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 La Tène: paroles d'opposant

13/2/2008

Laurent Suter, le dentiste qui a une dent contre la fusion

La Tène • Conseiller général à Thielle-Wavre, Laurent Suter est « officiellement » le seul opposant déclaré de la fusion entre sa commune et Marin-Epagnier. Soupçonné d’avoir sprayé des panneaux favorables à cette union, le dentiste « dissident » regrette que seule la propagande favorable à ce qu’il considère comme une « fusionnette » soit reprise par les médias locaux, sans éclairer les moyens utilisés pour la « vendre », et sans soulever les problèmes qu’elle pourrait entrainée.

Laurent Suter
Conseiller général à Thielle-Wavre, le dentiste Laurent Suter tient à faire connaître
la face cachée de la fusion de sa commune avec Marin-Epagnier.             Photo pti

 

Dans dix jours, le corps électoral de Marin-Epagnier et de Thielle-Wavre doit se prononcer sur la fusion des deux communes qui, si elle est acceptée, donnera naissance à la commune de La Tène, dès le 1er janvier 2009. Ici, pas de comité d’opposants, pas de campagne d’affichage agressive, ni de débats dans les médias. La cause semble entendue.
Considéré comme l’unique opposant à cette fusion, Laurent Suter, Conseiller général à Thielle-Wavre, dénonce la propagande publiée par les autorités et insiste sur fait qu’il n’est pas réellement opposé aux fusions, en général : « j’étais le premier signataire d’une motion qui était favorable à « un canton, six communes », qui recommandait la fusion des communes par district. Il y a des gens qui nous ont soutenu au Grand conseil, notamment les radicaux qui ont voté pour cette motion, même s’ils préféraient la variante six communes et deux villes à part, avec La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. L’idée c’était de faire un peu comme le Val-de-Travers ou comme Glaris. Aujourd’hui Glaris c’est trois grandes communes. On a besoin dans ce canton de se restructurer, je crois que tout le monde est d’accord. On est à la traîne. On mise sur des « fusionnettes ». Regardez ce que ça a donné pour Peseux et Corcelles-Cormondrèche. On a peur de vexer les gens. Cette union entre Marin-Epagnier et Thielle-Wavre, c’est aussi une fusionnette ! Un mariage comme chez les mantes religieuses, avec la grosse qui bouffe la petite  L’avenir c’est les fusions à grande échelle ! »

Les patinoires du Littoral délaissées

Pour le dentiste de Thielle-Wavre, cette fusion traîne aussi quelques casseroles : « J’ai participé à des syndicats intercommunaux, comme le syndicats des patinoires du Littoral. Marin ne fait pas partie de ce syndicat, mais Thielle-Wavre y est depuis le début. On veut fusionner et qu’est-ce qu’on fait, on se retire du syndicat. Il y a peu de gens qui le savent, mais on se retire de ce syndicat. Le fait que la future commune de La Tène ne fasse pas partie du syndicat des patinoires du Littoral est un mauvais signe. Ça coûte 10 à 15'000 francs à la commune de Thielle-Wavre en fonction des résultats de la patinoire. Si Marin veut intégrer ce syndicat, étant donné que c’est au prorata du nombre d’habitants, la commune de La Tène devrait payer environ 100'000 francs. Et voilà que la première mesure concrète de la fusion c’est de se retirer de ce syndicat, tout ça pour économiser environ 100'000 francs ».

Pas de concertation entre les communes

Pour Laurent Suter, les fusionnettes n’apporte aucune solution valable au niveau de l’aménagement du territoire : « Finalement ces syndicats intercommunaux sont un peu boiteux. On a des lois cantonales et des lois communales, mais on n’a pas de lois intercommunales. Il faudrait faire comme dans le canton de Glaris. Bon, eux ils ont une Landsgemeide, c’est vite fait, on ne peut quand même pas faire une Landsgemeide au stade de la Maladière, mais pourquoi pas. On présente ça au peuple et s’il est d’accord on fait un canton, six communes. Au niveau de l’aménagement du territoire, ça éviterait notamment de voir des zones industrielles se développer dans chaque commune, comme c’est le cas aujourd’hui, sans aucune cohérence. Aujourd’hui par exemple, il est prévu de construire – sur la zone industrielle de Cornaux – une centrale à gaz à quelques centaines de mètres de la zone d’habitation de Thielle-Wavre. C’est bien la preuve qu’il y a des incohérences dans l’aménagement du territoire. C’est le système qui veut ça. Il n’y a actuellement aucune concertation entre les communes. Et puis cette fusionnette entre Marin et Thielle-Wavre ça vise surtout des buts immobiliers ».

