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 Les gens du voyage «invités» à Colombier?

30/9/2008

Des gitans à une haie du camping

Colombier - Le camping de Paradis Plage et le parking du Pavier pourraient officiellement accueillir les gens du voyage: l'armée est pour, les responsables du camping sont contre et le Conseil communal «ne peut pas dire non».

 


«Le Conseil communal n'a pas une position affirmée quant à la possibilité d'offrir un espace d'accueil aux gens du voyage». Surpris d'être interrogé sur ce dossier, Robert Goffinet, le Conseiller communal en charge de la sécurité publique ne tient pas à s'exprimer: «Effectivement, nous avons eu une séance le 25 août dernier avec le Colonel Claude Gaberel, chef du  Service de la sécurité civile et militaire (SSCM), Pascal Fontana, président de l'association Vivacité qui gère l'exploitation du camping, Jacques-Eddy Perrenoud, le gérant de Paradis Plage, ainsi que des membres de l'Ecole de cadre des militaires, puisque tout le monde est concerné, et il a été décidé que chacun (le SSCM, le Conseil communal et Vivacité, ndlr) écrirait simultanément au Conseil d'état. C'est tout ce que j'estime pouvoir dire à ce sujet». Le ton monte lorsqu'il est question d'une deuxième rencontre - au soir du mardi 23 septembre - entre l'ensemble du Conseil communal et les membres du comité de Vivacité: «Je refuse de dévoiler ce qui a pu se dire lors de cette réunion. Ce n'est pas la peine d'insister. Pour le moment c'est confidentiel… c'est un dossier extrêmement délicat, d’autant que pour le moment la population n'a pas encore été alertée de quoi que ce soit».

La proposition qui fâche

Ce que l'ancien instituteur ne dit pas, c'est qu'à la séance du mois d'août, il a fait, en tant que représentant du Conseil communal, une proposition qui a n'a pas plu au président de Vivacité et encore moins au gérant du camping. Ainsi Robert Goffinet proposait d'accueillir - pour une durée maximum d'une semaine - tous les gens du voyage, sans distinction de nationalité: au camping, si des places étaient disponibles, ou sur le parking du Pavier, s'il n'était pas occupé par les militaires. Cet accueil serait accompagné de mesures d'hygiène et d'une information au voisinage.

 

 

Le parking du Pavier n'est séparé du camping que
par une simple haie (ici, derrière les voitures)

 

Le camping ménacé?

La position de Pascal Fontana, président de Vivacité, l'association chargée de l'exploitation et de la gestion de Paradis Plage, est claire: «On ne peut pas donner notre accord à cette proposition. L'accueil des gens du voyage ne va pas sans poser des problèmes de voisinage et la mise à disposition du parking du Pavier pour de grands groupes, est incompatible avec notre activité touristique. Récemment nous avons investi un million et demi, dont un million d'emprunt, pour améliorer les infrastructures du camping, on ne peut donc pas aujourd'hui mettre en péril notre activité touristique et notre rentabilité en ayant, juste à côté du camp et à longueur d'année, des groupes qui s'installent. Et les installer dans le camping, c'est impensable. Ce n'est pas que l'on ne les veut pas, mais nos touristes ne viendraient plus. C'est une question d'image».

Contraire à la loi

Situé le long de l'Allée des Marronniers qui mène au restaurant L'Aparté (ex Robinson), face aux villas de l'Allée du Bied, le parking du Pavier n'est séparé du camping que par une simple haie. Pour Jacques-Eddy Perrenoud, le gérant de Paradis Plage, la configuration des lieux ne se prête absolument pas à l'accueil des gens du voyage: «C'est même contraire à la loi cantonale et au règlement général de police de la commune (lire encadré)». Outre la colère de la population, l'ancien président de Vivacité est persuadé que la venue de Yéniches et autres gitans pourraient entraîner des coûts importants: «Si, malgré notre opposition, il était accepté que les gens du voyage puissent s'installer sur le parking adjacent, il faudra que la commune accepte de couvrir tous les frais inhérents à cette autorisation. C'est-à-dire qu'il faudrait installer des fermetures électriques à toutes les portes des sanitaires, «badger» tous nos clients et assurer un service de gardiennage vingt-quatre heures sur vingt-quatre. A la séance du 25 août, j'ai proposé de les mettre à Planeyse. Cette proposition à été rejetée vertement, soit-disant pour préserver la prairie maigre».

