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 Cormondrèche: Portrait de Boris Muster

6/8/2008

Boris Muster, apôtre de la liberté d’expression… artiste dans l’âme

Cormondrèche • Gardien de son propre cimetière et défenseur de la liberté d’opinion, Boris Muster est un provocateur… mais derrière ses lunettes noires se cache un être sentimental… artiste dans l’âme.


Boris Muster

 

Installé sur le balcon de sa maison biseautée d’origine en raison d’une ligne haute tension qui traversait le quartier, Boris Muster sirote le thé qu’il vient de se préparer avec la menthe de son jardin: «Ce n’est pas une grande maison, elle fait moins de cent mètres carrés, mais c’était la maison de ma grand-mère».
Des lunettes noires comme soudées sur le nez, il zappe sur son enfance au Val-de-Ruz pour évoquer son séjour sur le continent américain: «J’avais fait l’école de com, mais à la fin de la formation, j’ai juste travaillé dix mois pour pouvoir partir aux States, dans une école de musique. C’était en 1989, j’avais vingt ans et je rêvais de devenir batteur». Au bout d’un an, «l’étudiant» devient résident illégal, à Los Angeles dans un premier temps: «J’ai bossé plus de trois ans dans un resto d’Hollywood, avec une semaine de vacances par an non payée, sans couverture sociale, mais avec une liberté assez exceptionnelle de faire de la musique, de rencontrer des gens formidables».

Une maison de cœur

Un mariage et une green card plus tard, le Neuchâtelois s’installe avec femme à San Francisco où il pédale comme un forcené pour gagner sa vie en transportant des courriers à vélo: «Et puis il y a eu le décès de mon grand-père et cette maison vide qui risquait d’être vendue. Alors, en 1995, je suis revenue avec ma femme et je me suis installé ici, à Cormondrèche». Sa maîtrise de l’anglais et de l’informatique lui permet de trouver un job: «Je suis resté cinq ans chez PSINet, une grosse société d’hébergement internet basée à La Chaux-de-Fonds. C’était bien, même si entretemps le changement de climat a eu raison de mon mariage. Aujourd’hui je bosse à temps plein chez Autodesk, à Neuchâtel. Je suis au support informatique, un département chargé de résoudre les problèmes que peuvent rencontrer les milliers d’employés de la firme américaine répartis à travers le monde».

Délires visuels

Si Boris Muster délaisse sa batterie dans un local, il n’a jamais vraiment cessé de faire de la musique: «Il m’arrive encore de composer de petits morceaux, notamment pour des petits films». C’est que pour s’amuser, le bonhomme se la joue aussi acteur, réalisateur ou compositeur dans des courts-métrages: «De petits délires visuels pour m’éclater avec mes potes. Des trucs rigolos, tournés avec quatre sous que l’on présente parfois dans des concours, juste pour le fun».

Le site du débat

Dans son salon soigneusement décoré, des milliers de CD sont alignés par genre sur plusieurs étagères et sur la table basse deux ordinateurs portables sont en veille. C’est que Boris Muster anime aussi son propre site internet: «Le concept de pile-et-face.ch est né de longs échanges d’e-mails avec Vincent Musolino, un ancien collègue de chez PSINet. A force de débattre en catimini on s’est dit que l’on pouvait partager ces échanges sur la toile, via un forum. Chaque semaine on enregistre une discussion articulée autour de plusieurs thèmes de société ou d’actualité et on se laisse aller. Les internautes peuvent écouter ces épisodes hebdomadaires et intervenir par écrit dans le forum. Ça va de l’intégration des étrangers en Suisse au dernier disque de Carla Bruni, en passant par les problèmes de drogue à l’école ou les performances de Roger Federer. C’est une plateforme de liberté d’expression sur laquelle chacun peut apporter librement son éclairage, ses idées, même si on constate que beaucoup viennent consulter le forum, mais le quitte sans donner leur avis… ça c’est dommage».

Gardien de cimetière

Si à Corcelles-Cormondrèche Boris Muster fait parler de lui, ce n’est pas pour ses opinions politiques, sa musique ou son look. Ce qui suscite des interrogations dans le village, ce sont les tombes visibles derrière chez lui, le long de la voie ferrée: «J’en avais marre de voir cette bande de terrain en friche depuis la fenêtre de ma cuisine. Alors, comme d’autres, j’ai acheté aux CFF la parcelle qui borde ma maison. Un jour, après avoir creusé un carreau pour y planter de la menthe, le petit monticule de terre retournée m’a fait penser à une tombe et j’y ai installé une croix bricolée avec deux bouts de bois. J’ai trouvé ça drôle et j’en ai aménagé d’autres». Aujourd’hui, une dizaine de tombes sont alignées dans ce cimetière factice soigneusement entretenu, avec pour chacune d’elles une culture différente: tomate, lavande, tournesol, oignon… «Beaucoup ont pensé que j’y enterrais des animaux, même la Commune. Il semblerait que ça gêne certains alors que d’autres trouvent ça génial… c’est comme les débats sur www.pile-et-face.ch».  


Pascal Tissier

 

www.pile-et-face.ch

 

 

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