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 Canton: un nouveau parti de droite?

6/2/2008

Un parfum de dissidence chez les libéraux

Canton • La fusion annoncée au niveau cantonal des partis libéral et radical n’est pas du goût de tout le monde. Certains libéraux ne croient pas au renforcement de la droite à travers ce mariage qui doit donner naissance à l’« Union libérale-radicale ». Sans attendre l’assemblée générale des deux partis, le 10 avril prochain, plusieurs députés libéraux envisagent déjà la création d’un nouveau groupe politique de droite : le parti Libéral Progressiste Neuchâtelois (LPN). Info ou intox ?


Jacques Besancet
Député au Grand conseil, membre du parti libéral de Corcelles, Jacques Besancet
est l’un des plus vifs opposants à la fusion libérale-radicale. Il se dit prêt à créer
un nouveau groupe de doite : le parti « Libéral Progressiste Neuchâtelois », alias le LPN.


Au soir du lundi 21 janvier, la TSR annonçait que les partis libéral et radical neuchâtelois projetaient de fusionner. Une nouvelle confirmée le lendemain par les présidents des deux groupes – respectivement Jean-Claude Baudouin et Raphaël Comte – précisant que ce projet de mariage serait soumis au cours des assemblées générales des deux partis qui se tiendront le 10 avril prochain. « Le lieu n’est pas encore défini, précise Jean-Claude Baudoin, mais de toute façon elle aura lieu à huis-clos. Non pas qu’on ait quelque chose à cacher, mais pour permettre aux gens de s’exprimer librement sans avoir forcément leurs interventions publiées dans la presse. Les deux partis se réuniront le même soir, pas forcément au même endroit, l’important étant que la décision de chacun soit communiquée simultanément ».
Evidemment, cette nouvelle ne fait pas l’unanimité, notamment chez les libéraux. Fin janvier, en marge des sessions du Grand conseil, les discussions vont bon train : certains députés libéraux se retrouvent même en soirée pour débattre de cette union à laquelle ils n’adhèrent pas. L’idée de créer un nouveau parti est jeté dans la discussion, d’abord sous forme d’une boutade, puis plus sérieusement. Un nom est même adopté : ce sera le parti « Libéral Progressiste Neuchâtelois », alias le LPN.

Député au Grand conseil, membre du parti libéral de Corcelles, Jacques Besancet est l’un des plus vifs opposants à cette fusion : « Pour l’instant ce n’est qu’un projet, mais il faut que nos dirigeants sachent que si cette fusion aboutie, certains libéraux, dont des responsables de sections, sont prêts à sortir du groupe pour créer un nouveau parti ».

Ça va être le chaos !

Le menuisier de Corcelles ne croit vraiment pas à ce mariage : « Il y aura toujours des libéraux qui ne votent jamais radical, et des radicaux qui se refusent de voter libéral. C’est ce qui s’est passé à Corcelles où ça a été la chute libre, et je n’ai pas envie que ça se reproduise au niveau cantonal. C’est clair, ensemble on est plus faible et c’est l’UDC qui va faire un bond en avant. Quoi qu’il en soit, je trouve très maladroit d’avoir annoncé cette fusion juste avant les élections communales. Ça va être le chaos ! Certains candidats libéraux et radicaux vont poser les plaques et ça va être encore plus difficile de dresser des listes. Ils ont vraiment fusillé la campagne des communales ! »
Très remonté contre les dirigeants de son parti, Jacques Besancet poursuit : « Ils croient que c’est déjà fait, qu’on a juste à applaudir et à dire merci. Moi, je suis à droite et je ne veux pas aller au centre ! Leur Union libérale-radicale sera considéré comme un parti centriste, même s’ils prétendent qu’ils sont plutôt centre-droite. De plus, ils veulent nous faire croire qu’avec cette fusion ils seront en mesure de lutter contre l’UDC. Je suis persuadé du contraire : cette fusion va plutôt renforcer l’UDC. Quoi qu’il en soit, avec les libéraux opposés à cette fusion, il a assez de force pour créer un parti Libéral Progressiste Neuchâtelois. Reste à voir ce qui va se passer le 10 avril ».

Un plus un égale un

Contacté à propos de la création de ce parti Libéral Progressiste Neuchâtelois, un autre député libéral au Grand conseil s’exprime, mais ne souhaite pas, « pour des raisons morales et d’éthiques », que son nom soit publié : « Je ne crois pas à l’efficacité annoncée de cette fusion libérale-radicale. Ce mariage est une erreur et un mauvais calcul, genre un plus un égale un (1+1=1). De ce fait, le projet de lancer un nouveau parti de droite avec quelques amis déterminés n’est pas pour me déplaire ».    

