Serrières: bisbille autour du plan de quartier de Tivoli » Blog de PasTis

 Serrières: bisbille autour du plan de quartier de Tivoli

21/5/2008

Remettre l’église au milieu… de Tivoli

Neuchâtel-Serrières • Courroucé par les propos tenus par Christine Gaillard concernant le plan de quartier de Tivoli et publiés dans nos colonnes, Jean-Pierre Aubert, propriétaire de la friche industrielle réplique. De son côté Fabien Coquillat, architecte communal adjoint, soupire.

Tivoli - Serrières
Le plan de quartier de Tivoli est ce triangle qui apparaît au centre de cette maquette de Serrières.


«Les gens de l’Association de Quartier Serrières Bouge! (AQSB!) pinaillent sur des détails, ce sont des gens de mauvaise foi». Jean-Pierre Aubert, propriétaire de la friche industrielle laissée par le départ des usines Suchard, n’accepte pas les propos tenus dans nos colonnes par Christine Gaillard, vice-présidente de l’AQSB! dans notre édition du 30 avril dernier.
«Dans cet article, il y a plein de contre-vérités et d’exagérations. Quand Christine Gaillard dit que l’Etat est partenaire dans le dossier, donc juge et partie. Oui, ils ont payé quelques milliers de francs parce qu’ils ont leur bâtiment de Tivoli 5 intégré dans le plan de quartier. Ils ont fait comme au poker, ils ont payé pour voir».

Une enclave dans le plan

Jean-Pierre Aubert sort un plan sur lequel la maison de la famille Gaillard semble être une enclave dans le triangle bien délimité (la maison jaune sur la photo ci-dessus). «En fait, leur maison n’est pas dans le plan de quartier. On l’a sorti pour ne pas avoir à discuter du projet avec eux. Mais quand ils nous ont demandé de pouvoir construire un cabanon en limite de terrain, nous avons été d’accord, on ne leur a pas dit tenez-vous à trois mètres. Quand c’est dans leur intérêt, ça marche toujours. Je les ai même autorisés à mettre un drainage sur mon terrain pour qu’il n’y ait pas d’humidité dans leur construction».

Démarche douteuse

Tout en discutant, Jean-Pierre Aubert ouvre un dossier et en sort quelques feuillets.
«Ils nous prennent en otage. Les Gaillard ont même essayé de nous faire payer un bout de mur derrière leur propriété. Ce n’est pas secret, au contraire. Le moteur initial de leurs démarches, c’est malgré tout, leur intérêt personnel».
Dans un épais échange de correspondance, l’administrateur de la société Tivoli Center (membre de l’AQSB!), sort une lettre et en feuillette les pages. «Derrière leur propriété il y a un talus et là ils ont un muret. Ils prétendaient que la poussée de notre talus a abîmé leur muret. Ce sont eux qui nous ont envoyé des offres pour le refaire – ça coûtait environ 30’000 francs pour le réparer – et ils nous disaient, comme convenu vous en payez la moitié. Nous avons fait faire une expertise par un ingénieur qui a démontré qu’il n’y avait aucune poussée dynamique, le muret était tellement pourri qu’il ne supportait pas le simple poids de la terre».

L’impact des parkings

On a mis à l’enquête, à Tivoli Nord, un parking de 330 places en 2003-2004. Il y a eu immédiatement trois oppositions. Il y avait le groupe qui s’appelait Tivoli Sud, le groupe de Tivoli Est, et l’ATE, l’Association Transport et Environnement. Ils ont réclamé une étude d’impact. Nous l’avons faite pour déterminer la capacité potentielle de parcage dans le site, compte tenu des accès, du bruit, des NOx, etc. Tout a été fait. Résultat: on pouvait faire 716 places de parc sur le site. L’ATE l’a accepté et s’est retirée. Ce qui est marrant, c’est que les gens de Tivoli Est nous ont alors demandé s’il n’était pas possible de réduire la capacité du parking de Tivoli Nord et d’agrandir celui prévu à Tivoli Sud. Dans le même temps, les gens du Tivoli Sud, dont les époux Gaillard, proposaient d’agrandir le parking Nord pour éviter des problèmes de circulation dans leur quartier. Que les gens aillent se parquer en haut, pas chez nous».

