Montagnes: Raymond L'Eplattenier chauffeur et écrivain » Blog de PasTis

 Montagnes: Raymond L'Eplattenier chauffeur et écrivain

19/12/2007

«Gurken» a fait de sa vie un roman

La Chaux-de-Fonds • Chauffeur de trolley le jour, romancier la nuit, Raymond L’Eplattenier a trouvé dans l’écriture le moyen de vaincre les tourments qui envenimaient son existence. Dans son roman « Le tueur aux cornichons », il dépeint les méfaits d’un serial killer qui sévit dans les rues de La Chaux-de-Fonds.

Raymond L'Eplattenier
Raymond L’Eplattenier a publié son premier roman à compte d’auteur. Mais le
chauffeur de bus des TRN ne désespère pas de trouver un éditeur pour ses prochains romans.


Parmi les dizaines d’emails reçus à la rédaction, il y en a qui, on ne sait pas trop pourquoi, sortent du lot, attirent l’œil… comme celui-ci :
« Je viens de publier un roman de style policier dont l’action se déroule dans les rues de La Chaux-de-Fonds. Cette histoire quelque peu inspirée de mon enfance s’intitule « Le tueur aux cornichons ». Elle raconte comment un homme, victime durant son enfance de la cruauté de ses camarades, tant de classes que de ceux de l’armée, finit par partir à l’aventure en Afrique. Mais, un jour, il revient dans sa ville natale et se met à abattre froidement ses anciens tourmenteurs ».
Et puis, il y a ces quelques mots : « Je me nomme Raymond L’Eplattenier et j’exerce la profession de conducteur de bus aux TRN. C’est à la suite d’une dépression que je me suis mis à écrire… »
Un doux rêveur ? Un farfelu ? Le seul moyen d’en savoir plus imposait une rencontre.

«Si je veux être enfin délivré de ces cauchemars,
il faut en faire disparaître la cause».


Né à La Chaux-de-Fonds dans le milieu des années 50, Raymond L’Eplattenier est le cadet d’une famille de trois enfants. Introverti, potelé, le môme ne brille pas sur les bancs de l’école. Tourneur de boîte or pendant une dizaine d’années chez Cristalor, le jeune homme fonde sa propre famille. En 1985, avec sa femme et sa fille, il quitte les Montagnes et l’horlogerie pour un poste de chauffeur de bus à Lausanne. Sept ans plus tard, avec un enfant de plus, il revient s’installer dans sa ville natale et intègre l’équipe de chauffeurs des TRN… Résumé ainsi, le parcours de Raymond L’Eplattenier n’a rien d’exceptionnel, certes. Mais aujourd’hui il y a son livre, « Le tueur aux cornichons », un roman policier truffé d’indices, de lieux, de souvenirs et de souffrances qui n’ont rien d’imaginaire. Une histoire qui a permis à son auteur de panser des plaies profondes et de se découvrir une passion pour l’écriture.

«Jusqu’à présent je n’ai fait que tuer ceux qui m’ont fait souffrir dans ma chair, maintenant, ça va être le tour de ceux qui se sont rendus coupables par leur silence».

Le tueur aux cornichons« J’ai écrit ce livre entre 2003 et 2004, mais l’aventure éditoriale a commencé en 1999, suite à une violente dépression. Rongé depuis plusieurs années par des problèmes familiaux, j’ai pété les plombs. Je me suis réveillé un matin complètement lessivé, incapable de me lever. J’ai dit à ma femme « je ne veux plus rien manger, laisse-moi crever. Je n’en peux plus ! » ».
Pris en charge par une psychiatre, l’homme ne parvient pas à exprimer ses tourments : « J’étais complètement bloqué, je ne pouvais rien dire. La psy m’a alors suggéré de lui écrire ce qui me passait par la tête. C’est comme ça que j’ai commencé à coucher sur le papier tout ce qui n’allait pas, tout ce qui ne me plaisait pas. Suite à ça, la psy m’a envoyé auprès d’une ergothérapeute qui a approfondi la démarche en me demandant de résumer des livres, de rédiger des  histoires. Je me suis pris au jeu et depuis, je n’ai plus jamais arrêté d’écrire ». 

