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 Axel Cointe rattrapé par la justice

21/1/2009

Article publié dans Le Courrier Neuchâtelois et l'Arc Hebdo du 21 janvier 2009

Axel Cointe
condamné pour escroquerie


Justice • Jeudi, Fabrice Cointe, dit Axel, a été condamné pour escroquerie par le Tribunal correctionnel de Porrentruy. En août 2006, l’organisateur des Sensoriales avait encaissé les entrées d’un concert «bidon» alors qu’il avait lui-même annulé la présence du chanteur.

 

Axel Cointe

Mardi 13 janvier 2009: Axel Cointe avec son avocat (à gauche),
entre deux séances au tribunal

 

«Le Tribunal correctionnel condamne Fabrice Cointe à une peine pécuniaire de 60 jours-amende avec sursis pendant deux ans, le montant du jour-amende étant fixé à dix francs». D’une voix claire, le juge Damien Rérat, énumère ensuite les sommes que l’organisateur des Sensoriales devra rembourser – à titre de réparation – à la dizaine de personnes qui a porté plainte suite au fameux concert bidon du chanteur Miguel Angel Munoz, qui aurait dû se produire à Bassecourt, au soir du 18 août 2006. «Finalement, le Tribunal correctionnel condamne Monsieur Cointe à payer le un dixième des frais de procédure, soit la somme de 2000 francs».

Témoignage

Pour rappel, le 18 août 2006, Miguel Angel Munoz, le chanteur vedette du feuilleton «Un, Dos, Tres», doit se produire à Bassecourt. Cinq cents personnes sont dans la salle et trépignent d’impatience. Peu avant minuit, le public est avisé que le concert n’aura pas lieu faute de star: le chanteur serait resté bloqué à la douane. En réalité, la veille, le contrat avec le manager du chanteur a été annulé par Axel Cointe, sous prétexte d’intempéries. Mario C. l’organisateur «officiel» est inculpé d’escroquerie: «Je n’avais jamais organisé un concert. Axel Cointe s’est occupé de tout, du contrat avec le chanteur, de la sono, de la lumière. Il me promettait 3 à 4’000 personnes. Au départ, le cachet du chanteur s’élevait à 13’000 francs, soit 9000 francs d’avance et le solde le jour du concert. J’ai donc emprunté 13’000 francs et j’ai remis 9000 francs à Cointe pour payer l’avance. Une semaine avant le spectacle, soit disant à la demande de l’impresario espagnol, Cointe m’a signifié que le cachet augmentait de 10’000 francs, soit 23’000 francs au total. La veille du concert Cointe m’a avisé que le chanteur ne viendrait pas. Le soir du spectacle, il m’a fait signer une reconnaissance de dette de 14’000 francs, il a ramassé l’argent des entrées et des boissons avant de quitter les lieux. Au final, Axel Cointe a empoché exactement 14’422,10 francs dans cette histoire et il m’a mis aux poursuites pour le solde du contrat, soit 14’000 francs. Moi, je n’ai pas touché un centime et je suis inculpé d’escroquerie». Ce témoignage recueilli en juillet 2008 est proche de la réalité… celle de Mario C., 25 ans.

Explosion du cachet

Les débats qui se sont déroulés mardi dernier, dans la salle d’audiences IV du Palais de Justice, au château de Porrentruy, ont permis de mettre en lumière le rôle d’Axel Cointe dans cette affaire. A travers les différents éléments du dossier rassemblés dans plusieurs classeurs, le juge Damien Rérat va démontrer que dans un premier temps Axel Cointe a fait signer trois contrats à Mario C.: le premier, de 13’000 francs, pour le chanteur; le deuxième, de 5000 francs, pour la diffusion de clips sur écran géant («Video Mix Live», une prestation montée par Cointe); et le troisième, de 3000 francs, pour le soutien logistique et le coaching d’Artistic Event (la société de Cointe).
Le 27 juin 2006, Axel Cointe présente à Mario C. un quatrième contrat – qui remplace le premier daté du 22 juin – sur lequel le cachet de Miguel Angel Munoz passe de 13’000 à 23’000 francs!
Interrogé par le juge sur cette augmentation brutale du cachet, Axel Cointe répond qu’elle était due au fait que «le concert devait se dérouler dans une halle et non pas une discothèque». Perplexe, copie du contrat en main, le magistrat émet des doutes sur cette explication d’autant que le document ne mentionne pas cette différence. Cointe maintient sa version.

