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 Claude Nicati: «Je déteste perdre»

14/1/2009

Claude Nicati:
«Le lapin sorti du chapeau»


Cantonales • La nomination surprise de Claude Nicati comme candidat du PLR à l’élection au Conseil d’Etat ne fait pas l’unanimité: à gauche, comme à droite des voix s’élèvent, d’autant que depuis son entrée dans la course au Château, le numéro 2 du Ministère public de la Confédération s’est mis à dos tous les procureurs cantonaux.

 

Claude Nicati


«Je ne suis pas un gars du Haut du canton, je l’avoue. Je n’y ai passé que les six premiers mois de ma vie. Fils d’une maman locloise et d’un papa de Neuchâtel, j’ai fait toutes mes classes à Bienne avant de rejoindre l’Université de Lausanne puis celle de Berne». Sur le site qu’il vient d’ouvrir pour se présenter, Claude Nicati – bientôt 52 ans – présente sa famille recomposée (il s’est remarié en juin 2008), sa femme, ses enfants… Il y parle de ses loisirs, de sa carrière et de ses ambitions politiques.
Pour rappel, le procureur général suppléant de la Confédération s’est retrouvé candidat à l’élection au Grand Conseil par un surprenant jeu de chaises musicales provoqué par le désistement-surprise de Rolf Graber. L’ancien conseiller national a attendu le jour de la désignation des cinq candidats du Parti Libéral Radical pour annoncer son retrait et Claude Nicati, premier des «viennent-ensuite», a alors été repêché par l’assemblée générale du PLR. Du coup, les deux procureurs neuchâtelois du Ministère public fédéral, Claude Nicati et Frédéric Hainard, se retrouvaient sur la même liste. Le premier (ancien radical) étant le chef du second (ancien libéral).

Eternel numéro deux

Frédéric Hainard, 33 ans, seul candidat du Haut de la liste PLR au gouvernement, ne s’attendait pas à cette situation pour le moins cocasse… qui se révèle même embarrassante pour lui: «Etant donné que Claude Nicati est mon supérieur hiérarchique, je ne peux pas m’exprimer publiquement sur mon chef, même si la situation est plus difficile – sur le plan relationnel – depuis le 1er novembre… Il est vrai que depuis que nous avons été désignés candidats PLR à l’élection au Conseil d’Etat, il y a quelque chose qui a changé sur le plan professionnel…». Le jeune magistrat n’en dira pas plus.

Cependant, à droite comme à gauche, des voix s’élèvent et expriment leur surprise. Claude Nicati fait figure d’éternel numéro deux. Après avoir été vice-chef de la police biennoise, il a été le numéro deux de la Police neuchâteloise: il postule pour en prendre la tête… il n’est pas pris. Après avoir été juge d’instruction à Neuchâtel, il devient le numéro deux du Ministère public de la Confédération. Roschacher part… il n’est pas pris et l’affaire Blocher-Roschacher éclate. De Berne il est envoyé dans le canton de Vaud où il dirige dorénavant le bureau lausannois du Ministère public.

Toujours le sourire aux lèvres, Claude Nicati modère ce portrait succinct: «J’étais premier juge d’instruction à Neuchâtel. Ce n’est pas le titre que l’on avait, mais j’étais le doyen à l’époque… mais je suis premier dans plein d’autres domaines». 

Paroles de droite

Interrogé à propos de Claude Nicati, le conseiller national Yvan Perrin reconnaît «qu’un certain nombre d’affaires à Berne qui n’ont pas dû lui faciliter la vie au quotidien». Et le président de l’UDC neuchâteloise de s’interroger sur «la motivation de quelqu’un qui occupe un poste comme lui à vouloir s’asseoir dans l’un des sièges du Conseil d’Etat»: «Certaines mauvaises langues imaginent que le Conseil d’Etat pourrait constituer une porte de sortie pour quelqu’un qui n’a plus la cote. L’arrivée d’Erwin Beyeler comme procureur général de la Confédération peut être perçue comme un désaveu, étant donné que dans une structure hiérarchique, dès lors que le numéro deux donne satisfaction, au départ du numéro un, le second devrait prendre sa place. Ça n’a pas été le cas et, au lieu de ça, Claude Nicati a été muté à Lausanne.