«Je croyais ma vengeance juste, je voulais nettoyer ma vie de tous ceux qui me l’avaient pourrie».

Dans les mois qui ont précédé cette dépression, Raymond L’Eplattenier ne supporte plus que sa fille aînée soit le souffre-douleur de sa classe et même du quartier des Arêtes : « Née prématurément, elle a très mal démarré dans la vie cette petite. A l’école, elle a toujours eu du mal à suivre ce qui a fait d’elle la cible idéale de la méchanceté des autres, des moqueries surtout. Le téléphone sonnait même la nuit, « on est bien chez la débile ? ». La situation devenait insupportable, mon visage se couvrait de psoriasis, mon monde s’arrêtait à elle. J’avais l’impression que l’histoire se répétait, comme dans mon enfance ».
Et Raymond L’Eplattenier de se remémorer un souvenir de ses quinze ans : « Quand ma mère est décédée, j’ai été placé deux ans en institution, au Foyer Sandoz du Locle, et c’est là que l’on m’a baptisé Gurken (concombres) en me jetant des cornichons à la figure ».

«Il est mort, Cornichon. Je l’ai tué un jour de déprime. Mais aujourd’hui il est revenu pour demander des comptes».

Après trois mois d’arrêt de travail et de thérapie, la vie reprend son cours et le chauffeur retrouve son volant. Dans l’intervalle, Raymond L’Eplattenier s’est procuré un vieil ordinateur sur lequel il passe l’essentiel de son temps libre. Au gré de son inspiration, il écrit des poèmes ou des nouvelles qu’il envoie à des revues associatives. C’est ainsi que certains de ses textes sont publiés « Le Scribe » (trait d’union des arts et des lettres), à Moudon. C’est dans le cadre de « Lecture et Compagnie », une association qui va faire la lecture à des personnes âgées, que Raymond L’Eplattenier rencontre René Neuenschwander, alias René Déran, écrivain et critique d’art. L’ancien journaliste de « L’Impartial » va corriger ses textes, lui apprendre à les structurer : « Vous êtes chauffeur de bus alors quand vous écrivez, il faut faire une « tram » ». Et c’est ainsi que va naître « Le tueur aux cornichons », sorte de compilation de tous les tourments qui ont jalonné la vie de l’auteur, subtilement déguisée en roman policier.

«Je ne tue pas pour m’amuser, mais pour me venger». Et c’est signé: Le tueur aux cornichons.

« C’est une histoire que j’ai portée longtemps en moi », révèle Raymond L’Eplattenier. « Ça m’a permis d’exorciser mon passé, d’extérioriser toutes les douleurs que j’avais accumulées. De me venger, à ma manière, du mal que l’on m’a fait ».
Actuellement le chauffeur de bus travaille sur plusieurs récits, dont l’un s’inspire des problèmes qu’il a rencontrés avec sa fille aînée : « Ce roman relate l’histoire d’un père qui, pour défendre sa gamine, frappe un garçon qui se moquait d’elle. Croyant l’avoir tué, il prend la fuite avec sa fille et entame une longue errance à travers la France ».
Il a encore d’autres projets, où il est question d’un aveugle qui s’éprend d’une toxicomane : « Là, dit-il, il y a encore beaucoup de travail, car j’ai remarqué que c’était un vrai torrent de larmes qui tourne au mélodrame ».
Et puis il a « Le siècle », un récit qui démarre le 11 novembre 1918, à la fin de la Première Guerre mondiale, et qui s’achève à La Sagne, le 11 septembre 2001, « dans le home où mon père a passé les deux dernières années de sa vie », ajoute l’auteur.
Si Raymond L’Eplattenier n’a pas l’ambition de devenir célèbre, ça ne l’empêche pas d’espérer pouvoir vivre en partie de ses écrits : « Mon rêve, c’est de pouvoir un peu lever le pied, de réduire un peu mon temps de travail pour pouvoir me consacrer davantage à l’écriture. Mais ce n’est sûrement pas pour demain ».


Pascal Tissier

Le livre « Le tueur aux cornichons » est disponible dans les librairies Payot du canton, ainsi qu’à la librairie La Méridienne, à La Chaux-de-Fonds.

Cornichons


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