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 Saint-Blaise: Un ministre au service du Castel

16/1/2008

Un «ministre» malgache au service
des pensionnaires du home Le Castel


Saint-Blaise • Voilà sept mois qu’Abel arpente les couloirs du home Le Castel. L’homme ne porte pas la blouse blanche de soignant : dans son bleu de travail, il s’occupe des petites réparations et de tout ce qui touche à la peinture, à la menuiserie, au carrelage ou à la maçonnerie dans l’institution. Les talents de ce requérant d’asile force l’admiration de Bernard Uebelhart, le directeur du Castel: «Je suis heureux d’avoir engagé Abel. Ce garçon a une conscience professionnelle rare et des mains en or. Qui pourrait deviner que derrière ce modèle de modestie se cache un ancien ministre malgache?» 

Fleuri Abel Belazaina
Fleuri Abel Belazaina

Lorsqu’il parle de son employé du service technique, Bernard Uebelhart est élogieux: «C’est lors de travaux dans les chambres destinées à notre personnel que j’ai découvert Abel. J’ai été bluffé par la qualité de son travail. C’est par l’intermédiaire d’une agence de placement intérimaire qu’Abel travaillait dans l’entreprise que j’avais mandaté. Dès que son contrat est arrivé à son terme, j’ai pris contact avec lui, il est venu se présenter et je l’ai immédiatement engagé. Et je vous assure que je ne le regrette pas».
Pour illustrer ses propos le directeur du Castel nous montre la terrasse qui s’étend derrière les fenêtres de son bureau: «Un entrepreneur en admiration devant cette terrasse m’a demandé quelle entreprise avait réalisée un travail aussi soigné. Je ne vous cache pas qu’il a eu du mal à croire que ces travaux avaient été entièrement effectués par un seul homme. C’est pourtant la vérité. Abel a pris des mesures et le soir, chez lui, il a dessiné le projet, à la dalle près et en tenant compte de l’évacuation de l’eau et d’autres paramètres techniques. Et c’est encore lui qui s’est occupé de toute la construction. Et dire que ce gars à été ministre dans son pays!»
Gêné par les compliments de son patron, Abel relativise: «Monsieur Uebelhart dit toujours que j’étais ministre à Madagascar. Je ne voudrais pas usurper un titre que je n’avais pas. Certes, j’étais bien dans le gouvernement de ma province, mais au poste de conseiller»

Fleuri Abel BelazainaDans l’attente d’un permis B
  
«Depuis le 6 juin dernier, date de mon engagement à la Résidence le Castel, ma vie a vraiment changé», révèle Abel. D’une voix douce, ce requérant d’asile malgache poursuit: «J’adore mon travail et depuis mes deux plus grands enfants m’ont rejoint dans mon appartement à Hauterive. Ma fille Vannitha, 14 ans, et mon fils Seydoux, 12 ans, vont à l’école à Saint-Blaise. Pour l’instant, je ne dispose que du permis N réservé aux requérants d’asile, mais je ne désespère pas d’obtenir un permis B. Si la Suisse me l’accorde, je pourrai alors faire venir ma femme et mes deux autres enfants».
 Lorsque Fleuri Abel Belazaina relate les événements qui l’ont amené à se réfugier en Suisse, ses phrases s’enchaînent dans un long murmure qui impose d’avoir une oreille attentive. «C’est la première fois que j’ai l’occasion de raconter ce qui m’est vraiment arrivé, c’est un honneur pour moi. Je suis vraiment très heureux de pouvoir le faire. Pendant des mois, je n’arrivais pas à être vraiment cohérent dans mes propos. Ainsi, lors de mes premières auditions au centre d’enregistrement fédéral de Vallorbe, puis au centre d’accueil des Cernets, j’ai été incapable d’exprimer clairement les circonstances qui m’ont obligées à fuir mon pays en laissant derrière moi, mes parents, ma femme et mes quatre enfants.»

Fleuri Abel Belazainan et sa fille Vannitha, 14 ans
Fleuri Abel Belazaina et sa fille Vannitha, 14 ans

 