L’œil brillant derrière ses lunettes ovales, Claude Nicati donne sa version des faits: «A Berne c’est autre chose… C’est un poste éminemment politique. Tout était en place à l’époque du départ de Roscharer, bien sûr que j’étais candidat, mais c’était Blocher qui devait faire le premier tri. Mais voilà, je ne suis pas copain avec Monsieur Blocher… il ne m’aime pas! Alors, c’est clair que ce n’est pas Blocher qui allait me nommer procureur de la Confédération. D’autant que c’était en 2007, juste au moment où je signalais à la Commission de gestion que nous avions un petit problème avec Monsieur Blocher. Moi j’aime bien me raser tous les matins quand je me regarde dans le miroir».

 

Claude Nicati

 

Le coup du chapeau

Yvan Perrin s’étonne toujours de la présence de Claude Nicati dans la liste du PLR: «je ne savais pas que Claude Nicati nourrissait des ambitions politiques jusqu’à sa nomination qui fait penser à un «lapin sorti du chapeau». Le vice-président de l’UDC suisse concède qu’un siège au Château serait pour Claude Nicati «l’occasion de quitter Berne la tête haute, d’autant qu’en ce moment sa cote n’est pas au plus haut» et ajoute: «C’est clair que face à une candidature aussi surprenante les esprits curieux, voir chagrins, cherchent d’éventuelles autres motivations que simplement politiques… et il n’y a pas besoin de gratter bien profond pour se rendre compte qu’effectivement ce serait une bonne chose pour Monsieur Nicati qu’il devienne Conseiller d’Etat. Quoi qu’il en soit, le peuple aura le dernier mot le 5 avril prochain et si les Neuchâtelois estiment que Claude Nicati doit être Conseiller d’Etat et bien tant mieux pour lui… et si tel n’est pas le cas, il fera comme moi, il sera grinche le lendemain, et puis voilà…»
 
Quand on lui livre les propos d’Yvan Perrin, Claude Nicati reste impassible et sourit… encore: «Je ne suis pas en train de fuir le Ministère public de la Confédération. Ça marche bien à Lausanne. Je ne suis pas en train de fuir la maison parce que certains esprits chagrins veulent me voir partir, absolument pas. Mais j’ai besoin de challenge… ça fait huit ans que j’y suis. J’ai envie de changer, c’est aussi simple que ça!»

En novembre, après la nomination de Claude Nicati comme candidat à l’élection au Conseil d’Etat, le SonntagsZeitung a publié un article disant – en substance – que «plusieurs élus du Conseil National des cadres de l’administration fédérale souhaitent l’élection rapide de Claude Nicati pour qu’il fasse des bourdes dans le canton de Neuchâtel plutôt qu’à Berne».
Quand on lui demande ce qu’il a pensé de ce papier, Claude Nicati ne fronce même pas les sourcils: «Ouais, quatre ou cinq lignes, notre attaché de presse me l’a montré. C’est pas grave! Je n’ai pas un ego démesuré, je crois que j’arrive encore de rire de moi-même».

Maladresse grave

A gauche, le socialiste Didier Berberat ne refuse pas de dire ce qu’il pense de Claude Nicati, d’autant que comme Yvan Perrin, il n’est pas candidat à l’élection au Conseil d’Etat. Le Conseiller communal à La Chaux-de-Fonds ne tient pas à s’exprimer sur les compétences de Claude Nicati, ni sur sa présence sur la liste du PLR. Par contre, il n’accepte pas les propos tenus par le procureur fédéral adjoint lors du point presse du Ministère public, le 11 novembre dernier, «où il a réussit l’exploit de se mettre à dos les vingt-six procureurs cantonaux en déclarant, en deux mots comme en dix: je regrette de le dire, mais on est plus efficace que les cantons au niveau des résultats». En tant que Conseiller national Didier Berberat à l’intention d’intervenir à Berne: «C’est une maladresse grave de la part d’un haut magistrat. C’est pour ça que j’interviendrai à Berne, probablement en mars. J’ai l’intention de demander à Madame Widmer-Schlumpf, si le Conseil Fédéral partage l’appréciation de Monsieur Nicati sur l’efficacité – la grande efficacité – du Ministère public fédéral et l’inefficacité avérée des cantons, alors même que sans être un spécialiste de la question, on sait quand même qu’au Ministère public de la Confédération il y a beaucoup d’enquêtes qui se font, avec assez peu de résultats d’ailleurs… Il suffit de revenir notamment sur ces fameux cyberterroristes, dont on sait que c’était quasiment des alliés d’Oussama Ben Ladden et qui, au final, ont été libérés… D’ailleurs, par rapport à ce dossier, je demanderai aussi à Berne, combien la Confédération a dû payer d’indemnités à ces Yéménites. Mais, je suppose que Claude Nicati est fier de lui».