Axel Cointe

Mardi 13 janvier 2009: Axel Cointe avec son avocat (à gauche),
entre deux séances au tribunal

 

Le joker de Cointe

Le président du tribunal s’interroge également sur ce que sont devenus les 9000 francs que Cointe a reçu de Mario C. pour payer l’avance du chanteur, d’autant que sur le fax envoyé en Espagne par Cointe – la veille du spectacle – pour annuler le concert, il est mentionné que malgré l’annulation, le premier acompte prévu sera payé prochainement. Du bout des lèvres, Cointe prétend avoir versé «un montant de l’ordre de 2000 ou 3000 euros» (soit entre 3000 et 4500 francs). Le juge insiste et lit alors le passage du fax d’annulation sur lequel Cointe a écrit «nous allons vous payer la somme de 3000 euros prévus.» Etant donné que Cointe persiste à dire qu’il a bien versé un acompte, le juge lui demande alors s’il dispose d’une pièce comptable qui le prouverait. Debout, toujours emmitouflé dans sa grande parka, Cointe sort alors son joker: «tout a brûlé dans l’incendie de mes bureaux à Porrentruy.» Imparable!
Une parenthèse s’impose: le 23 décembre 2007, un incendie a effectivement ravagé un studio au 1 de la rue de l’Eglise, à Porrentruy. Situé juste en dessous du logement sinistré, l’appartement de Cointe ne brûle pas et ne subit que des dégâts d’eau. Selon l’un des pompiers présents sur les lieux, les documents abrités dans des placards n’ont pas été détruits.

Sociétés disparues

Questionné par le juge sur l’établissement de la reconnaissance de dette le soir même du concert, Cointe admet: «J’ai fait signer deux documents, l’un au nom de Mario C., l’autre à l’en-tête de son association.» Le comble, c’est que Cointe ajoute: «On sait très bien que lorsqu’une association est en difficulté, il est généralement très difficile de récupérer son argent.»
Une autre parenthèse s’impose: le 18 décembre dernier, Artistic Event, la société de Cointe à Porrentruy a été radiée d’office. Elle a donc disparu en même temps que les 60’214,65 francs de créances enregistrés à l’Office des poursuites. Quant à l’autre société d’Axel Cointe, Autre Sud Evénements (enregistrée à Avignon, France), utilisée par Axel Cointe pour l’organisation des Sensoriales 2008, à Neuchâtel, elle été dissoute le 9 novembre 2008. No comment!
Lorsque Damien Rérat demande à Axel Cointe pourquoi sa société Artistic Event a fait faillite, le Français dénonce haut et fort la Commune de Porrentruy: «Malgré l’impulsion de la ville qui a versé 25’000 francs, elle a suspendu son envol et refusé l’organisation d’une deuxième édition des Sensoriales en 2008. Pourtant, tout le monde était content, même les ministres. J’ai travaillé, j’ai amené la télé…» (refrain connu)

Dialogue

Le juge: «Où habitez-vous aujourd’hui?»
Cointe: «A Marseille»
Le juge: «Vous faites quoi?»
Cointe: «Je suis en train de me remonter d’un carnage médiatique organisé par la personne qui se trouve-là derrière moi et qui s’est donné pour mission de m’anéantir en mettant des articles sur internet et en disant que les Sensoriales de Neuchâtel n’auraient pas lieu».
Le juge: «Vous vivez de quoi?»
Cointe: «Je vis du service social»
Le juge: «Vous voulez dire que vous êtes au bénéfice du revenu minimal d’insertion?»
Cointe: «Oui, je touche le RMI, à savoir 447 euros par mois» (environ 665 francs)
Le juge: «A l’époque, vous viviez en couple avec un enfant?»
Cointe: «On est séparé. Ma compagne ne supportait plus que Monsieur le journaliste vienne prendre des photos de la maison, de la boîte aux lettres, etc. Il a mis plein d’articles sur internet, sur le blog du Courrier Neuchâtelois… je n’ai même pas un droit de réponse. Et quand je porte plainte, c’est classé sans suite.»

