La formation des chiens-guides d'aveugles (1ère partie) » Blog de PasTis

 La formation des chiens-guides d'aveugles (1ère partie)

1/11/2010

 Logo Le Chien Magazine
Article publié dans Le Chien Magazine No.11 - Novembre 2010

 

Regard sur la formation des chiens d’aveugles en Suisse romande.
(1ère partie)

Depuis sa création, il y a près de vingt ans, l’Ecole Romande pour chiens-guides d’aveugles, installée à Brenles (VD), a déjà élevé et formé plus de 350 chiens dans le seul but d’améliorer la qualité de vie des personnes handicapées de la vue. Constituée en fondation depuis 1994, cette institution reconnue d’utilité publique, fonctionne essentiellement à travers des donations et un formidable réseau de familles d’accueil en charge d’initier la formation des chiots.

Christian Baroni Formation Chiens-d'aveugles
   
«Depuis quelques années, nous confions une douzaine de chiens par an à des handicapés de la vue.» Directrice de la Fondation école romande pour chiens-guides d’aveugles (ou Fondation ERCA), Christine Baroni-Pretsch a le verbe passionné lorsqu’elle évoque le bilan actuel de l’institution: «Depuis la création de notre école, nous avons élevé 351 chiens. 122 sont devenus chien-guide, 31 font partie de nos chiens d’élevage et 137 sont des chiens réformés et placés dans des familles d’accueil. Les autres sont encore chez nous à l’élevage, ou dans des familles de parrainage, ou dans notre centre en évaluation-formation. Il faut aussi préciser que ces chiffres varient continuellement. Tout au long de l’année des chiens reviennent pour l’évaluation en vue de la formation, des chiens sont réformés alors que d’autres intègrent notre programme d’élevage. Mais, nous avons en moyenne 45 jeunes chiens en préparation dans des familles d’accueil et une douzaine de chiens en formation à l’école.»
Unique institution de ce type en Suisse romande, la Fondation ne se sépare jamais de ses animaux. Comprenez qu’aucun chien n’est vendu, que tous les animaux restent la propriété de la fondation jusqu’à la fin de leur vie, y compris les chiens réformés ou à la retraite. Alors, sachant que l’institution emploie treize personnes (secrétaires, gardiens, instructeurs, etc.) et forme même des apprentis, les questions liées à la gestion financière sont inévitables et Christine Baroni-Pretsch ne les esquive pas: «les prestations AI issues de la location mensuelle pour chaque chien en activité chez des personnes handicapées ne représentent que 20% environ de notre budget, tout le reste provient de dons ou de legs.»   
Depuis 1996, la Fondation ERCA possède son propre élevage de chiens constitué essentiellement de labrador retriever, de golden retriever et de sujets issus du croisement de ces deux races connues pour leur docilité. Actuellement, cet élevage compte dix lices (femelles reproductrices) et cinq étalons. Lorsqu’ils sont âgés de dix semaines, tous les chiots sont placés dans des familles dites de parrainage et reviennent à l’école quinze mois plus tard pour parachever leur formation. C’est au cours de cette période que l’on sélectionne définitivement les animaux aptes à devenir chien-guide, notamment suite à toute une série de tests qui vont révéler si l’animal est capable d’assumer son rôle de guide sans être détourné de sa mission par des bruits, des passants, la circulation urbaine, des obstacles ou des congénères.
Ce sont généralement les personnes handicapées de la vue qui prennent contact avec la fondation. Après avoir reçu une documentation complète sur le fonctionnement de la fondation et sur le rôle du chien-guide, une visite est organisée au centre de formation à Brenles, puis une autre au domicile du futur détenteur. Ces premiers contacts permettent aux responsables de la fondation de cerner les besoins spécifiques et les attentes de la personne aveugle ou malvoyante. Quand le chien correspondant aux besoins spécifiques du futur détenteur arrive en fin de formation, son moniteur va le présenter à son nouveau maître et, si tout se passe bien, le chien l’accompagnera durant huit à dix ans.
Selon Christine Baroni-Pretsch, il existe trois autres écoles pour chiens-guides d’aveugles en Suisse: «Deux sont installées dans la région bâloise, la troisième est du coté de Saint-Gall. Raison pour laquelle nos chiens sont prioritairement placés en Suisse romande. Mais nous avons tout de même des familles d’accueil et des détenteurs au Tessin, en Suisse alémanique ou en France voisine, dans la région frontalière.»
L’essentiel des 45 jeunes chiens actuellement en formation sont accueillis par des familles installées dans le canton de Vaud (17), de Genève (12) ou de Neuchâtel (8). Les autres sont dans la région de Fribourg (5), en Valais (1), dans le Jura bernois (1) et en France (1). L’occasion pour Christine Baroni-Pretsch de lancer un appel: «Nous serions vraiment heureux de placer quelques chiots dans le Jura. Il suffit de prendre contact avec nous par l’intermédiaire de notre site internet (www.chienguide.ch).»

