Canton: les jet-skis dans le creux de la vague » Blog de PasTis

 Canton: les jet-skis dans le creux de la vague

13/2/2008

Verra-t-on bientôt des jet-skis envahir le lac de Neuchâtel ?

Canton • A la demande du Conseil fédéral, l’Office fédéral des transports a modifié l’ordonnance sur la navigation intérieure. Cette révision – qui devrait permettre l’immatriculation et l’utilisation des jet-skis, jusque-là interdits en Suisse – est soumise aux cantons qui ont jusqu’au 7 mars pour se prononcer. Qu’en pensent les autorités et les professionnels liés à la gestion, à la navigation et à l’exploitation du lac de Neuchâtel et des autres plans d’eau du canton ?

Jet Ski
Des courses se disputent déjà – exceptionnellement – en Suisse, comme ici
lors de la « Gruyère Jet-Ski Race », sur la presqu’île de Morlon, au bord
du Lac de la Gruyère, près de Bulle, avec des jet-skis « à bras » (ou « stand-up »),
sur lesquels les pilotes sont debout.                                        Photo: Albin Tissier

 

Publié fin janvier, le projet de modification de l’Ordonnance relative à la navigation intérieure (ONI), a déjà provoqué bien des remous et n’a pas fini de faire des vagues ! Dans ce document établi – à la demande du gouvernement – par l’Office fédéral des transports (OFT), les « véhicules nautiques à moteur » (scooters aquatiques, jet-bikes ou personnal watercraft) seront considérés comme des bateaux de sport et non plus de plaisance.
A travers cette révision, le Conseil fédéral souhaite appliquer « le principe du Cassis de Dijon », qui permet à un produit homologué dans l’Union européenne de circuler aussi librement en Suisse.
Cette subtile adaptation de la loi supprime le lien qui existe entre la puissance admissible et la grandeur ou le poids de l’engin. Les cantons ont maintenant jusqu’au 7 mars pour se prononcer sur ces modifications de la loi. Si le projet est accepté tel qu’il a été rédigé par l’OFT, les autorités cantonales seraient amenées à devoir immatriculer les jet-skis et à légiférer sur leur utilisation sur le lac de Neuchâtel et les autres plans d’eau du canton.

L’avis d’un navigateur

Même s’il ne prend pas vraiment position pour ou contre les jet-skis, Philippe Marc-Martin, vice-président du Cercle de la voile de Neuchâtel, admet « que c’est surtout la réaction des riverains qui habitent au bord du lac, plus que la cohabitation avec les bateaux, qui va poser un problème. Ces engins font passablement de bruit et comme il sont généralement équipés d’un moteur deux temps avec de l’huile, ils sont plutôt polluants. De plus, quand on les sort de l’eau, il faut encore rincer les arrivées d’eau du moteur et cette opération est très bruyante ».
Le moniteur de l’école de voile et bateau Bosco, au nid-du-Crô, précise que les jet-skis seront soumis à des contrôles stricts du bruit : « Comme les bateaux ces engins devront respecter des normes sonores mesurées avec un appareil spécifique placé à vingt-cinq mètres de distance, mais à mon avis, si la loi est acceptée elle ne donnera accès qu’à une certaine catégorie de jet-skis ».

La position du SCAN

François Beljean a un avis plus tranché : « je trouve anormal que l’on homologue des jet-skis, et que dans une autre législation on s’empresse de les interdire. En clair, avec ces engins on va au-devant des mêmes problèmes que l’on rencontre avec les motoneiges ou les quads. On veut les commercialiser, les homologuer, ce qui veut dire que l’on doit les immatriculer, on n’aura pas le choix, et qu’ensuite il faudra en interdire l’usage et mettre la police aux trousses de ceux qui seront en infraction avec les règles qui ont été fixées ».
Puis le Chef du Service des automobiles et de la navigation (SCAN), s’exprime au nom de son service : « On est contre cette politique d’autorisation du jet-ski, sauf dans le cadre du sauvetage, puisque cet engin affiche d’excellentes performances pour des interventions de secours. Mais généraliser l’usage du jet-ski va à l’encontre du bon sens. Actuellement le jet-ski est interdit parce que, techniquement, un bateau doit avoir un franc-bord (distance verticale entre la ligne de flottaison et le pont principal, ndrl) et que le scooter des mers n’en a pas. C’est pour cette raison que l’Office fédéral des transports a dû modifier le statut des jet-skis afin qu’ils puissent être immatriculés. Après viendra l’ordonnance d’application technique qui limitera la puissance ou la vitesse de ces engins ».

