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 La pêche du lac est vendue en Suisse alémanique

9/4/2008

Les poissons du lac parle l’allemand

Une toute petite partie du poisson prélevé dans le lac par les pêcheurs professionnels est vendue à des clients qui se rendent directement dans les pêcheries. Le reste est-il réservé aux restaurants de la région ? Non ! La majorité du poisson est collectée par les camions de grossistes alémaniques qui font la tournée des pêcheurs.  

Didier Magnin - pêcheur professionnel
Didier Magnin est le seul pêcheur professionnel du canton à vendre son poisson
frais, tous les samedis, au marché de Neuchâtel.                                Photo pti

 

En attendant de pouvoir installer sa propre pêcherie sur les rives de Cortaillod, Olivier Junod occupe une partie des locaux de son père, Denis Junod, à Auvernier. Ce jeune pêcheur professionnel est l’interlocuteur idéal lorsqu’il s’agit de parler du lac, de sa faune ou de la pêche. Et lorsqu’on lui demande ce que devient le poisson pêché sur le Littoral, il suffit de le laisser parler et de prendre des notes : « Bon en ce moment, il n’y a pas grand chose à écouler, il n’y a rien à part du brochet. La palée il n’y en a presque pas, la perche encore moins, dans mon secteur en tout cas. Quant au brochet, comme on ne parvient pas à le vendre dans le coin, ça part chez des marchands sur Fribourg, Morat, Bienne ou en Argovie. Ici, ce n’est même pas dix pour-cent de ma pêche que je peux écouler ».
Dans son discours, Olivier Junod met en cause certaines dérives alimentaires : « Les Romands ont de la peine à manger du poisson, ils ne veulent que de la perche. Ils ne comprennent pas que quand il n’y en a pas, on n’en a pas ! On ne peut pas les fabriquer, les perches il n’y en a pas toute l’année. De nos jours les gens sont tellement habitués à trouver certains fruits et légumes toute l’année, sans tenir compte des saisons, qu’ils croient que c’est la même chose pour tout. Mais nous on travaille avec la nature, au gré des saisons, du climat, avec ce que le lac veut bien nous donner. Et en ce moment, il ne nous donne rien, ou presque. On ne va quand même vendre du poisson qui vient d’ailleurs juste pour faire plaisir aux gens ? »

La saison de la perche

Pour expliquer la rareté du poisson, le pêcheur d’Auvernier décrit l’écosystème qui anime le lac tous les printemps : « C’est la mauvaise période en ce moment, avec le vent et la bise, on n’est pas gâté cette année. Le mois de mai ne sera guère mieux et en juin ce sera pire. C’est ce que l’on appelle le trou du mois de juin.
Le phytoplancton, qui est un plancton végétal, se développe fortement du mois de mars à début juin. Ensuite c’est au tour du plancton animal d’apparaître. Le zooplancton se nourrit du végétal et se développe très vite jusqu’au moment où il n’y aura plus assez d’organismes végétaux pour le nourrir. C’est ça le trou du mois de juin. L’eau devient toute claire alors qu’au mois de mai elle est trouble à cause des végétaux. Pendant toute cette période le poisson se fait rare et réapparaît seulement à partir de la fin du mois de juin, jusqu’en septembre pour la palée et jusqu’à fin novembre pour les perches ».
Et voilà pourquoi la saison de la perche du lac de Neuchâtel s’étale essentiellement entre fin juillet et fin novembre.

Du lac au marché

Didier Magnin - pêcheur professionnelInstallé depuis bientôt dix ans à Hauterive, Didier Magnin, vend volontiers du poisson aux particuliers qui viennent le voir dans sa pêcherie ou à quelques restaurants. Depuis deux ans, il écoule aussi sa marchandise sur le stand qu’il dresse tous les samedi au marché de Neuchâtel : « mais comme la plupart des pêcheurs du Littoral, on est quatorze, si je ne me trompe pas, la plus grosse partie de la pêche part en Suisse alémanique, notamment en Argovie. Personnellement, je préfèrerais écouler mon poisson uniquement par la vente directe aux particuliers, le rendement est tout de même plus intéressant que de devoir le vendre en gros à des comestibles ».
Samedi dernier, bien avant midi, au bout de la place du Coq-d’Inde, le stand de Didier Magnin était vide. Seuls deux petits filets fumés semblaient avoir été oubliés au fond de la vitrine réfrigérée : « Aujourd’hui ça a bien marché. Sur ce stand je vends environ un quart de ma production. En ce moment je pêche surtout du brochet. Pour le marché j’en ai préparé plusieurs kilos en émincé. C’est beaucoup de travail, mais les clients l’apprécient parce qu’il n’y a pas d’arrêtes. Si j’avais proposé mes brochets entiers, ils seraient certainement restés. Actuellement, les clients préfèrent acheter des filets et il devient très difficile de vendre du poisson avec des arrêtes ».


Pascal Tissier


Site des pêcheurs professionnels : www.asrpp.ch

 


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