 

Axel Cointe

Mardi 13 janvier 2009: Axel Cointe avec son avocat (à gauche),
entre deux séances au tribunal


L’acquittement demandé

Dans sa plaidoirie, le défenseur d’Axel Cointe dresse évidemment un portrait édulcoré de son client et insiste sur le fait qu’il n’avait pas les compétences d’annuler le concert. Le coupable ce n’est pas lui, c’est l’autre. Au terme de son exposé, l’avocat demande évidemment l’acquittement de Cointe et ajoute que son client réclame une indemnité de partie de 864 francs, correspondant à deux trajets en train entre Marseille et Porrentruy; il réclame également une indemnité morale, notamment en raison du lynchage médiatique qu’il a subi.

Le procureur hausse le ton

Yves Maître, le procureur général, n’a pas épargné l’organisateur dans son réquisitoire: «Il est évident à la lecture des pièces au dossier que Monsieur Cointe est à l’origine de ce triste spectacle. Non seulement, c’est lui qui a contacté l’impresario espagnol pour annuler le contrat, mais en plus il a encaissé les entrées, ce qui constitue un enrichissement illégitime. Si Cointe n’est pas condamné, le Tribunal va ouvrir les portes à toutes sortes d’abus au niveau de l’organisation de spectacles. Le passé de Cointe est jalonné de manifestations qui ont posé des problèmes, et malgré sa «faconde verbale» (sic), je suis désolé pour lui, mais les faits parlent pour lui.»
Le procureur se rappelle avoir classé une plainte – pour escroquerie et menaces – déposé par Mario C. à l’encontre d’Axel Cointe en septembre 2006: «Après ce que j’ai entendu aujourd’hui, je me demande si je ne vais pas rouvrir ce dossier.»

Cointe se plaint

Au terme de la journée des débats, lorsqu’on lui demande s’il a encore quelque chose à dire, Axel Cointe se lève et se laisse aller dans une longue complainte: «J’ai n’ai jamais eu d’affaire similaire… aucune! Je ne connais personne ayant vécu l’acharnement que j’ai subi… A la limite, je n’avais pratiquement aucune raison de venir ici. Je ne me considère pas comme un escroc… J’ai appris dans ce métier à voir certaines choses arriver… je m’en veux. Maintenant, les frais engagés par la justice, je suis content qu’on en parle, parce que moi tout le préjudice moral que je subi de ce qui est sur internet je me suis adressé à la justice… aucune attaque morale, aucune diffamation, rien! Malgré les accusations dans les journaux, malgré le lynchage médiatique, je suis ici. En aucun cas ma démarche à Bassecourt n’était malhonnête.»


Axel Cointe

Mardi 13 janvier 2009: Axel Cointe avec son avocat (à gauche),
entre deux séances au tribunal

 

Les arguments du juge

Dans ses considérants, le magistrat considère que «Mario C. était l’organisateur et le responsable de cette manifestation… mais, le Tribunal estime que Fabrice Cointe était également l’organisateur et le responsable de ce concert à l’égale de Mario C. en constatant les éléments suivants: premièrement, Monsieur Cointe s’est chargé de la surveillance des caisses; deuxièmement, Monsieur Cointe s’est chargé de prélever l’argent des caisses; troisièmement, Mario C. a dû obtenir l’autorisation de Fabrice Cointe pour prélever la somme de 500 francs pour payer une avance à l’agence de voyages; quatrièmement, Monsieur Cointe a, de sa propre initiative, annulé la venue du chanteur et qui plus est en indiquant un motif d’annulation bidon, soit des intempéries, permettant d’obtenir une réduction de l’indemnité qu’il devait au chanteur».

