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 Les gens du voyages d'ici et d'ailleurs

21/10/2008

Les Yéniches suisses:

des nomades méconnus


Société • Les gens du voyage suisses sont victimes du comportement irrespectueux de certains nomades étrangers: c’est ce que pense une famille Yéniche installée dans le canton. Témoignage. 

 

 

«Je suis née en 1953 dans une roulotte à La Neuveville. Et si aujourd’hui j’habite dans un appartement au Landeron, à chaque printemps c’est la même chose, je suis envahie par la nostalgie du voyage et j’ai envie de repartir sur les routes… On a ça dans le sang». Yéniche, comme la majorité des gens du voyage suisses, Patricia a quitté la caravane il y a longtemps déjà, notamment pour permettre à ses enfants de faire des études, d’apprendre un métier. Rose-Marie, sa sœur de huit ans son aînée, est un peu dans la même situation: «J’habite dans le même immeuble que Patricia, mais si j’ai quitté définitivement les routes, c’est en raison des problèmes de santé de mon mari. Moi aussi je regrette souvent de ne plus voyager en famille. Seul Dédé, notre frère âgé aujourd’hui de 58 ans, se déplace encore pour chiner à travers le pays, mais là, comme chaque année, il s’installe pour l’hiver au camping du Landeron».


Les quartiers d'hiver

Et puis les deux femmes relatent des souvenirs du bon temps, des anecdotes de l’époque où toute la famille prenait ses quartiers d’hiver à Saint-Blaise, où leurs papiers étaient déposés à la commune: «On s’installait parfois près de l’école primaire, ou au contour des Noyers, au bord du Loclat aussi. Les gens ne nous accueillaient pas toujours avec le sourire, mais un climat de confiance s’instaurait peu à peu. Les enfants allaient à l’école du village, certains hommes travaillaient quelques mois à la Jowa, les autres continuaient à chiner ou à faire des paniers. Dans ce temps-là, une partie de la population nous surnommait les Caquelards… d’ailleurs, il existe un pont, dit des Caquelards, à Saint-Blaise». Et Rose-Marie d’évoquer les étapes dans le Jura: «En Ajoie, on nous appelait les Vanniers et Porrentruy est la seule ville de Suisse romande qui a une rue baptisée le Chemin des Vanniers».

 

Les roulottes sur le train

Les deux femmes ont connu les déplacements en roulotte: «pour aller d’un endroit à un autre, si on n’avait pas de cheval, on mettait la roulotte sur un wagon. A l’époque, on ne restait jamais très longtemps à la même place. Les patentes de colporteur n’étaient valables qu’un mois. Et puis sont arrivées les voitures et les caravanes, du coup les déplacements étaient plus faciles… pour les Tziganes étrangers aussi».
A les écouter, l’arrivée en Suisse de groupes français – et plus tard des pays de l’Est – a tout changé: «On ne voulait pas qu’ils s’installent près de nous, ils nous piquaient tout, même les génératrices. Aujourd’hui encore certains ne respectent rien, s’installent partout, abandonnent leurs déchets sur place et parfois commettent des larcins».

 

Amalgame malheureux

Alors que les gens du voyage suisses se déplacent – de mars à octobre – à travers tout le pays par petits groupes, souvent en famille, les Tsiganes étrangers voyagent quant à eux par convois importants. Et même s’ils traversent généralement la Suisse en quelques jours, leur présence ne passe pas inaperçue et la cohabitation avec les sédentaires se révèle souvent problématique.
Rose-Marie et Patricia se font l’écho du sentiment ressenti par leur communauté: «les gens du voyage suisses sont les victimes de l’amalgame fait entre eux et les gitans étrangers. La population ne fait plus la différence et à terme cette situation risque de mettre en péril le mode de vie des «cheminants» suisses.»  

 

Le mot de la police

Responsable du dossier «gens du voyage» au sein de la police neuchâteloise, le capitaine Pierre-Alain Gyger, n’est pas convaincu qu’il soit nécessaire de faire une distinction entre les Suisses et les étrangers: «C’est vrai que certains cantons ont aménagé deux aires de stationnement, l’une réservée aux autochtones et la seconde destinée aux gens du voyage étrangers. Je ne suis pas certain que tous les cantons feront de même et je ne sais pas si c’est bien. L’accueil des gens du voyage n’est pas un problème simple, mais il faudra bien que l’on trouve des solutions»

 

Plus que 3500 nomades suisses

«Nous avons le droit de voyager, mais plus celui de nous arrêter» clame depuis longtemps May Bittel, le représentant des gens du voyage suisses. Sur les 35'000 personnes que compte la communauté Yéniche vivant en Suisse, May Bittel estime que seulement 3500 sont encore nomades.
Pour rappel, l’arrêté du 28 mars 2003 Tribunal fédéral reconnaissait que le droit des gens du voyage à la préservation de leur identité était garanti par la Constitution ainsi que par le droit international. De plus, les besoins des gens du voyage doivent être pris en compte dans le cadre de la réglementation sur l’aménagement du territoire. La Suisse ne reconnaît les gens du voyage en tant que minorité que depuis 1991.


Pascal Tissier


 

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Enfants sédentarisés de force


En 1972, dans le magazine «Schweizerischer Beobachter», le journaliste Hans Caprez a publié une série d’articles dénonçant les activités de Pro Juventute dirigées contre le mode de vie nomade et le peuple yéniche, soi-disant au nom de la protection de l’enfance.
Ainsi, entre 1926 et 1973, dans le cadre de l’«Œuvre d’entraide pour les enfants de la grand-route» orchestrée par Pro Juventute, plus de six cents enfants yéniches ont été enlevés à leurs parents pour être placés dans des familles d’accueil (généralement des paysans), des homes, des orphelinats et même des cliniques psychiatriques.
Et si la communauté des gens du voyage suisses est estimée à environ 35’000 personnes, il semble bien que la grande majorité d’entre eux sont aujourd’hui sédentarisés, notamment à la suite de cette opération «Enfants de la grand-route» soutenue par la Confédération et conduite en collaboration avec les autorités cantonales et communales.
Selon l’Office fédéral de la culture, il est difficile d’être plus précis: «On ne dispose que d’estimations dans la mesure où de nombreux Yéniches jugent préférable de taire leur origine, marqués qu’ils sont par leur vécu douloureux.» pti

 


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