Quand on lui rappelle les propos qu’il a tenus lors du point presse du 11 novembre, Claude Nicati éclate de rire: «J’ai dit ça au micro de la RSR au terme de la conférence de presse. C’est vrai que je l’ai formulé ainsi en y ajoutant «dans notre domaine de compétence». Et j’ai aussi dit «désolé, je suis meilleur que vous, en particulier dans les recours que nous gagnions». Je m’explique. J’ai eu quinze minutes pour convaincre et j’ai voulu faire comme le patron de Nestlé, expliquer ce qui fonctionne, notamment au niveau du nombre de recours. Quand nous allons au Tribunal fédéral, nous gagnons un recours sur deux. Les cantons, c’est un recours sur dix. C’est là que j’ai dit, désolé les gars on est meilleur que vous. C’est un peu ça l’image que j’ai voulu donner».

Procureurs offensés

Selon Didier Berberat, les déclarations de Claude Nicati ont été commentées lors de l’assemblée annuelle des délégués de la Conférence des autorités de poursuite pénale de Suisse (CAPS/KSBS), qui s’est déroulée les 27 et 28 novembre derniers, à Bad Bubendorf, dans le canton de Bâle-Campagne: «Les procureurs cantonaux ont eu l’occasion d’exprimer leur mécontentement vis-à-vis des paroles gratuites, offensantes, blessantes, de Claude Nicati. Je ne vois toujours pas dans quel but il a dit ça, si ce n’est pour réussir la prouesse de se mettre à dos les vingt-six ministères publics des cantons. Je ne suis pas certain que cette déclaration ne soit pas liée à la campagne électorale, puisque l’on sait qu’il a été repêché».

A Neuchâtel, au siège du Ministère public, Pierre Cornu, procureur général, semble contrarié lorsqu’on l’interroge sur les propos de Claude Nicati: «Certes, je ne suis pas un fan de Monsieur Nicati. Je me contenterai de dire que j’ai été très surpris par ses déclarations, mais je préfère ne pas faire de commentaires».

De son côté, Claude Nicati ne s’inquiète pas de l’humeur des procureurs cantonaux et garde le sourire: «Ce n’est pas grave, il n’y en a pas un qui m’a téléphoné. J’ai rencontré la plupart des procureurs romands, justement pour parler de nos contentieux... Pas de soucis, il ne faut pas se formaliser pour des choses comme ça».
Et lorsqu’on lui fait remarquer que lors de sa campagne il ne va pas se faire que des amis, Claude Nicati a encore une réponse toute faite: «Je sais, mais je formule ça autrement. Il m’arrive de dire qu’avec des amis comme ça, je n’ai pas besoin d’ennemis».

Selon Calimero

Claude Nicati ne vise pas un département en particulier et si il devait être élu, il n’a pas l’intention de briser la règle qui veut que le dernier arrivé prenne ce qu’il reste: «Comme j’aime le dire sur le ton de la boutade, celui que je n’aimerais pas avoir, c’est le département justice et police. Parce que là, j’ai donné et que je cherche un nouveau challenge. Et puis le coup de l’expérience, là je dois dire que je les attends tous au contour. Pensez-vous qu’avec quatre ans de députation on a à ce point-là une expérience de la vie politique? Moi j’ai envie de dire que ça fait huit ans que je bouffe de la politique nationale, presque tous les jours et avec tout ce que ça implique. Je ne vois pas de différence entre Nicati qui va défendre le budget du Ministère public devant une commission parlementaire, et le chef du département qui défend son budget devant le parlement cantonal. Non je continue de prétendre qu’il n’y a pas que ça à voir… je fourbis mes armes».

Sur son site internet (www.claudenicati.ch) le candidat du PLR a glissé quelques citations, dont celle-ci, non signée: «L’important, ce n’est pas de perdre ou de gagner, sauf quand on perd». Claude Nicati serait-il un mauvais perdant? «C’est Calimero qui dit ça, le poussin du dessin animé qui porte sur sa tête la moitié de sa coquille d’œuf. Je déteste perdre, mais au plan professionnel, quand on perd, c’est l’excellente occasion de se ramasser, de se poser des questions et repartir après».

 

Pascal Tissier

Claude Nicati

 


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