 

Jet Ski
Le jet « à selle », d’un gabarit supérieur au jet « à bras », est muni d’une assise,
d’où sa dénomination. Le pilote est installé sur son engin un peu comme sur
une moto de route.                                                          Photo: Albin Tissier

 

La sécurité est en cause

Dans son exposé, François Beljean évoque également les obstacles propres à la navigation sur le lac : « si en mer la cohabitation avec les autres bateaux et les baigneurs n’est pas un souci, ici sur nos rives cette cohabitation va être la source de bien des problèmes, en particulier au niveau de la sécurité, qui est un élément primordial pour nous, sans parler des nuisances sonores que ces jet-skis vont causer aux riverains. Et quoiqu’il en soit, puissance limitée ou pas, il n’en demeure pas moins que ça sera un engin de plus sur le lac à perturber la sécurité et la répartition du plan d’eau ».
« Je dois donner mon avis au Conseil d’état d’ici à la fin du mois », précise le chef du SCAN. « Ce que je vous ai dit précédemment est bien entendu le point de vue du Service des autos, mais je ne sais pas quelle sera la position du Conseil d’état. Si la Confédération décide d’homologuer ces véhicules, on aura l’obligation de les immatriculer. Ensuite seulement il s’agira de légiférer pour définir sur quel plan d’eau ces engins pourront être utilisés. Si on ne prenait pas de mesures restrictives au niveau cantonal, non seulement le lac de Neuchâtel serait ouvert aux jet-skis, mais aussi le Doubs ou le lac des Brenets. A mon avis, c’est tellement illogique d’immatriculer ces jet-skis que ça ne peut amener que des réactions négatives. Je ne suis pas l’ayatollah de l’écologie, ce n’est pas ma mission et ce n’est pas le style de la maison, dans la mesure où l’on travaille avec des véhicules. Mais du point de vue sécurité, ces jet-skis sont une aberration ».

Coup de gueule d’un pêcheur

Pêcheur professionnel à Auvernier, Olivier Junod s’emporte dès qu’il entend le terme de jet-ski : « C’est de la connerie ! Maintenant qu’on essaie de protéger l’environnement, de lutter contre la pollution et de réduire les nuisances sonores, il n’est pas possible de voir arriver ces machines sur le lac ! Quoiqu’il en soit, toutes les corporations de pêcheurs professionnels sont totalement opposées au jet-ski. Ils vont aussi passer sur nos filets ! On a déjà énormément d’ennuis avec les pêcheurs amateurs et les gens qui se promènent sur le lac sans connaître les règles ou la loi, alors encore des jet-skis par-dessus le marché, ça ne va pas aller. J’ai de la peine à croire que la Confédération puisse revenir en arrière pour légaliser ces engins. Ça va perturber la faune, ça fait un bruit du diable, ça pollue ! Non franchement, ce n’est pas une bonne idée ! On a déjà des problèmes avec les bouées des baigneurs autour des plages, que Neuchâtel devrait enlever durant l’hiver, ou avec les zones de ski nautique qu’elles soient légales ou hors-la-loi, comme celle de Robinson, par exemple, alors des jet-skis en plus, ça va hurler ! »

L’opinion du Conseiller d’état

Lorsqu’on demande à Fernand Cuche ce qu’il pense d’une éventuelle arrivée du jet-ski sur le lac, d’une voix posée, le Conseiller d’état répond : « Je pense tout d’abord que ce n’est pas une priorité pour la mobilité, on est dans le secteur du loisir. Si j’ai bien compris le jet-ski s’apparente à la motoneige. La législation interdit la motoneige sauf pour les gens qui en ont besoin professionnellement. Je pense que dans des situations de fermes isolées, de refuges ou de métairies, on peut le comprendre. Mais je ne vois pas l’utilité individuelle du jet-ski. Alors compte tenu d’un lac qui est déjà très fréquenté lorsqu’il fait beau, compte tenu aussi du fait que l’Office du tourisme neuchâtelois déclare ne pas être favorable aux sports motorisés, ce que je trouve très bien, pour ces différentes considérations et ma vision d’un lac calme, le jet-ski aurait cette capacité de nuisance à irriter tout le monde. Si nous devions être saisis d’une demande d’homologation et d’utilisation, je m’y opposerais pour toutes les raisons que je viens d’évoquer. Dans la mesure aussi que la législation fédérale, à ma connaissance, ne peut pas contraindre une autorité cantonale à donner la liberté d’utiliser ce genre d’engin. Et puis, du point de vue de la santé, non seulement ça fait du bruit, mais ces véhicules vont relativement vite, ils impliquent donc des risques d’accidents supplémentaires. Non, franchement, je ne vois pas d’arguments positifs à autoriser le jet-ski sur les plans d’eau du canton ».

On sera très restrictif !

« Ça devient un débat de société », poursuit le chef du département de la gestion du territoire. « J’imagine que les pêcheurs amateurs qui sont sur l’Areuse, ou ceux qui sont sur le Doubs, ne vont pas apprécier de voir ces bolides arriver. J’imagine que les gens qui font du canoë sur ces cours d’eau ou qui se promènent au bord de ces rivières ne vont pas accepter la présence de ces engins.
Il y a des pesées d’intérêts à faire et je crois que l’intérêt général veut que, compte tenu des nuisances sonores, compte tenu du risque d’accidents et de la taille restreinte du territoire, la tendance donne la priorité aux moyens qui sont le plus utilisés. J’y vois une nuisance supplémentaire. S’il n’est pas possible d’interdire les jet-skis et que l’on devait légiférer, on serait, je le dis et le répète, extrêmement restrictif.


Pascal Tissier

 


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