Les causes de l’exil

Le drame de Fleuri Abel Belazaina, c’est d’avoir fait des études (il a obtenu sa maîtrise de droit, section droit public en 1991), d’avoir créé sa propre entreprise de construction et de s’être investi politiquement dans sa région. Installé avec son épouse à Ambohimandamina, un quartier de Majunga (Mahajanga), la capitale de la province éponyme, Abel à 36 ans lorsque se déroule, fin 2001, l’élection présidentielle qui va faire basculer sa vie. A l’époque il est conseiller itinérant du gouverneur Razafimandiby Etienne et premier conseiller spécial de Pierre Tsiranana, alors président de la délégation spéciale (PDS) de la province de Majunga. Alors que la guerre civile menace d’enflammer le pays et sa ville, Abel tente à la hauteur de ses moyens, de calmer le jeu, d’être le médiateur entre les troupes fidèles à Ratsiraka et les milices de Ravalomanana qui avaient l’intention d’entrer à Majunga : «ça aurait fini dans un bain de sang. En tant que membre des autorités de la province, je respecte la démocratie et le parti au pouvoir même si je ne suis pas nécessairement d’accord avec leur politique». Cette position ambivalente va lui coûter cher: menaces de mort par téléphone, filatures, «visites» par effraction à son domicile. En juillet 2003 il apprend qu’il est sous la menace d’un mandat d’arrêt pour complicité et non dénonciation. A la même période, alors qu’il se promène au bord de la mer, il se retrouve face à face avec deux officiers l’arme au poing. «Sans l’arrivée inopinée d’un ami, Dieu seul sait ce qui se serait passé», confie Abel. En novembre 2003, malgré les menaces qui pèsent sur lui, Abel se présente aux élections législatives de Majunga sous les couleurs du Parti fort démocrate de Madagascar. Mais les pressions sont trop fortes, de plus en plus menaçantes. Le 24 juin 2004, après avoir liquidé son entreprise, il prend l’avion – seul – à Tananarive. Destination Genève où deux de ses sœurs sont installées depuis 1999.

Le parcours d’un requérant

Le 6 juillet 2004, il se présente au centre d’enregistrement fédéral de Vallorbe et demande officiellement l’asile politique. «Ensuite j’ai passé trois mois au centre d’accueil des Cernets, aux Verrières. Durant cette période, j’ai pu suivre un cours d’informatique», confie Abel en nous montrant le certificat qui atteste qu’il a suivi assidûment cet enseignement. Pendant plusieurs mois, il participe à un cours pratique au Centre de formation professionnelle des métiers du bâtiment (CPMB), à Colombier. Premier de sa volée, Abel achève cette formation avec une moyenne de 5,4. La suite, c’est une succession de petits boulots via une agence intérimaire, jusqu’à sa rencontre avec Bernard Uebelhart et son engagement pour une durée indéterminée au home le Castel.
 «Ce n’est pas simple pour moi», soupire Abel Belazaina. «En octobre 2006, j’ai reçu une réponse négative de Berne. Pour faire recours à ce refus, j’ai dû faire appel à un avocat, ça coûte cher, mais je ne désespère pas de pouvoir rester en Suisse». En entendant cela, Bernard Uebelhart fulmine: «C’est dégueulasse! Ce garçon ne coûte strictement rien à la société. Il gagne sa vie et sur son salaire on lui ponctionne les assurances sociales, les impôts à la source, et un fond, dit de sûreté, qui représente dix pour cent de sa paie. Cette somme qui lui serait rendue au cas où il serait expulsé du pays. On se moque du monde!»

 

Pascal Tissier


Fleuri Abel Belazaina
Avec ses collègues du service technique du home le Castel, Abel s’occupe de
toutes les petites réparations à effectuer dans l’institution et de tout ce qui
concerne la peinture, la menuiserie ou la maçonnerie.                   Photo pti

 

Madagascar en crise


Le 16 décembre 2001, au soir du premier tour des élections présidentielles de Madagascar, les résultats communiqués par le ministère de l’Intérieur, donnent Marc Ravalomanana en tête avec 46,44% des suffrages devant le président sortant Didier Ratsiraka, 40,61%. Ces chiffres sont contestés par le Comité de soutien à Marc Ravalomanana qui estime qu’il est vainqueur au premier tour avec environ 53% des suffrages. De son côté, Ratsiraka n’accepte pas ce résultat qu’il qualifie de «falsifié». Très vite la tension monte dans la population, des manifestations opposent – parfois violemment – les partisans des deux candidats. Le second tour annoncé n’aura jamais lieu et le 22 février 2002, Marc Ravalomanana s’auto-proclame président et prête serment. Une grave crise politico-économique divise alors l’île en deux camps. Alors que Ravalomanana contrôle la capitale Tananarive, Ratsiraka reste aux commandes dans la plupart des six provinces du pays. Début juillet, après des mois de conflits, d’attentats et d’arrestations Ratsiraka quitte le pays. Il vit actuellement en exil à Paris.
Le bilan de cette crise est lourd : des dizaines de morts, d’assassinats, de prisonniers, de maisons brûlées et des centaines de personnes contraintes à l’exil, en France, en Afrique et en Suisse. (pti) 

 

 


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