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 Cornaux: l'exécutif se retire en bloc

5/3/2008

Thierry Lardon: «On est face à un ramassis d'hypocrites»


Le Conseil communal se retire en bloc: la commune de Cornaux est-elle encore gouvernable? Après quatre ans de Conseil général et huit ans de Conseil communal, Thierry Lardon abandonne ! Désavoué à maintes reprises, tant par le Conseil général que par la population de Cornaux, le président de la commune en a ras-le-bol. Mais Thierry Lardon n’est pas le seul à quitter le navire puisque c’est tout l’exécutif, administrateur compris, qui laisse aux éternels opposants le soins de prendre leurs responsabilités.


Thierry Lardon
Thierry Lardon est un président de commune désabusé : il quitte l’exécutif
sans regret, persuadé que « pour remplir le Conseil général lors des prochaines
élections communales, il faudrait créer le parti de l’immobilisme ou de l’hypocrisie ».


Après le refus en votation de l’élargissement du chemin des Longins, il y a dix jours, Thierry Lardon ne cache plus son ras-le-bol. «il est exclu que je me représente aux prochaines élections communales. Trop c’est trop ! Et d’ailleurs aucun des membres de l’exécutif n’est prêt à rempiler pour quatre ans. Tout le monde part, l’administrateur communal avec».
Pas la peine de poser des question, une fois lancé sur le sujet, Thierry Lardon s’emballe et dit tout haut ce qu’il pense : « Il y en a marre ! Quoi que l’on fasse c’est référendum sur référendum. Ça devint systématique ! Ces derniers temps, j’avais l’intention de proposer de créer un nouveau groupe politique : le parti de l’immobilisme. Pour lancer une liste il suffirait que je trouve deux amis prêts à s’investir. Au départ cette idée était une boutade. L’immense avantage avec le parti de l’immobilisme c’est que tu ne fais rien et comme on a rien pu faire pendant dix ans, l’idée n’est pas si farfelue. L’immobilisme, c’est pas de croisades, pas de dossiers, pas de publicité, pas d’affiches. Rien ! C’est pour dire aux éternels opposants «créez le parti de l’immobilisme», ils seraient ainsi cohérents avec eux-mêmes. Mais avec ce qui se passe actuellement dans le village, c’est plutôt un parti de l’hypocrisie qu’il faudrait lancer, et là on aurait cinq cent personnes au Conseil général. Sur les 1'500 habitants de Cornaux, au moins la moitié serait au Conseil général. Les gens ne s’intéressent à rien, ils signent des référendums sans savoir de quoi il retourne, tout fonctionne aux ragots. En plus de dix ans on n’a pas planté un clou dans cette commune ! Enfin si, on a fait une place de jeux pour 50'000 balles. On nous parle de fusion des communes de l’Entre-deux Lacs, c’est du rêve. Vue la mentalité qui règne ici, Il faudra attendre au moins deux générations pour aborder sérieusement ce sujet ».

Un exécutif soudé comme les cinq doigts de la main

Le plus rageant pour Thierry Lardon, c’est que la collégialité règne au sein du Conseil communal, que l’ambiance est bonne mais qu’une partie de la population s’oppose systématiquement à leurs projets.
« Dans mon village je n’ai jamais fait de politique, j’ai fait de la gestion, je l’ai toujours dit à mes collègues du Conseil communal « on est uni comme les cinq doigts de la main, il n’y a pas de couleurs politique, il n’y pas de gauche, pas de droite ». C’est ce qui dérange les autres et nos deux socialistes, Jacques Mury et Ulrich Egger, ils ont été évincés de leur parti. Ça dérangeait la gauche qu’ils ne défendaient pas l’os, qu’ils pensaient Conseil communal, pas socialiste. Pourtant entre nous cinq, il y a une super ambiance. J’ai d’ailleurs dit qu’on allait créer l’amicale des anciens Conseillers communaux, législatures 2000-2008. Ça fait déjà deux ans que je dis ça à mes collègues et ils sont tous d’accord. Ça fait huit ans que l’on se voit tous les lundis plus les autres séances et à fin mai c’est fini, on ne se verra plus. Mon idée c’est qu’on se retrouve dans le public au Conseil général ».

