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 Escapade venimeuse ou le chien face à un serpent

1/9/2010

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Article publié dans Le Chien Magazine No.9 - Septembre 2010

 

Santé / Bien-être

Escapades venimeuses

En Suisse romande, existe-t-il une possibilité qu’un chien en balade avec son maître soit mordu à la truffe ou à une patte par un serpent venimeux ?
A coup sûr, la question posée à Jean-Marie Bigart permettrait au comique de nous offrir une variante de son sketch de «la chauve-souris», genre: «il y a une chance sur dix millions qu’un toutou se fasse mordre la truffe par un serpent enragé, encore faut-il que le reptile trouve l’adresse du chien et qu’il frappe à la bonne porte…»
Plaisanterie mise à part, les chances qu’un chien découvre une créature rampante au cours d’une promenade dans la nature existent bien, mais, comme le précise Jean Garzoni, directeur du Vivarium de Lausanne, «il faut que plusieurs paramètres soient réunis».

Jean Garzoni - Vivarium de Lausanne
Jean Garzoni, herpétologue, fondateur du Vivarium de Lausanne. Photo Pascal Tissier


L’herpétologue se souvient du temps où il partait débusquer des serpents avec son caniche: «Je l’ai eu très très longtemps avec moi dans le terrain, il était devenu un véritable expert pour dénicher des vipères ou des couleuvres.»
Animal à sang froid, les serpents ont besoin d’élever leur température corporelle pour être actif, c’est ce que Jean Garzoni appelle la thermo-régulation. «On peut les voir tôt le matin, aux premières heures du jour, ils s’exposent au soleil pour gagner de la vitalité. On peut aussi les découvrir après de gros orages ou juste avant le coucher du soleil. Durant la journée, ils sont quasiment invisibles.»
Les couleuvres comme les vipères hivernent. Les serpents font donc leur apparition au printemps, généralement une semaine après la fonte des neiges et sont actifs jusqu’en octobre, parfois novembre, disparaissant lorsque tombent les premiers flocons.

La vipère est plus discrète que dangereuse

L’aspic apprécie les endroits rocailleux, les vieux murs aussi, même si, d’après Jean Garzoni, on peut la voir parfois dans les vignes ou en lisière de forêt: «Elle traîne parfois aux alentours des sentiers pédestres ou des parcours Vita. C’est sur ces lieux de passage que les chiens peuvent débusquer un animal rampant, sans pouvoir faire la distinction entre un orvet (qui est en fait un lézard sans pattes, ndlr), une couleuvre ou une vipère. Par curiosité, le chien va s’approcher, tendre le museau pour capter les odeurs. Si l’orvet est peu réactif, la vipère comme les couleuvres peuvent tenter d’impressionner l’intrus en simulant une attaque avant de fuir.» 
En cas de rencontre fortuite avec un serpent, il suffit de s’arrêter, de l’observer et d’attendre qu’il quitte les lieux. Si le promeneur voit que son chien à découvert un serpent, c’est la même chose, il faut retenir son animal et attendre que le serpent s’éloigne. «Il ne faut surtout pas tenter de le faire fuir ou de le tuer avec un bâton, c’est comme ça que les accidents arrivent.» Jean Garzoni se veut rassurant: «Si un chien se fait mordre par un serpent – une vipère en l’occurrence – la première chose à faire est de le tranquilliser avant de l’amener calmement chez un vétérinaire.» L’herpétologue précise que dans nos régions, la vipère ne présente pas de risque mortel et que la gravité d’une morsure est variable selon la saison: «Durant son hivernation, la vipère accumule du venin pour s’assurer une première proie au printemps. Du coup, les vipères sont donc potentiellement plus dangereuses au printemps qu’en été. Si un chien se fait mordre la truffe, il va geindre, pleurer. Mais, même si du sang perle sur son museau, il n’est pas certain que le serpent ait injecté du venin, il peut s’agir d’une morsure dite sèche.»

Kuri, un Shiba Inu de onze mois, découvre un orvet et démontre que les chiens n’ont pas peur des créatures rampantes. Photo : Sébastien Chaventon - exworld.fr
Kuri, un Shiba Inu de onze mois, découvre un orvet et démontre que les chiens n’ont pas peur
des créatures rampantes. Photo : Sébastien Chaventon - exworld.fr

Paroles de vétérinaire

Spécialiste des maladies infectieuses de la faune sauvage et des animaux exotiques en captivité, Simon Ruegg est aussi le médecin-vétérinaire attitré du Vivarium de Lausanne: «Je n’ai pas connaissance d’un accident entre un chien et une vipère, mais bien sûr, le risque existe. Ce d’autant que, contrairement au loup, la plupart des chiens ont perdu la crainte du danger.» Les propos du vétérinaire corroborent ceux de Jean Garzoni: «La dangerosité d’une morsure de vipère varie selon la taille du chien et de la quantité de venin injecté. Ce dernier est hémotoxique, il peut donc provoquer – comme chez l’homme – un œdème, des nausées ou des problèmes gastro-intestinaux, mais pour que la morsure soit fatale, il faudrait qu’une dose considérable de venin soit injectée dans un gros vaisseau sanguin.» Simon Ruegg confirme que la truffe est la partie la plus exposée du chien: «Ailleurs, l’épaisseur du pelage protège l’animal des crochets à venin de la vipère qui ne mesurent généralement que six à sept millimètres.»


Pascal Tissier


Faune rampante en Suisse romande

La vallée de Joux est connue pour abriter l’essentielle de la population «romande» de vipères berus (appelée aussi vipère péliade) alors que la vipère aspic est visible dans toutes les régions. On la trouve dans des endroits secs, calmes et bien exposés au soleil, sauf sur le plateau, cette grande bande de molasse entre le sud du lac de Neuchâtel et les préalpes. Elle est fréquente dans le Lavaux et du côté de Neuchâtel, là où a été aménagée l’autoroute qui mène à Yverdon. Mais elle est plutôt rare au bord des lacs. De fait, les rives du Léman ou du lac de Neuchâtel sont plutôt occupées par différentes couleuvres absolument inoffensives pour l’homme ou le chien.
• La couleuvre tessellée est la plus aquatique. On peut la voir assez facilement dans les rochers au bord de l’eau.
• La couleuvre vipérine, elle, vit généralement plus en retrait des rives, là où il y a des broussailles et de la végétation.
• La couleuvre à collier apprécie plutôt le bord des étangs ou des rivières, même si on peut la découvrir parfois au bord du lac, là où se jette un cours d’eau. 
• Reste la coronelle. Plus rare, cette petite couleuvre se cache généralement dans les rochers au bord des rivières ou des lacs.


Chien face à un serpent

Vipère Berus

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Article publié dans Le Chien Magazine No.9 - Septembre 2010

 

  


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