Négociations houleuses

«Suite à ça, la Ville a proposé de négocier une convention pour régler le problème d’opposition. Les autorités ont donc négocié avec les opposants et après dix mois de discussions et plusieurs moutures de cette convention, les associations ont finalement refusé de la signer sous prétexte qu’il y aurait trop de voitures. Et le cinéma a recommencé avec la mise à l’enquête du plan de quartier de Tivoli Sud. Ils ont fait opposition en hiver 2006. Et qui représentait l’association de quartier à la séance de conciliation? Madame et Monsieur Gaillard seuls! Ce qu’ils auraient aimé eux, c’est d’être associés à tout, à discuter de l’architecture et même du schéma des transports en commun».
«Monsieur Coquillat (l’architecte cantonal adjoint, ndlr) a proposé d’obtenir le retrait des oppositions en négociant une convention. J’ai refusé cette idée en lui rappelant que la ville avait déjà épuisé cette option avec le parking de Tivoli Nord. Mais l’architecte cantonal a cédé, convaincu qu’une négociation de convention ne prendrait pas plus de temps qu’un procédé juridique pour lever les oppositions. C’était avant Pâques 2006. Et puis en octobre ou en novembre, la Ville constatait qu’à la quatorzième variante de la convention, le dialogue n’était plus possible».

Un retard sérieux

Fabien Coquillat n’a pas très envie de s’exprimer: «Je ne voudrais pas mettre de l’huile sur le feu ou créer des tensions avec l’association de quartier. Je ne veux pas non plus focaliser sur Christine Gaillard, qui n’est peut-être pas toute rose, si je puis dire… Mais je ne peux pas la peindre comme quelqu’un qui défend que ses intérêts privés. C’est une écologiste convaincue, qui assume ses idées et qui va jusqu’au bout. C’est une position, certainement très extrémiste que ne défendent, sans doute pas, tous les habitants du quartier et pas tous les membres de l’AQSB!».
L’architecte cantonal adjoint reconnaît cependant que la métamorphose de la friche industrielle de Serrières est menacée: «Le projet a énormément de retard, c’est un fait, et il est vrai que la position de l’AQSB! nous bloque. A notre sens, le plan de quartier donne tous les outils de contrôle nécessaires pour que ce ne soit pas une invasion de voitures, pour que les habitants aient les moyens de réagir et de s’impliquer dans la suite du projet. Mais voilà, l’association de quartier veut aller jusqu’au bout des possibilités juridiques et c’est vrai que ça risque de faire capoter des projets concrets».

Le bout du tunnel?

Pour Fabien Coquillat il est évident que l’intransigeance de l’association de quartier freine le développement du projet: «On a rédigé ensemble, jusqu’à début 2007, quatorze versions d’une convention, en faisant chaque fois un pas en avant et deux pas en arrière. On n’a jamais réussi à se mettre d’accord parce qu’à la fin il aurait fallu que toutes les mesures liées aux aménagements de l’espace public, à l’assainissement du bruit routier, soient prises alors que l’instrument de base qu’est le plan de quartier n’est pas approuvé. Et c’est vrai que c’est essentiellement les époux Gaillard que j’ai vu dans les différentes séances que l’on a eus».
«Le Conseil communal a levé les oppositions et actuellement on est en procédure de recours. L’Etat nous a annoncé qu’il y aura certainement une contre-expertise par un expert neutre, sans que ce soit encore officiel. Ça va donc prendre encore un certain temps avant que le Conseil d’état ne statue sur le recours de l’association de quartier. Ensuite, pour autant que la décision du Conseil d’état soit favorable au plan de quartier, il pourrait encore y avoir des recours au tribunal administratif et au tribunal fédéral. C’est sûr, on n’est pas au bout de nos peines».


Pascal Tissier

 


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