Arnaque à la sous-location à Neuchâtel » Blog de PasTis

 Arnaque à la sous-location à Neuchâtel

2/9/2008

Le même nid loué à trois pigeons

 

Neuchâtel • Scénario digne d'une série télé à Port-Roulant : un escroc a sous-loué le même appartement à trois personnes, empochant au passage des milliers de francs de caution, le tout en abusant de la vraie locataire des lieux.

Lorsqu'elle arrive début août à Neuchâtel pour prendre possession de son nouvel appartement, Nicole* ne se doute pas encore qu'elle est la victime d'une arnaque bien huilée: «Une voiture immatriculée en France était sur ma place de parc… je ne me suis pas trop inquiétée. Par contre, quand je suis entrée dans mon appart, avec ma clé, et que j'ai découvert des piles de cartons, j'ai pris conscience qu'il y avait un problème». A la veille d'entrée à l'Université pour achever son Master, la jeune Lausannoise est dépitée: «J’ai sonné chez le voisin de palier et alors qu'il me révélait qu'une jeune fille avait déjà emménagé la veille, cette dernière a fait son apparition, sa clé à la main». 
Celle-ci – que l'on appellera Jeanne* – vient de Nantes et travaille à La Chaux-de-Fonds.

Un coup à 7400 francs

En quelques secondes Nicole* et Jeanne* comprennent qu'elles se sont fait roulées, qu'elles n'ont finalement plus d'appartement et qu'elles ont perdu l'argent versé en liquide… mais elles ne sont pas au bout de leur surprise: à la gendarmerie où elles se rendent pour porter plainte, les jeunes femmes apprennent qu'un étudiant genevois a lui aussi sous-loué le même appartement. Dans son malheur, Nicole* s'en sort finalement mieux que ces deux compagnons d'infortune: «J'ai perdu 1400 francs, mais les deux autres ont payé cash, deux loyers de caution et un loyer d'avance, soit près de 3000 francs chacun».


L'immeuble de Port-Roulant théâtre d'une escroquerie particulièrement bien orchestrée - Photo pti/dr
 

Un contrat dans les règles

Le stratagème de cette arnaque est simple et s'articule autour d'un scénario parfaitement rôdé et quasiment imparable, comme l'explique Nicole*: «J'ai découvert l'annonce sur le site internet Anibis.ch: celle-ci proposait un beau deux pièces meublé à 690 francs, pour cause de départ à l'étranger. Il suffisait de répondre, via le site d'annonces, en donnant un numéro de téléphone».
Le lendemain un certain François la contacte: «Il s'est présenté comme le fils des propriétaires de l'immeuble. D'après lui, une étudiante venait de se désister. Il fallait faire vite. Je suis allé visiter l'appartement avec un ami juriste. Là, nous avons été reçus par Damien, le neveu de François. Celui-ci était en ligne sur le portable de Damien et nous a exhorté de signer le bail et de remettre l'équivalent de deux loyers à son neveu. Mon ami a lu le contrat, il était rédigé dans les règles de l'art. Après avoir empoché la somme convenue, Damien nous a remis une quittance et la clé de l'appart». Au final, tout était du vent: l'identité du loueur, les plaquettes gravées sur la boîte aux lettres et sur la sonnette, les numéros de portable.

La quatrième victime

La véritable locataire du logement c'est Paula*, une jeune femme qui travaille pour une organisation internationale. Appelée en mission à l'étranger pour six mois, Paula* met une annonce sur anibis pour sous-louer son deux pièces avec l'accord de sa gérance. Sous sa fausse identité François obtient l'appartement sans payer de caution, ni le moindre loyer… la suite est connue…
Depuis François a disparu de la circulation empochant au passage 7400 francs et quelques objets dérobés dans l'appartement de Paula*.

A Lausanne aussi

Selon le quotidien 24 Heures qui a révélé cette supercherie, une arnaque similaire s'est aussi déroulée à Lausanne: procédé rigoureusement identique, contrats semblables fautes d'orthographe incluses, mais à la différence près que le dénommé François n'a pas grugé trois, mais six candidats à la sous-location d'un même appartement.

Police peu loquace

Porte-parole de la police neuchâteloise, Pascal Lüthi confirme que trois plaintes ont bien été enregistrées: «C'est une enquête qui progresse difficilement. On a quelques pistes, mais cette escroquerie a été montée assez adroitement pour ne pas laisser de traces. Quoi qu'il en soit, pour nous c'est un cas isolé».
La police lausannoise n'est pas très loquace: la préposée aux médias confirme que six personnes ont bien été lésées dans la capitale vaudoise, mais refuse de dire si d'autres affaires du genre ont eu lieu à Lausanne ou dans la région.
Avocate au bureau neuchâtelois de l'ASLOCA, Marie-Claire Jeanprêtre insiste sur le fait qu'il ne faut jamais verser une garantie de loyer en liquide: «Quel que soit le montant de la caution demandée, il faut impérativement déposer l'argent sur un compte bancaire spécifique».

Pascal Tissier

*Prénom d'emprunt
 

 

 

Category : ARTICLES PRESSE Print

| Contact author |