Pascal Tissier


Quinze mois dans une famille d’accueil

«Tigris est le troisième chien de la Fondation école romande pour chiens-guides d’aveugles que nous accueillons chez nous. Il est arrivé en août dernier et ça se passe vraiment très bien.» C’est par l’intermédiaire d’une publicité vue dans un restaurant que Jocelyne Fabbri a découvert l’existence de l’école de Brenles: «C’était une invitation à une journée portes ouvertes. Je n’étais pas disponible à cette date, mais mon mari et mes filles sont allés sur place pour visiter l’institution et ils ont été emballés par ce concept. On n’avait jamais eu de chien jusque-là.»

Jocelyne Fabbri Saint-Blaise

Installée dans le haut du village de Saint-Blaise, près de Neuchâtel, la famille Fabbri n’est pas sortie tout à fait indemne de leur première adoption temporaire: «La fondation cherchait des familles d’accueil avec des enfants pour accueillir des jeunes chiens. L’une des exigences est que l’animal ne se retrouve jamais seul à la maison. Mes deux filles, qui ont aujourd’hui 18 et 20 ans, avaient trois ou quatre ans de moins lorsque nous avons accueilli notre premier élève. C’était une chienne et c’est vrai que nous lui avons donné beaucoup d’affection, ce qui a rendu la séparation d’autant plus pénible. Pour la deuxième ça s’est mieux passé et maintenant, avec Tigris, on va revivre un départ l’an prochain, mais peut-être avec moins de chagrin.»  
Pendant toute la durée du contrat de quinze mois, la fondation livre la nourriture et prend en charge tous les frais d’entretien du chien, couverture, gamelle et vétérinaire compris. Jocelyne Fabbri dispose également d’une carte de légitimation qui offre la gratuité des transports publics au chien: «Avec ce document et si le chien porte sa chabraque, nous devrions pouvoir aller partout, même dans les restaurants qui, habituellement, refusent les animaux. Mais aussi chez le médecin ou dans les magasins.»
A entendre Jocelyne Fabbri, le chien devrait changer de comportement lorsqu’il porte la chabraque: «l’une de nos missions est de lui apprendre que, dès qu’il a endossé son gilet bleu, il est au travail. Pour le moment, Tigris, notre golden retriever, n’a que cinq mois et ce n’est pas encore évident, mais à terme, il devra assimiler que lorsqu’il est au travail, il ne doit pas se laisser distraire.»
Au grand regret de la famille Fabbri, les deux premières chiennes placées à Saint-Blaise n’ont pas réussi les tests de formation et ont été réformées: «la première était trop craintive et la seconde aboyait. Certes on ne nous reproche rien. Chaque chien a son propre caractère. Ce qui ne nous a pas empêchés de nous remettre en question. Maintenant, on espère que Tigris deviendra un bon chien-guide… on ne le saura qu’à la fin de l’année prochaine.»

Jocelyne Fabbri Saint-Blaise

Les Fabbri n’ont pas suivi de cours de formation spéciaux, un instructeur est venu leur prodiguer des conseils et leur a laissé une documentation très complète qui précise ce qu’ils doivent faire et ne pas faire avec le chien qu’on leur a confié: «dans un premier temps, on lui apprend à être propre, à faire ses besoins sur des grilles d’égout. Il faut également l’initier au rappel et à l’obéissance. Il doit aussi savoir se faire oublier. Ainsi, lorsque l’on s’installe pour manger à la maison ou au restaurant, il doit rester tranquille sous la table, sans se manifester, et attendre qu’on l’appelle. Le responsable des familles nous rend régulièrement visite pour voir si tout se passe bien et en cas de problème, on peut l’appeler à tout moment.»
Avant de partir en forêt avec Tigris pour une longue balade quotidienne, Jocelyne Fabbri évoque encore une particularité propre à la formation de tous les chiens-guides d’aveugles du pays: «les ordres s’expriment en italien. Par exemple: piede, pour venir au pied; sed, pour s’asseoir; ou stacca pour indiquer à l’animal qu’il peut faire ses besoins. C’est une spécificité suisse qui date des années 70. Il semblerait que les chiens distinguent mieux ces signaux auditifs, mais c’est aussi un atout sécurisant puisque le chien ne risque pas d’être détourné de sa mission par des ordres adressés en français par des passants.»


Propos recueillis par Pascal Tissier


Regard sur la formation des chiens d’aveugles en Suisse romande
(2ème partie)


Fondation ERCA

 

Logo Le Chien Magazine
Article publié dans Le Chien Magazine No.11 - Novembre 2010

 

 

 

Category : ARTICLES PRESSE Print

| Contact author |