoup de choses. J’ai mis toutes mes forces de travail, mes connaissances, mes capacités, mes relations, au service de la Commune et puis les gens ne me reconduisent pas dans mon mandat. J’ai essayé de comprendre pourquoi j’étais mal aimé».

A trente-quatre voix près

«J’en ai pris plein la gueule pendant trois jours, ensuite j’ai réfléchi et analysé, ça a duré une semaine. Finalement, avec 480 suffrages, je n’ai que trente-quatre voix de moins que la deuxième élue socialiste… Mais je fais plus de voix que le mieux élu du parti libéral (Pascal Bartl, 472 suffrages, ndlr) et encore davantage que le mieux élu des radicaux (Pierre-Henri Barrelet, 344 suffrages, ndlr)… Ça fait partie des mystères de la proportionnelle… Trente-quatre voix sur les 5'300 habitants de Peseux, est-ce que ça signifie que la population ne m’aime pas? Il fallait que je relativise. Ensuite j’ai regardé le taux de participation. A 33%, ça veut dire qu’environ 1'200 personnes ont voté… je peux dès lors admettre que ça n’est pas l’ensemble de la population qui s’est exprimée… trente-quatre voix, c’est finalement pas grand-chose, pas assez pour me démolir et me démoraliser».

Patrice NeuenschwanderBiffé par ses camarades

«Je n’ai pas été élu parce que les électeurs socialistes m’ont tracé à septante-huit reprises sur 150 bulletins socialistes. La droite n’a pas voté pour moi, j’ai fait douze voix chez les libéraux-radicaux, mais je suis tracé chez les socialistes. Ça, j’ai beaucoup de peine à l’admettre, ça me fait mal au cœur… je vis ça comme une trahison».
«Ensuite j’ai un gros crève-cœur, c’est le référendum qui a été lancé par l’ex présidente du parti socialiste de Peseux, contre un magnifique projet paysager qui était mûr (l’aménagement du parc du Château, ndlr) et que l’on aurait pu inaugurer ce printemps. Quand je pense qu’on pourrait en arriver à bitumer cet espace pour en faire un parking à voitures, ça me fout les larmes aux yeux». Ce qui est le cas lorsque Patrice Neueuschwander évoque ce sujet.

La rénovation rejetée

«L’autre déception, ça a été lorsque le Conseil général a refusé le crédit pour la rénovation de la rue du Château. Ce n’est pas vraiment le refus qui m’a fait mal au cœur, mais le vote. Ce crédit a été refusé par treize voix de droite contre dix voix socialistes. Or ce soir-là, il y avait dix socialistes absents! Dix! C’est ça la différence entre un exécutif quasi professionnel et un législatif qui s’en fiche. Je ne veux pas régler des comptes, mais je trouve que le groupe socialiste a été très passif pendant ces quatre ans. Peu de propositions, peu de motions, ils sont venus avec peu d’idées et ont mal soutenu leurs Conseillers communaux».

Un climat détestable

«Et puis la dernière grosse déception, c’est l’ambiance qui règne ici à Peseux. J’ai fait huit ans de Conseil général. A l’époque il y avait un esprit de consensus, on arrivait à se mettre d’accord sur des projets et à échanger des idées. Maintenant il y a un climat détestable, des rivalités, une agressivité au sein des Conseillers généraux vis-à-vis du Conseil communal, quel que soit le parti. Et puis, ce qu’il y a de nouveau, ce sont les attaques personnelles. J’ai l’impression que maintenant on refuse non plus un projet, mais que l’on s’oppose au rapport présenté par telle ou telle personne. C’est valable aussi bien pour la droite que pour la gauche. Ainsi la droite a refusé mes projets routiers et les socialistes ont refusé les nouveaux vestiaires pour le FC Comète. Je trouve que c’est grave!»
«Le dernier tract diffusé par les libéraux pendant la campagne des élections communales s’attaquait directement à moi. C’est la première fois dans l’histoire de cette commune qu’un tract s’en prend directement à un Conseiller communal en disant «Le directeur de l’urbanisme développe des projets pharaoniques, trop chers pour Peseux ». Ce genre d’attaque démontre une dégradation de la culture et du savoir-vivre politique. Quand on en arrive là, je me dis que ce n’est pas plus mal que je ne sois pas réélu. Mais ça me fait soucis pour l’avenir de cette commune que j’aime beaucoup. Il faut que le Conseil communal et le Conseil général retrouvent très vite un esprit de consensus et refaire des projets, parce que là, ça n’avance pas!»

Les causes par trois

«Il fallu aussi que je tente de comprendre, d’analyser les causes de cette non réélection. Je vois trois raisons qui sont assez claires. Il y a la fusion… les conséquences du refus de la fusion entre Peseux et Corcelles-Cormondrèche; l’usure du pouvoir, le fait de devoir prendre des décisions au niveau de l’urbanisme et des permis de construire qui, forcément, font des mécontents et qui amènent à se faire beaucoup d’ennemis au sein de la Commune; la troisième raison, c’est que j’ai un problème évident d’image et de communication».

