Neuchâtel: petite fable autour d'une poubelle » Blog de PasTis

 Neuchâtel: petite fable autour d'une poubelle

28/1/2009

Zone piétonne:
c'est l'histoire d'un trou... à jeter


Neuchâtel • Drôle de petite fable à ne pas jeter aux ordures.

 

Rue des Moulins 2, Neuchâtel

La sombre cicatrice encore visible devant le 2 de la rue des Moulins...

 

Il était une fois, dans la grande cité amarrée au lac… Ainsi pourrait commencer notre histoire, sauf que celle-ci ressemble davantage à une fable qu’à un conte…


Par une belle matinée, dans le centre-ville, un attroupement s’est formé devant le numéro deux de la rue des Moulins: les bras gesticulent et la discussion s’anime autour des repères qui viennent d’être peints au sol par le fonctionnaire Bonnard*. Celui-ci a délimité un carré de deux mètres sur deux sur le bitume, à l’endroit qui doit accueillir un conteneur enterré. L’homme des travaux publics doit justifier son acte face aux interrogations des commerçants du coin. Il y a là un boucher, un négociant en vin, un bijoutier et d’autres… Ceux-ci sont persuadés que l’endroit est mal choisi, que les livreurs ne pourront plus accéder à cette rue étroite bordée d’échoppes, de boutiques ou de débits de boissons. Et les camions? Et le petit train touristique? Et comment vont faire les personnes âgées ou à mobilité réduite qui habitent en haut de la rue du Château, pour amener leurs sacs de déchets jusque-là? A chacun ses arguments, ses raisons, ses convictions. Reste une question: comment les soldats du feu pourront-ils intervenir dans cette rue avec leurs véhicules si elle est en partie obstruée par cette borne? La discussion se fige et l’ami Bonnard* quitte les lieux avec sa bonbonne de peinture…


Le même jour, dans l’après-midi, un camion de pompiers manœuvre en bas de la rue du Château… le constat est sans appel: si un conteneur est enterré là, le tonne-pompe ne passera plus. Pendant que le camion retourne dans son hangar, l’ami Bonnard va revoir le plan de répartition des collecteurs d’ordures ménagères.


L’histoire aurait pu s’arrêter là, pas la fable…


Le lendemain matin, toujours au centre-ville, un attroupement s’est formé devant le numéro deux de la rue des Moulins: les bras gesticulent et la discussion s’anime autour des repères peints la veille par le fonctionnaire Bonnard*. C’est que des ouvriers de l’entreprise Descartes* s’activent à creuser un trou de deux mètres sur deux sur le bitume, à l’endroit qui ne devrait plus accueillir un conteneur enterré. L’homme des travaux publics est alerté par l’un des commerçants du coin… le boucher, le négociant en vin, le bijoutier ou un autre… qu’importe… Dans l’heure l’entreprise Descartes* rappelle ses terrassiers qui quittent les lieux en laissant leur chantier tel quel…


La chaussée ne sera «pansée» que six semaines plus tard…


Les mois ont passé, l’histoire demeure… Chez les pompiers on se souvient, chez Descartes* c’est motus et bouche cousue et aux travaux publics – de peur de se ramasser une benne à… ou de se les faire sonner – sieur Bonnard* renvoie à sa hiérarchie…


Les mois ont passé et l’histoire fait encore parler d’elles chez les commerçants du coin… chez le boucher, chez le négociant en vin, chez le bijoutier ou chez d’autres… qu’importe… tous se demandent encore combien de milliers de francs ont fini dans cette poubelle non enterrée…


Pascal Tissier


 
*Noms fictifs

 

 


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