L’administrateur sur le départ

Thierry Lardon ne cache pas qu’il est pressé d’en finir et de passer à autre chose : « Il y a un ras-le-bol général, on n’est plus motivé. De tous les projets il n’y a rien qui passe et puis le problème c’est les critiques derrière. Même l’administrateur est écœuré après vingt ans de boulot : quand on part, il part ! Je voulais déjà tout abandonner il y a deux ans. Mais entre Conseillers communaux on a convenu de terminer cette législature ensemble. On est face à un ramassis d’hypocrites. Il m’aura fallu douze ans de politique dans ce village pour m’en rendre compte. Maintenant il reste une séance du Conseil général avant les votations communales pour présenter les comptes 2007. On va venir avec une demande pour vendre notre réseau électrique. Avec la libéralisation du droit de timbre on va proposer cette vente, mais je ne sais pas ce que ça va donner
».

Bientôt au Grand conseil?

Outre la présidence de La Fête des vendanges qu’il occupe avec beaucoup de plaisir, Thierry Lardon avoue qu’il aimerait bien mener à bien des missions plus constructives, peut-être au Grand conseil : « Je suis arrivé à Cornaux en 1993 et pour s’intégrer dans une commune il faut faire de la fanfare, de la gym ou du foot. Moi, c’est un ami qui m’a proposé d’entrer au parti libéral. Je ne m’étais jamais intéressé à la politique, je savais à peine ce qu’était la droite ou la gauche. J’ai donc tout appris au Conseil général. Aujourd’hui je suis un fervent libéral et je ne voterai jamais radical. J’ai démissionné de la présidence du parti libéral de Cornaux, je quitte le Conseil communal, mais il n’est pas exclu que je revienne sur le plan cantonal pour aller au Grand conseil ».


Pascal Tissier

 

Un ras-le-bol général


Si Thierry Lardon s’exprime aisément sur les raisons qui le poussent à quitter l’exécutif de Cornaux, les autres membres du Conseil Communal – à l’exception peut-être de l’un d’eux – ne se représenteront pas aux prochaines élections communales et l’administrateur communal cède également sa place. Chacun d’eux a bien voulu donner les raisons qui l’amène à se retirer


Jacques Mury (socialiste)

« Si je quitte le Conseil communal c’est avant tout à cause de mon âge. J’ai eu 73 ans, alors place aux jeunes. J’ai derrière moi douze ans de Conseil communal et j’en suis à mon troisième président et maintenant j’en ai vraiment ras-le-bol. Tout ce qu’on essaie d’entreprendre est blackboulé. Actuellement il y a une tension terrible au village, c’est vraiment décevant. Ça jase énormément, notamment vis-à-vis de la belle-famille du président de commune, qui sont des terriens de Cornaux. Ces gens-là n’ont pas vendu leur terre tant qu’il n’y avait pas urgence et comme ils les réalisent, certains ont tendance à dire que le président de commune magouille. Mais ce n’est pas vrai du tout ! C’est de la jalousie. Non, vraiment, on a plus de plaisir à travailler pour cette collectivité. On s’en tient au strict minimum et l’on fait ce que l’on peut et ce que l’on doit. Il y a certaines commissions qui n’ont pas fait leur boulot et maintenant que l’on est en fin de législature certains projets ne sont toujours pas réalisés. Je pense notamment à la Salle de spectacle».
« Je quitte l’exécutif, mais comme je suis vice-gouverneur des Vignolants, je vais encore assumer la présidence de la compagnie pendant un an à partir de novembre 2008, de cette façon je vais encore rester dans les coulisses de la politique. Mais c’est sans regret qu’on se retire. N’avoir affaire qu’à des Neinsager c’est forcé qu’à un moment donné ça vous démotive complètement ».


Willy Walter (Radical)

« Ce qui m’amène a quitté le Conseil communal, c’est la surcharge de travail. C’est un tâche très lourde quant en tant que patron d’une PME vous devez faire ça en plus de vos activités ça devient très difficile. Ça, c’est la première raison. La deuxième ce sont les contrariétés. L’histoire du Vignoble est complètement ridicule, car la solution a été trouvée mais certains n’ont pas voulu l’accepter. Ces gens qui habitent la rue du Vignoble ont voté contre et ont scié la branche sur laquelle ils sont assis. Là, on s’est préoccupé des Longins et rebelote, c’est non ! Au Longins on doit absolument faire des travaux. Il y a de nouvelles implantations et dans cette rue les fils électriques sont encore aériens, c’est à la limite de l’amendable. Vis-à-vis des habitants d’un village on doit les alimenter normalement, dans des conditions qui ne mettent pas les passants en danger ».
« Mais je ne me retire pas complètement. Je vais quand même me remettre en liste pour le Conseil général. Parce que dans le parti radical on n’est pas nombreux. Je suis un peu sadique, j’aimerais bien voir ce que les gens pensent de moi et voir le nombre de voix que je vais obtenir (rires !). Lorsque mon successeur sera désigné, je vais prendre une soirée pour faire le tour des dossiers avec lui. Je ne vais pas faire le coup que l’on m’a fait en me foutant des cartons aux pieds et en me disant « tiens, débrouille-toi ! »
« Au Conseil communal, sans mettre nos couleurs en avant, on a cherché à développer des projets dans ce village, à faire les choses le mieux possible. Je m’entends parfaitement bien avec les deux Conseillers communaux socialistes. C’est des gars qui voient que les intérêts du village et qui ne sont pas bornés comme certains de leurs collègues. C’était une législature merveilleuse, on s’est très bien entendu. Ces quatre ans de collaboration m’ont vraiment impressionné. Je n’aurais jamais pensé que l’on pourrait s’entendre comme ça dans les différents partis ».