Des traîtres et des rats

Député au Grand conseil et président de la section libéral à Rochefort, Bernard Matthey est plus modéré : « Je n’aurais pas la force de créer un nouveau parti, mais je comprends que des vrais libéraux ne peuvent pas admettre cette fusion. Ma position elle est très simple : que le parti libéral soit – à l’échelon fédéral ¬– totalement en osmose avec le parti radical et le centre-droite, me paraît normal. Par contre, à l’échelon cantonal, le parti libéral est plus fort que le parti radical. Celui-ci est en perte de vitesse. Il a eu de grands leaders, mais actuellement il est plutôt géré par des médiocres, des gens… disons sympathiques. Le président actuel est sympathique, mais ce n’est pas Carlos Grosjean, ni Pierre-Auguste Leuba et encore moins Max Petitpierre. Au Grand conseil c’est devenu une tradition de s’apparenter pour ramasser des voix, tout en gardant ses distances. Durant mes douze ans au Grand conseil, je n’ai jamais été enthousiasmé par le parti radical. Il y a un certain nombre de personnes avec qui on s’entend bien, mais il y a quelques traîtres, tendance démocrate-chrétienne, des rats qui trahissent facilement leurs engagements initiaux. Je n’ai jamais trouvé qu’ils étaient francs du collier. De ce fait, je comprends Jacques Besancet. A l’échelle cantonale une fusion libérale-radicale ne m’enthousiasme pas, mais pour des raisons pratiques et électorales, je la comprends. Je dis très clairement qu’une fusion cantonale du parti libéral et de l’UDC me paraît plus raisonnable qu’une fusion avec le parti radical, étant entendu que l’UDC s’est détaché de Blocher ».

Réagir, c’est sain !

Si au soir du 10 avril la fusion libérale-radicale était adoptée, Bernard Matthey serait-il disposé à adhérer au parti Libéral Progressiste Neuchâtelois ? La réponse du président libéral de Rochefort est franche : « La réaction de Jacques Besancet est spontanée, si j’avais vingt ans de moins je réagirais probablement comme lui. Mais je ne suis pas du genre à trahir. Je suis plutôt un mouton et je vais suivre la foule. Ou alors il faudrait que je réserve ma décision pour entendre tout le monde. Un projet ce n’est rien, encore faut-il avoir la force et la conviction de le mener jusqu’au bout, c’est un travail terrible. J’aime beaucoup Jacques Besancet et le fait qu’il réagisse me paraît positif. C’est sain ! Qu’il dévoile son projet à la presse est une bonne chose : les gens qui résistent doivent être encouragés ».

Au-delà des vieilles rognes

Député au Grand conseil depuis 2005, Yvan Botteron est aussi l’un des libéraux les mieux élus du district du Locle. Le projet de Jacques Besancet ne le laisse pas indifférent : « on est encore dans une phase exploratoire, mais c’est un projet intéressant. Electoralement il y a une certaine demande dans les districts du Locle, de Neuchâtel et de Boudry. Il va falloir trouver les personnes prêtes à s’engager, ce n’est pas un geste anodin. Et puis il y a l’aspect financier à considérer. Cette fusion n’est pas la bonne solution. Au-delà des vieilles rognes, il y a surtout un problème d’image et de crédibilité. Il est certain que des libéraux mécontents de cette union vont passer dans le camp de l’UDC. Je ne suis pas sûr que Jean-Claude Baudoin mesure le sérieux des oppositions ».
Quant à savoir s’il serait disposé à s’investir dans le parti Libéral Progressiste Neuchâtelois, Yvan Botteron n’hésite pas : « A priori oui, si la fusion libérale-radicale était acceptée et même si l’aspect affectif à mon parti actuel me ferait encore réfléchir. Je pense qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’une bonne partie du groupe puisse être en phase avec ce projet de nouveau parti. Mais attendons, d’ici le 10 avril, quelques surprises peuvent encore surgir ».

L’avis du président libéral

Lorsqu’on interroge Jean-Claude Baudoin à propos de ce projet de nouveau parti, le président du parti libéral éclate de rire : « Je suis au courant, mais je ne crois pas que ce soit très sérieux, ou alors ça ferait ruer la République toute entière. Officiellement je ne suis nanti d’aucune information. Dans un processus tel que cette fusion, il y a toujours 95 pour-cent des gens qui sont d’accord et ce sont les cinq pour-cent restants qui parlent le plus, mais ça ne veut pas dire que cela va aboutir. Je pense que c’est juste un mouvement de mauvaise humeur ».


Pascal Tissier

 


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