La déposition de Cointe
 
Le juge Rérat précise qu’il lui est difficile de saisir quel aurait été l’intérêt de Cointe de faire tout cela s’il n’avait été qu’un intermédiaire comme il l’affirme: «Compte tenu de ces quatre points, le Tribunal retient donc que c’est Monsieur Cointe qui, dans la soirée, a géré la logistique financière de ce spectacle. Le Tribunal en veut également pour preuve les déclarations de Fabrice Cointe à la Police a qui il a déclaré notamment: «Le vendredi 18 août 2006, je me suis rendu à Bassecourt entre 18 heures et 18h45 afin de contrôler les entrées aux caisses et de vérifier les sources des billets. A mon arrivée, Mario C. m’a remis la liste des billets vendus sur internet. Au cours de la soirée, la responsable de l’agence de voyages (qui avait réservé les vols pour les artistes, ndlr) est venue pour exiger le paiement des billets d’avion pour un montant d’un peu plus de 5000 francs. Mario C. est venu près de moi – étant entendu que j’avais le contrôle des caisses – pour me demander de libérer un montant de 500 francs pour l’agence de voyages. J’ai été d’accord de les lui donner. A la fin de la soirée – en présence de Mario C. – nous avons procédé au décompte des caisses. A aucun moment Mario C. n’a pu prendre de l’argent dans les caisses puisqu’il n’en avait plus le contrôle depuis le début de la soirée. La vente des billets encaissés a été contrôlée par nos soins, mais en présence de Mario C.». Voilà ce qu’a déclaré Fabrice Cointe.»

Cointe est coupable
   
Le Tribunal a donc traité Mario C. et Monsieur Cointe sur un pied d’égalité, autrement dit comme co-auteurs lors de l’examen de cette prévention d’escroquerie. Si Mario C. et Fabrice Cointe, après que la non venue du chanteur ait été confirmée, avait soit, annulé le concert, soit maintenu le concert en informant les spectateurs au préalable et à l’entrée du concert de l’absence du chanteur, ils n’auraient vraisemblablement commis aucune infraction. Mais… en procédant à la vente le jour même du concert et en faisant entrer les spectateurs titulaires d’un billet pré-acheté, les prévenus ont trompé astucieusement toutes les personnes présentes. Donc pour éviter de rembourser de l’argent et d’en encaisser un peu plus, les deux organisateurs ont construit un échafaudage propre à tromper n’importe qui en misant sur la présence de l’artiste. Fabrice Cointe qui s’est d’ailleurs bien abstenu de dire la vérité aux quidams qui se présentaient à l’entrée. Tous les éléments constitutifs de l’escroquerie sont donc réalisés pour les deux prévenus, en particulier la tromperie astucieuse, l’intention, mais également l’avilissement des victimes. Mario C. et Fabrice Cointe sont déclarés – comme co-auteurs – coupables d’escroquerie commise lors du concert de Miguel Angel Munoz, le 18 août 2006, à Bassecourt».


Axel Cointe

Mardi 13 janvier 2009: Axel Cointe avec son avocat (à gauche),
entre deux séances au tribunal

 

La peine prononcée

Le juge estime que «Fabrice Cointe a été aveuglé par l’aspect financier de ses affaires… Le mobile est purement financier. Monsieur Cointe voulait perdre le moins d’argent possible, quitte à gruger quelques centaines de spectateurs. Monsieur Cointe n’a absolument pas manifesté l’intention de rembourser les spectateurs grugés, ni fait preuve du moindre remord. Compte tenu de ce qui précède, c’est une peine pécuniaire de 60 jours-amende qui a été fixée. Le Tribunal a estimé que c’est un montant de dix francs par jour que Monsieur Cointe est en mesure d’économiser, en réduisant notamment sa consommation de cigarettes. Monsieur Cointe doit bénéficier du sursis puisqu’il s’agit d’une première infraction (en Suisse, en l’occurrence, ndlr). Il est donc condamné à une peine de soixante jours-amende avec sursis durant deux ans, le montant du jour-amende étant fixé à 10 francs.»

Entendu dans la cour du château de Porrentruy, de la bouche d’Axel Cointe suspendu à son téléphone portable: «Je vous rappelle dès mon retour, là je suis en Espagne…». On ne se refait pas!

 

Pascal Tissier

 

PS: Condamné pour escroquerie le 15 janvier dernier, par le Tribunal correctionnel de Porrentruy, à une peine de soixante jours-amende avec sursis durant deux ans, Axel Cointe – par l'intermédiaire de son défenseur – a fait appel. Celui-ci a été déposé le 22 janvier 2009.


A suivre...

 

 

L'intégralité de l'enquête sur Axel Cointe
et ses "Sensoriales"... ICI


 

Tags : Bassecourt concert Escroquerie Miguel Angel Munoz recours Canton du Jura Porrentruy Tribunal Axel Cointe Enquete portrait article COINTE Fabrice Michel Emile CD Mome Instant CD Production Pascal Tissier Littoral Neuchatel chronique

Catégorie : ENQUÊTE AXEL COINTE - LES SENSORIALES

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