René Risse (radical)

« Je me retire du Conseil communal pour deux raisons. D’abord ça fait huit ans que j’y suis. Je veux laisser ça à d’autres. La deuxième raison est professionnelle. Mais d’une manière générale, j’en ai un petit peu assez. On a accumulé les échecs par rapport à des projets qui ont été présentés. On se retrouve dans une situation où les gens attendent beaucoup, mais lorsqu’on leur propose quelque chose ils sont tout de suite contre, quel que soit le projet. Alors on se demande si les intérêts personnels ne passent pas avant les intérêts communaux. C’est frustrant. On fait le travail du mieux possible et finalement on peut judicieusement se demander si les gens on vraiment envie de changer les choses. C’est décourageant. Il est de plus en plus difficile de trouver des gens qui veulent tirer à la même corde alors qu’en face il y a des gens qui tirent plus forts en lançant des référendums ou des oppositions. Voilà les raisons de mon départ, mais c’est aussi un ras-le-bol. J’espère que les nouveaux sauront mieux faire ».


Ulrich Egger (Socialiste)

« Je rejoins ce que ce que disent mes collègues : il y en a assez. Ça fait deux législatures et demi, dix ans, que je suis au Conseil Communal. Au départ je ne comptais pas aller au-delà de d’un mandat, et ce qui s’est passé ces derniers mois a « facilité » les choses. Je pensais déjà arrêter il y a quatre ans, mais quand le parti insiste, tu réfléchis… Mais cette année avec ce qui vient de se passer, tu ne réfléchis plus, tu prends une décision définitive ».


Mario Clottu (administrateur communal)

« J’avais déjà planifié mon départ à la retraite il y a deux ans. J’ai 62 ans ce mois. Je vais donc arrêter à la fin mars, comme ça je vais pouvoir encore boucler les comptes et je terminerai ainsi la législature en même temps que les Conseillers communaux. Je partage tout à fait leur point de vue, parce que moi-même sur ces derniers mois, je me dis que si j’avais dû continuer, je ne sais pas comment ça aurait fini. Mais ça n’est pas parce qu’ils partent que je pars. Bon, il y a ce crédit qui a été refusé il y a dix jours. Les gens m’associent à des terrains aux Longins, mais ces parcelles sont vendues. Que la route se fasse ou pas ça ne me dérange pas, je n’y habite pas. Mais le problème c’est que la commune a des contraintes : avec le règlement d’aménagement elle est tenue d’équiper les zones à bâtir dans les cinq ans qui suivent l’entrée en vigueur du plan d’aménagement. Ce plan date de 1999 et cette zone n’est pas cent pour cent équipée. Ça fait aussi partie des obligations de la commune, ça n’a jamais été relevé et je trouve que c’est dommage. Mais il faut savoir que les propriétaires pourraient très bien se retourner contre la commune en cas de problème. Tout est parti de la route du Vignoble qui nécessite aussi un meilleur accès. Quand le Conseil communal a proposé une demande de crédit pour faire une liaison avec la route cantonale, ça a été refusé parce que certains considéraient que ce n’était pas une bonne solution, ils souhaitaient, eux, passer dans les vignes, selon un projet qui date de plus de trente ans. Mais ils n’ont pas compris, pourtant ça leur a été expliqué plusieurs fois : c’est l’Etat qui refuse que l’on dézone les terrains viticoles protégés tant qu’il y a une autre solution. Et ça ils ont de la peine à le comprendre. Ils sont têtus et ils font opposition à tout parce qu’il n’y a pas eu le Vignoble. C’est vrai que par rapport à ça je ne suis pas mécontent de partir ».


Propos recueillis par Pascal Tissier


 

 


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