Pas de ségrégation

Les propos du Colonel Claude Gaberel, chef de service de la sécurité civile et militaire, ne sont évidemment pas sur la même longueur d'onde que ceux des responsables de Paradis Plage: «On a pris des décisions provisoires. On accepté une fois les gens du voyage sur ce parking (en avril, ndlr) et on a dit que si la situation se représentait sous la même forme, on réexaminait cette possibilité si le parc était libre. Mais de l'autre coté, il y a le camping, et celui-ci est prêt à les recevoir. Alors pour le moment on les envoie là… mais seulement les gens du voyage suisses. On ne fait pas de la ségrégation, mais il faut imaginer la réaction de la population si on avait des dizaines de caravanes qui arrivaient. La capacité du parking se limite à sept ou huit caravanes, pas plus. Et puis nous, nous estimons qu'il y a un camping, alors qu'ils aillent au camping. Qu'ils fassent comme tout le monde, parce que là aussi ce serait de la ségrégation vis-à-vis des autres campeurs».

La tension est montée

Président de la commune, Fred-Eric Moulin reconnaît que l'exécutif est un peu divisé sur la question: «Effectivement, le Conseil communal a eu une séance hier (mardi 23 septembre, ndlr) avec le comité de Vivacité. Les membres de l'association pensent que la Commune est d'accord d'accueillir les gens du voyage, l'un des membres du Conseil communal s'est un peu braqué et la tension est montée… C'est vrai que l'on est partagé sur ce dossier. Je vais essayer de tempérer l'opinion de mes collègues, de façon à nuancer notre position dans la lettre que nous devons adresser au Conseil d'état… expliquer que Colombier n'est peut-être pas la solution idéale. Le problème, c'est que le Conseil communal ne peut pas dire qu'il refuse d'accueillir les gitans, les membres de Vivacité ne veulent pas comprendre ça, ils sont un peu butés. Je suis personnellement convaincu que le camping ou le parking du Pavier, n'est pas la bonne solution. Ça irait mieux à Planeyse. Finalement, c'est au Département de la gestion du territoire, dirigé par Monsieur Cuche qu'il appartiendra de prendre des décisions».

A l'heure où ce journal est distribué, Fernand Cuche (que nous avons vainement tenté de joindreà atteindre) a reçu l'enveloppe contenant les lettres du Conseil communal de Colombier, de l'association Vivacité et du chef de service de la sécurité civile et militaire, avec la position, les arguments et les propositions de chacun… à suivre.


Pascal Tissier

 

Sur cette vue aérienne: le camping Paradis Plage, en A;
le parking du Pavier, en B; et le restaurant l'Aparté (ex-Robinson) en C

 



Sans toit, fait loi


Extrait du Recueil systématique de la législation neuchâteloise:


727.3 - Arrêté concernant le camping et le caravaning sur le domaine public ou privé de l'Etat.
Article premier - Nul ne peut installer sur un bien-fonds relevant du domaine public ou privé de l'Etat une tente en vue de pratiquer le camping, une caravane ou un autre véhicule habitable sans l'autorisation du département compétent.

Extrait du Règlement général de police de la commune de Colombier:

3.53 - Véhicules habitables et habitations mobiles
Sur le territoire communal, il est interdit d'habiter dans des caravanes, tentes, voitures, roulottes, remorques, etc. Une exception est faite en faveur de personnes effectuant un séjour sur la place du camping, au cours de la période allant du 1er mars au 31 octobre, disposant d'une tente ou d'une caravane.
Ces personnes doivent avoir un domicile fixe (logement) et quitter la place de camping au plus tard le 31 octobre.


 

 

La «Vivacité» de Colombier

 

L'association Vivacité est née il y a trois ans environ, de l'ancienne association de développement de Colombier (ADC). Animée par sept Colombinois, Vivacité gère et développe le camping de Paradis Plage qui attire près de 10'000 touristes par an.
Président actuel de Vivacité, Pascal Fontana insiste sur le fait que l'association n'a aucun but lucratif: «Outre l'exploitation du Camping Paradis Plage, Vivacité soutient de nombreuses activités sportives ou culturelles et organise des manifestations à Colombier. Là nous sommes en train de préparer la venue du Père Noël, mais il y a aussi l'éclairage des rues. On fait des dons à des associations du village, à l'école, à la Grande salle. On a fait la sortie des aînés et d'autres animations. Pour nous c'est du bénévolat, nous ne sommes pas rémunérés, l'argent perçu au camping sert à payer son directeur et tout le reste est mis à profit de la commune». pti


www.colombier.ch/vivacite


 


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