La fusion en une
 
«Je pense que l’effet fusion a joué un rôle lors des élections. Un effet que j’ai de la peine à comprendre, parce que cette fusion ce n’est pas la mienne. C’était la fusion de l’ensemble du Conseil communal et d’une belle majorité du Conseil général, alors j’ai un peu de peine à comprendre pourquoi c’est moi qui paie les pots cassés? J’ai cru à cette fusion, je me suis donné à fond pour qu’elle aboutisse. Si elle avait passé je serais le héros de la nation!»

Un problème d’image

«Autre raison – beaucoup plus personnelle – qui a probablement contribué à ma non-réélection, et on me l’a dit à plusieurs reprises, c’est mon problème d’image et de communication. Les gens me prennent pour un type distant, gonflé, qui prend les gens de haut, alors que ce n’est pas du tout le cas. Moi, je suis un type qui aime bien rigoler, je suis un homme généreux et peu sûr de moi, contrairement à l’impression que je peux donner. J’ai 53 ans, je me vois mal changer, on est comme on est, je dis les choses de manière trop directe, je ne prends jamais de gants et je n’y vais pas par quatre chemins. Je me rends bien compte que cette image me colle à la peau et qu’elle me dessert beaucoup».

Patrice NeuenschwanderCatastrophe annoncée

«Si on revient à l’élection, nous socialistes avons perdu un siège. On en avait trois et il n’y a plus que deux élus. Il est plus difficile de rester à l’exécutif si vous avez deux sièges plutôt que trois. Et si je peux me permettre un jugement un peu général, je dirais que le parti socialiste a déjà reculé au fédéral, il a reculé au communal, c’est indéniable dans l’ensemble du canton. Le parti socialiste doit se positionner plus à gauche, mais vraiment à gauche et reconquérir son électorat de base sinon on va vers une grosse catastrophe pour les cantonales».

Moins de stress

«Maintenant  je vais me consacrer à autre chose et m’occuper de mes deux enfants que je n’ai pas vu grandir pendant quatre ans (Patrice Neuenschwander a une fille de treize ans et un garçon de huit ans, ndlr). Je vais pouvoir profiter d’une meilleure qualité de vie. Moins de stress, plus de disponibilité, plus de plaisir dans mon activité professionnelle à la ville. Je n’ai pas besoin du petit peu de pouvoir du Conseil communal pour me réaliser».

Les copains d’abord

«J’ai passé quatre ans vraiment extraordinaires, j’ai appris plein de choses passionnantes. Ça a été de la formation continue pratiquement quotidienne et j’ai aussi côtoyé plein de gens intéressants, dont les collaborateurs de la commune qui sont des gens assez extraordinaires, notamment dans les travaux publics qui sont dans la rue toute l’année. Ensuite il y a les Conseillers communaux de tout le littoral neuchâtelois qui sont des gens, eux aussi extraordinaires, motivés et compétents. Mais ce que j’aurai de la peine à abandonner, c’est les copains du Conseil communal. Quand vous travaillez au sein d’un collège comme le Conseil communal, vous êtes plus souvent avec vos collègues qu’avec votre épouse. Malgré les différences idéologiques, ils sont devenus de vrais amis».

Bilan mitigé

« Bilan, bilan… qu’est-ce qu’on a fait en quatre ans? Pas grand chose, si, on a quand même rénové cette H10, en tout cas l’infrastructure souterraine… Quand je suis arrivé au Conseil communal je me suis interrogé sur le problème principal de Peseux… les bagnoles! Cette route H10 qui coupe la localité en deux et sur laquelle plus de 20'000 voitures passent chaque jour. C’est autant qu’au Locle! Le tunnel, on continue de le réclamer, mais on sera mort bien avant qu’il soit lancé. Ça aussi, ça me fait mal au cœur. Corcelles est sauvé du trafic, dans deux mois l’essentiel de la circulation va passer sous le village, et ils vont retrouver une qualité de vie incroyable. Pratiquement toutes les communes du littoral ont réussi cette métamorphose… Peseux, on est l’une des dernières communes du canton à se taper ces 20'000 bagnoles tous les jours, qui polluent… c’est une catastrophe!

Qui vivra verra

« Maintenant je suis à l’aise. Ce n’est pas une drogue pour moi, je peux vivre sans la politique. Je ne vais pas aller au Conseil général. Et puis qui sais, d’ici deux ou trois ans mon parti n’a pas trouvé de personnes pour occuper ses sièges vacants, je pourrais envisager de revenir au Conseil général (rires, ndlr), mais pas dans l’immédiat. J’ai vraiment envie de faire un break, mais je reste socialiste et j’imagine que je vais participer aux séances de groupe, mais sans plus. On verra bien ce qu’il se passera».


Pascal Tissier

 



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