Une partie de Monopoly

Dans son analyse, Laurent Suter tient à faire part de son agacement face à certaines cachotteries des autorités de Thielle-Wavre : « Il y a autre chose que l’on a pas mis dans les plans de la fusion, c’est que la commune de Thielle-Wavre met en vente plus de 20'000 mètres carrés de terrain à bâtir au bord de la Thielle, à 200 francs le mètre carré, juste en face du château de Thielle. Je me suis toujours opposé à ce que l’on vende ce terrain trop vite. Il valait mieux attendre le résultat de la fusion. Parce que maintenant si l’on vend ces parcelles, ça va passer dans le pot commun de La Tène. On dit aux habitants « adhérez à la commune de La Tène », « votez oui » en leur faisant miroiter – c’est ça l’argument de vente – un coefficient fiscal de 52 points alors qu’il est aujourd’hui à 74 points. C’est un prix d’appel ! J’estime que le contribuable est en droit de savoir : « et si la fusion ne se fait pas ? », il sera à combien ? Ça c’est de l’information ! Le canton va injecter deux millions dans la fusion, mais d’où vient cet argent ? Un million est prélevé au Fond d’aide aux communes nécessiteuses. Ce fond est destiné aux communes qui ont des problèmes de budget, mais ce n’est pas pour financer des fusions. Quand le Canton vous donne deux millions et que l’on calcule un budget avec cette somme pour faire baisser le coefficient, c’est de la malhonnêteté. Moi je vous dit que si on tient compte des quatre millions de la vente des terrains, on pourrait avoir un coefficient beaucoup plus bas que maintenant ».

Une cité dortoir

« Les autorités ne veulent pas que l’on sache qu’ils sont en train de vendre », révèle Laurent Suter. « Si les habitants de Thielle-Wavre apprennent que l’on vend le terrain communal au bord de la Thielle et que ça risque de profiter à La Tène, ils ne seront pas d’accord. Si par contre ils étaient informés que la vente de ces mêmes terrains pouvait leur être utile à eux, pour baisser le coefficient et payer la dette de la commune, là ils ne seraient peut-être plus d’accord de fusionner. Et puis il y d’autres terrains à bâtir sur la commune de Thielle-Wavre ou sur le plateau de Wavre. On nous dit que l’urbanisation se développera tranquillement, mais il y a déjà des projets prêts à sortir des tiroirs. Beaucoup d’habitants de Thielle-Wavre craignent que l’on devienne une cité dortoir, comme à la Tène, à Marin-Epagnier. Là, il y a eu une première partie d’urbanisation au Champ-des-Piécettes, avec un lotissement de villas toutes différentes, et puis juste à côté ils ont construit une série de cages à lapins, des maisons individuelles toutes collées les unes aux autres, et bien les gens de Thielle-Wavre ne veulent pas ça ».

Des travaux payés à double

« Et puis le PGEE, le plan général de l’évacuation des eaux, ça aussi c’est un scandale », dénonce Laurent Suter. « Pourquoi à Thielle-Wavre il a coûté deux fois plus cher que prévu ? Parce qu’un promoteur immobilier a construit plus d’une vingtaine de villas individuelles en trompant les autorités. Sur les plans il y avait bien les deux conduites d’évacuation des eaux sales et des eaux claires. Mais quand on a ouvert la route avec un trax pour faire les connexions avec ces tuyaux on s’est aperçu que ces maisons n’avaient qu’une conduite d’évacuation. Du coup la commune a dû payer tous ces travaux de connexion et réouvrir les terrains des particuliers pour y installer les deux conduites. Les propriétaires ont dû verser jusqu’à 4'000 francs, mais pour chaque habitation ça a coûté entre 15 et 20'000 francs. Du coup on a enregistré plusieurs centaines de milliers de francs de déficits supplémentaires. Le comble, c’est que sur décision du Conseil communal, le promoteur indélicat n’a pas été poursuivi ».

La TèneLa presse trop discrète

« Je ne suis pas le seul opposant, mais les gens ont peur de s’exprimer. Je connais un ancien Président de commune qui est contre cette fusion, mais il ne s’est jamais exprimé. Les opposants ont peur d’être mal vus. Je ne pense pas que je puisse avoir raison tout seul face à une soixantaine de personnes qui font de la politique et qui sont contre moi, Conseils communaux et généraux de Marin et Thielle-Wavre réunis. Là au milieu je suis le mouton noir, enfin orange puisque je suis PDC. Je ne pense pas avoir raison sur toute la ligne, mais il y a des informations qui ne figurent pas dans les documents distribués à la population. et qui doivent être connues ».
Laurent Suter regrette l’attitude des médias régionaux qui n’ont pas vraiment joué leur rôle : « La seule fois où j’ai été contacté par des journalistes, c’est lorsque les panneaux favorables à la fusion des communes de Marin-Epagnier et de Thielle-Wavre ont été barbouillés. Mais personne ne s’est dérangé pour m’entendre. Ça c’est fait par téléphone et on ne m’a posé que des questions sur la forme, pour savoir si c’était moi qui avait sprayé les panneaux, mais aucun journaliste ne m’a parlé des terrains à vendre au bord de la Thielle. Je le regrette, mais il y a une espèce d’omerta autour de cette fusion. Les médias régionaux n’ont pas rempli leur devoir d’information auprès de la population. Et ce que je ne tolère pas c’est que l’on trompe les gens, qu’on ne leur dise pas la vérité ».


Pascal Tissier


Category : ARTICLES PRESSE Print

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